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«Lequel des deux j’aime vraiment? Je ne me pose plus la question»

Détail du tableau «La Nuit» (1889-1890) de Ferdinand Hodler  | via Wikimedia Commons (domaine public)

Détail du tableau «La Nuit» (1889-1890) de Ferdinand Hodler | via Wikimedia Commons (domaine public)

Cette semaine, Lucile conseille Amélie, qui aime deux hommes et souhaite concilier ces deux amours parallèles.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Je suis mariée depuis presque dix ans à un homme adorable, gentil, doux, attentionné, fidèle, patient, intelligent, beau, père impliqué... bref, le mari parfait. Je sais que, lorsque je l’ai rencontré, j’ai tout de suite reconnu en lui le mari et le futur père de mes enfants. Un déclic. Je sortais tout juste de plusieurs années d’anorexie, de solitude extrême. J’avais 25 ans et il a été mon premier homme, j’ai été sa première femme. Je n’étais pas amoureuse de lui au sens passionnel. J’avais à cette époque peur des hommes, de l’abandon, de l’acte sexuel... Il était vierge et timide lui aussi, cela m’a rassurée.

J’ai décidé de me marier avec lui, nous avons eu trois enfants et, malgré des difficultés liées à mon histoire personnelle et familiale compliquée, il m’a toujours soutenue, encouragée et aidée. Je n’ai absolument rien à lui reprocher et, aujourd’hui encore, je le sens amoureux de moi.

Mais voilà. Ma vie sexuelle a été inexistante pendant de longues périodes et, après la naissance de mon troisième enfant, j’ai fait une dépression, qui m’a conduite à entamer, enfin, une psychothérapie. Celle-ci m’a aidée et m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. J’ai enfin compris que j’avais été détruite psychologiquement par ma famille, que l’anorexie avait été un refuge contre le comportement incestueux de mon père... J’ai pris une énorme claque, mon mari m’a encore soutenue et j’ai repris pied peu à peu.

Je découvre seulement depuis quelques mois qui je suis, à 37 ans, et ce déclic m’a donné envie d’écrire. J’ai donc entrepris d’écrire mon histoire. Tout semblait aller de mieux en mieux, y compris sexuellement avec mon mari. Et patatras. Un vendredi après-midi, je croise le regard de B. dans le couloir des bureaux où je travaille et, sans bien savoir pourquoi, j’ai cherché sur Google à savoir qui il était. Je ne connaissais pas son nom ni l’emplacement de son bureau. J’ai donc pris au hasard un des noms que j’ai vus sur l’une des portes de ce couloir. Et là, stupéfaction, la photo qui s’affiche à l’écran est bien celle de cet homme que j’ai croisé. Puis, deuxième choc, la photo est celle d’un article de journal où il est question du roman qu’il vient de publier. À cet instant, je reçois une décharge d’adrénaline de plein fouet. Sans vouloir admettre qu’il s’agit d’un coup de foudre, je me dis que c’est à cause du fait qu’il est auteur et que, depuis plusieurs mois, je tente d’écrire moi aussi.

Et là tout s’enchaîne. Moi qui suis d’une timidité maladive, je le contacte pour acheter son livre. Il me le dédicace, je commence à le lire et, là, deuxième coup de foudre. Je lui envoie un retour sur chacune de mes lectures, il les apprécie, me trouve intrigante, captivante et nous nous retrouvons de temps en temps dans son bureau. Puis vient une invitation au restaurant. Je lui explique ma situation familiale et que mes intentions sont purement amicales. Tout est clair entre nous, pas de jeu de séduction, comme si nous voulions nous protéger l’un l’autre. Mais, au bout de plusieurs mois, il m’avoue ses sentiments et je ne cherche plus à cacher les miens. Il a renoncé depuis plusieurs années à l’amour et enchaîne des plans sexe avec des inconnues ou des sex-friends comme il dit.

Il m’explique que je suis la première femme dont il est vraiment amoureux. Il ne cherche pas à avoir de relations sexuelles avec moi, il veut juste mon bonheur et m’aimer.

Nous sommes à l’opposé l’un l’autre sur de nombreux plans mais notre façon d’agir reflète les mêmes difficultés et angoisses: nous sommes sur la même longueur d’onde

Pourtant, un après-midi, tout a failli basculer. Il m’a invitée chez lui et nous avons eu beaucoup de mal à résister l’un à l’autre. Sans me donner totalement à lui, nous avons eu des échanges sexuels. J’y ai pris plaisir comme jamais. Il suffit que je touche la main de B. pour être bien, délicieusement bien, douloureusement bien. Et lui m’a avoué qu’il en était de même, malgré toutes ses aventures: un simple baiser de ma part dans son cou suffit à le faire chavirer.

Mais tout nous oppose: il ne veut pas d’enfants, j’en ai trois, il passe son temps en concerts et en soirées, j’ai une vie bien rangée, il a presque fait le tour du monde et mon mari et moi ne voyageons pas, il enchaîne les plans cul et je ne connais que mon mari. Mais il écrit et il m’aide à développer ma créativité. Nous sommes à l’opposé l’un l’autre sur de nombreux plans mais notre façon d’agir reflète les mêmes difficultés et angoisses. Nous sommes constamment sur la même longueur d’onde, entièrement sincères l’un pour l’autre et, grâce à lui, je découvre encore un peu plus qui je suis. Je m’épanouis et cela rejaillit sur mes relations avec mon mari, mes enfants, mes collègues... Lui qui dit s’ennuyer avec la plupart des gens ne s’ennuie jamais avec moi et nos discussions sont passionnantes.

Mon mari sent que j’aime cet homme. Je lui ai promis de ne jamais le tromper physiquement, mais ce que je ressens pour B. n’est pas contrôlable. Je profite de cette remise en question pour faire le point avec mon mari, pour me réinvestir dans ma relation avec lui, y compris sexuellement. J’ai renoncé à avoir des relations sexuelles avec B. et cette décision m’est difficile car je sais que je ne connaîtrai jamais cette extase que j’éprouve à son contact. Mais voilà, je sais que je ne dois pas franchir cette limite, par respect pour mon mari et pour moi-même. Mais ne plus voir B., j’en suis incapable. Cela nous ferait souffrir tous les deux.

Je dirais que ces deux amours parallèles se nourrissent l’un l’autre, à moi de savoir les concilier pour qu’ils ne s’autodétruisent pas.

Bien sûr, il y a la culpabilité. Les insomnies. Le manque. La jalousie aussi, alors que je ne suis pas jalouse pour mon mari. Et cette peur perpétuelle de perdre ces deux hommes. Mais je n’ai pas d’autre choix.

Lequel des deux j’aime vraiment? Je ne me pose plus la question. Une vie commune avec B. serait trop compliquée. Mais je sais aussi que ce que j’éprouve pour lui est trop fort pour y renoncer.

Amélie

Chère Amélie,

Vous pourriez décider de sacrifier ces nouveaux sentiments à la stabilité de votre mariage et de votre famille et vous construire, en bien comme en mal, sur cette frustration. Vous pourriez décider de tout lâcher pour une vie de passion dont vous savez par avance qu’elle sera éphémère. Mais vous avez trouvé une nouvelle voie, une troisième voie qui est de concilier les deux.

 Vous avez la chance de partager cette expérience avec deux hommes qui vous aiment et vous respectent assez pour vous partager

Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai déjà dans ma vie essayé de concilier deux amours tout en préservant ma vie familiale et ma vie professionnelle. Cela s’est soldé par une rupture, principalement pour me préserver. Cette intensité, ces sentiments si forts et parfois contradictoires étaient en train d’avoir raison de ma santé physique et mentale. Il a fallu que je prenne du recul. Néanmoins, je ne regrette rien. J’ai profité tout ce que j’ai pu, j’ai aimé aussi fort que j’ai pu et je me suis construite, beaucoup, sur cette expérience. Qu’elle ait été un échec au final n’est qu’un détail.

Alors que vous avez toujours vécu dans la crainte et les angoisses, vous vivez à présent une vie d’aventure qui vous élève. Et vous avez la chance de partager cette expérience avec deux hommes qui vous aiment et vous respectent assez pour vous partager. Profitez de cette opportunité. Continuez à puiser en vous la force de vivre cette folie. Il sera bien temps de vous préserver quand votre corps ou votre esprit tirera la sonnette d’alarme. Ou bien quand il y aura souffrance d’un côté ou de l’autre (ou de l’autre) des trois parties.

Vivez et profitez, aimez aussi fort que vous le pouvez, épanouissez vous comme jamais. Vous ne risquez que de devenir une femme plus libre. Cette aventure est une chance que vous avez eu le courage de saisir. Continuez à vous écouter et à vous fier à votre instinct. Lui seul saura vous envoyer les bons signaux. D’ici là, je vous souhaite de profiter de ce bonheur. Il vous faudra de la force, c’est sûr, mais vous l’avez déjà en vous. 

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