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Montebourg 2017, la possibilité d'une candidature

Arnaud Montebourg à l’université d’été du PS, le 30 août 2014, à La Rochelle | REUTERS/Stephane Mahe

Arnaud Montebourg à l’université d’été du PS, le 30 août 2014, à La Rochelle | REUTERS/Stephane Mahe

Les événements inciteraient irrésistiblement Montebourg à se porter candidat à la primaire socialiste de 2016.

Quelque part en France, un homme fougueux se débat avec une vie un tantinet compliquée. Papa d’un bébé né bien avant terme, il ne saurait négliger sa vie de familleEntrepreneur néophyte, le voici confronté à des responsabilités inédites pour lui. Et, comme si tout cela ne suffisait pas, Arnaud Montebourg guette, dans la «marche vers le désastre» conduite vaillamment par François Hollande, l’opportunité de revenir au centre de la vie publique.

Marche vers le désastre

Dans leur fatal enchaînement, les événements pourraient bien favoriser son sournois dessein. Les élections régionales de décembre prochain s’annoncent comme un nouveau désastre pour le PS. Les socialistes risquent de ne conserver que deux ou trois régions et même de perdre la totalité de leurs élus là où ils seront contraints de retirer leurs listes pour empêcher la victoire du FN. Imagine-t-on le traumatisme provoqué dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, terre historique de notables socialistes s’il en est, par une telle éradication?

L’ancien adversaire du premier tour de Hollande à la primaire de 2011 (mais qui l’a ensuite fait élire au deuxième tour) ne croit guère aux chances du président de la République de «recoudre» sa relation dégradée avec les Français. Quand le rapport de confiance est cassé, rien ne sert de multiplier des sauts de puce sur un «terrain» où le chef de l’État n’est d’ailleurs pas toujours le bienvenu.

En 2016, Hollande a d’ailleurs toutes les chances d’être, au moins partiellement, piégé par son engagement répété de n’être candidat à sa propre succession qu’en cas de baisse réelle du chômage. L’inversion de courbe, désormais anticipée pour l’année prochaine, ne pèsera pas lourd face à la forte montée des sans-emploi tout au long du quinquennat.

L’homme des primaires

Une telle logique de situation –celle-là même qui gouverne bien des actes politiques– inciterait irrésistiblement Montebourg à se porter candidat à la primaire socialiste de 2016. L’ancien chantre de la «démondialisation» connaît parfaitement l’exercice pour en avoir été l’un des inventeurs et aussi la principale surprise de la primaire de 2011.

Habile rhéteur, Montebourg pourrait retourner contre Cambadélis son fameux argumentaire unitaire

Avocat de profession, cet homme qui s’était fait connaître par sa hargne procédurière dans plusieurs affaires médiatiques, saurait sans doute menacer efficacement le PS des pires tourments si la direction de ce parti s’avisait de s’asseoir sur ses statuts. Un président affaibli, régulièrement promis à l’échec par les enquêtes d’opinion, peinerait certainement à faire considérer sa candidature comme allant de soi.

Rassembleur de la gauche

Habile rhéteur, Montebourg pourrait alors retourner contre Jean-Christophe Cambadélis son fameux argumentaire unitaire. Rien n’est plus important que de réunir la gauche et les écologistes, s’épuise à répéter le premier secrétaire du PS, jusqu’à organiser, tant bien que mal, un plébiscite sur le sujet.

Chiche, pourrait à bon endroit lui répliquer l’ancien patron de la Saône-et-Loire. De par la politique qu’ils mènent, François Hollande comme Manuel Valls ne peuvent assurément pas rassembler la gauche. Pour avoir rompu sur la question de l’austérité, Montebourg est, quant à lui, mieux placé pour prétendre y parvenir.

L’ancien ministre de l’Économie serait vraisemblablement bien accueilli par la gauche du PS. L’homme qui s’était affiché dernièrement avec Yanis Varoufakis, l’ancien ministre de l’Économie grec, devrait être considéré avec indulgence par une partie de la gauche radicale.

Son retrait de la vie politique active a l’immense mérite de lui éviter les disputes qui abîment tant de responsables de gauche (et de droite) dans la dernière période. Cette absence deviendra un atout précieux lorsque le champ de ruines des divisions et des rivalités susciteront l’envie d’un puissant appel d’air.

Politicien ressourcé

Dans le regard de l’opinion, la trajectoire de Montebourg peut enfin donner lieu à un heureux storytelling. Le ridicule d’un ancien ministre de l’Économie qui s’assoit sur les bancs d’une école de commerce pour apprendre à gérer une entreprise sera décrit comme un signe d’humilité de la part d’un homme qui en est peu coutumier.

Le vice-président d’Habitat, en charge de l’innovation si l’on a bien compris, pourra se targuer d’être sorti du microcosme politique pour partager la vie économique des «vrais gens». Son expérience d’entrepreneur ou d’investisseur le prémunira contre les attaques contre un gauchisme dont il a pu jouer sans jamais en être dupe.

Montebourg a troqué la «démondialisation», trop clivante, pour se vouloir désormais le porte-parole du «made in France». C’est un créneau porteur en ces temps de réassurance identitaire et d’inquiétude économique. En entrant au capital de New Wind, il aide à brasser du vent, mais pour la bonne cause de l’écologie et de la production française (bretonne pour être précis).

Produit marketing

Il a troqué la «démondialisation», trop clivante, pour se vouloir désormais le porte-parole du «made in France»

Le Montebourg 2015 n’hésite pas non plus se transformer en produit de marketing, prêtant son effigie à sa plaque de chocolat préférée, produite en France, cela va sans dire. Personnage haut en couleurs, il est encore un bon client pour les vendeurs de pipolisation. Imaginez que la une de Paris Match où il pose avec Aurélie Filippetti s’est mieux vendue que celle exhibant Carla Bruni et Nicolas Sarkozy, pourtant plus dénudés!

Pour autant et pour l’heure, l’opinion publique n’attend pas vraiment Montebourg comme le sauveur suprême. Au dernières nouvelles du baromètre TNS-Sofres, seulement 22% des sondés souhaitaient lui voir «jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir».

Sans être aussi sévères que Jean-Marc Ayrault, pour qui il a été un ministre «totalement déloyal», ceux qui le connaissent bien ne cachent pas leurs réserves par rapport à un homme sujet aux variations d’humeur et capables d’étranges changements de pied politiques. Montebourg a beaucoup séduit et pas mal déçu depuis son aventure primaire de 2011.

Oui, mais voilà. «Il n’y a pas grand monde sur l’étagère», comme on le constate à la gauche du PS. Avec ses qualités et ses défauts, Montebourg reste le leader de gauche anti-Hollande le plus qualifié pour un combat de type élyséen. Or, en politique, c’est habituellement l’occasion qui fait le larron.

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