Partager cet article

Le marketing viral peut-il faire de Marseille une ville propre?

Galerie photo de déchets ramassés et postés avec le hashtag #onepieceofrubbish | Capture d’écran du site 1 Piece Of Rubbish

Galerie photo de déchets ramassés et postés avec le hashtag #onepieceofrubbish | Capture d’écran du site 1 Piece Of Rubbish

L’organisation 1 Piece Of Rubbish incite les citadins à prendre en photo des déchets ramassés dans la rue. En quelques semaines, ses créateurs ont recueilli des centaines de photos et de likes sur Facebook. Le début d'une prise de conscience?

Marseille

Trois types barbus assis sur un canapé jaune, look hispter, casquette pour l’un et lunettes carrées pour les autres. Au-dessus de leur tête, un rétroprojecteur diffuse les premières images de leur site internet qui résume leur projet «collaboratif, citoyen et écologique». «Parfois, des gens qui ne sont pas barbus me demandent comment rentrer dans notre gang...» plaisante Edmund Platt, professeur d’anglais à Marseille, débarqué de Leeds il y a quatre ans, T-shirt frappé d’une tête de lion, barbu lui aussi. «C’est très simple: vous ramassez un déchet par jour et vous le postez sur les réseaux sociaux, Instagram, Twitter, Facebook... Le IceBucket Challenge, c’est fini. Maintenant, c’est 1 Piece Of Rubbish!»

Le concept est utopiste. Lancer un mouvement autour de quatre mots clés: «Ramasse, prends une photo, jette, publie.» Objectif: faire prendre conscience aux gens que leur ville le mérite («C’est plus le Marseille-bashing, c’est le Marseille-shining!»). Et surtout les éduquer à ne pas jeter leurs déchets par terre, comme c’est trop souvent le cas en Méditerranée. «On sait que Marseille n’est pas la plus propre des villes, enchaîne Eddie, avec un accent à couper au couteau. Ce n’est ni Bagdad, ni Dehli, mais ça n’est pas Copenhague non plus...» Romain Jouannaud, directeur artistique, qui a piloté la création du site, complète: «Il ne s’agit pas de faire du militantisme contre quelque chose mais plutôt d’engager une initiative positive et citoyenne pour motiver les gens à ramasser. Il faut réveiller les consciences.» Le dernier des trois compères, Georges-Édouard Legré, consultant e-marketing: «Quand Eddie m’a parlé du projet, je lui ai dit: “Si tu arrives à transformer les habitudes à Marseille, tu es mon Dieu!” Quand je suis sale, je me douche, quand mon appart est sale, je prends l’aspirateur. C’est naturel...»

On veut que ça devienne cool de ramasser. Ça peut même devenir une mode

Edmund Platt, alias Eddie, à l’origine du projet 1 Piece of Rubbish

14 août 2015, Edmund est en vacances à Leeds, où il a une maison: «J’étais abonné au stade. J’ai vu Cantona, qui a fait une saison et demie chez nous avant de partir à Manchester!» Leeds, 300 kilomètres au nord de Londres. Et à plus de 1.500 kilomètres de Marseille. Il est 7 heures du matin, à Roundhay Park, le Central Park du Yorkshire: «Je méditais sur un banc, j’étais allongé sur le dos. Et puis j’ai commencé à ramasser des déchets par terre. Ensuite j’ai posté la photo de moi en train de ramasser sur mon compte Instagram et Facebook. Et là je me suis dit: “Tout le monde peut ramasser un fucking déchet par jour!” Alors j’ai lancé le challenge...» Les gens ne likaient plus Eddie: ils likaient l’action.

Mode cool du ramassage

Arrivé à Marseille en stop il y a quatre ans («j’ai été adopté en quatre jours»), le bonhomme traîne un look d’Anglais hippie, chemise à carreau, pantalons jaune et blagues potaches: «Je devais aller à Naples au British Council quand je me suis arrêté à Marseille. Mais je suis tombé amoureux de la ville, des calanques et des soixante filles qui faisaient de la gym suédoise sur le Prado! J’ai appelé Naples: “Sorry, on a un problème là...”» Son job en Angleterre le fait alors tourner en rond. «Au début des années 2000, je roulais en 2CV bleu blanc rouge, je vendais des téléphones portables. C’était une décapotable. À l’intérieur, je pouvais avoir jusqu’à 16.000 euros de cash et de produits. Mais personne ne volerait quelqu’un qui roule en 2CV. Il n’y a que des gens bien en 2CV!»

Eddie et une canette de Coca-Cola ramassée par terre | Capture d’écran de la photo de profil Facebook d’Eddie Platt postée le 14 août 2015

S’il blague, le sujet de la propreté reste encore délicat à Marseille. Entre le «fini-parti» des éboueurs, qui terminent leur tournée à toute allure, et les mauvaises habitudes de certains habitants, la région a du retard. «À Marseille, il y a trop de chemins qui mènent à Heinekein, blague Eddie. Et c’est pas aux éboueurs d’aller nettoyer les plages... C’est à nous!» La communauté urbaine de Marseille (MPM) a déjà lancé une campagne de pub avec un slogan –«La propreté, c’est nous. Le civisme, c’est vous!»– à grands renforts de photos de plages inondées de bouteilles en plastique et de MacDo usagés. «On veut que ça devienne cool de ramasser. Ça peut même devenir une mode. Moi, j’adore cette ville», explique Eddie. Avec Marseille capitale de la culture en 2013, ils ont nettoyé la vitrine de Marseille. Là, on veut faire briller le cœur de cette ville.» En quelques semaines, 21.000 personnes atteintes (dont près de 8.500 à Marseille), 1.600 fans sur Facebook, 160 photos postées sur Instagram et environ 315 kilos de déchets ramassés en un mois! «Nos chiffres sont largement sous-estimés», indique Georges-Edouard. «Certains ramassent sans publier la photo. Et avec les profils privés sur les réseaux sociaux, on ne voit pas toutes les images, poursuit Romain. C’est pour ça qu’on a créé un site qui centralise la communauté, avec une galerie qui capture le flux du mot-dièse #1pieceofrubbish.»

«J’aime dire qu’on est là pour améliorer la qualité de vie des Marseillais», ponctue Eddie, qui est touché quand il voit que le défi s’exporte aussi à l’international. Des photos sont venues de New York, de Lyon, de Versailles et de Buenos Aires. «Les gens se challengent et se provoquent.» Ils comptent sur un effet boule de neige dans les prochains mois, quelque chose qui implique les gens. «Demain, ce sera peut-être Gérard Depardieu qui se prendra en photo en train de ramasser une bouteille sur le Vieux-Port ou à la Plaine!» espère Georges-Édouard. L’acteur tourne à Marseille une série pour Netflix. Eddie a d’autres idées en tête: «J’aimerais qu’une boîte de pelles nous sponsorise pour ramasser les déchets par exemple.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte