Sports

Tiger Woods, distributeur de billets verts

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.09.2009 à 15 h 33

La fin de la saison confirme le rang de Woods: champion hors-norme et locomotive du golf mondial.

La saison golfique sur le PGA Tour, le circuit américain, s'est terminée, dimanche 27 septembre, à Atlanta au terme de la quatrième et dernière journée du Tour Championship, le tournoi final qui réunissait la crème de la crème de ceux qui ont brillé en 2009. Même s'il n'a gagné aucun des quatre titres du Grand Chelem — une année vierge qu'il n'avait pas vécue depuis 2004 — et qu'il s'est contenté de la deuxième place de ce Tour Championship derrière Phil Mickelson, Tiger Woods y a été sacré joueur de l'année. Le n°1 mondial a fini, en effet, en tête du classement par points qui compile tous les résultats depuis janvier.

Cette hiérarchie, baptisée FedEx Cup, du nom de son généreux mécène, était la source d'un enjeu colossal au cours du week-end puisque dix millions de dollars étaient attribués, dimanche, à celui qui a donc été le plus constant en 2009. A l'aube de ce Tour Championship, cinq joueurs, tous Américains, avaient encore une chance sérieuse de terminer premier de ce classement: Tiger Woods, Steve Stricker, Jim Furyk, Zach Johnson et Heath Slocum. Sachant que l'un d'eux, dans l'hypothèse où il gagnerait le tournoi d'Atlanta ET le magot de la FedEx Cup, pouvait empocher d'un coup la bagatelle de 11,3 millions de dollars — 10 millions pour être le n°1 de l'année et 1,3 million pour s'imposer sur les fairways de Géorgie. Tiger Woods s'est contenté de 10,8 millions grâce aux 810.000 dollars de son deuxième rang à Atlanta après que Steve Stricker, pendant quelques minutes dimanche, a tenu virtuellement le chèque dans sa main.

Pour Woods, cette prime dominicale ne ressemblait qu'à de l'argent de poche dans la mesure où l'on estime qu'il engrange, chaque année, entre ses gains sur le circuit professionnels et tous les contrats publicitaires le liant à des marques, un total astronomique supérieur à 100 millions de dollars et que sa fortune personnelle aurait déjà allègrement franchi le cap du milliard de dollars.

Cette avalanche d'argent est évidemment indécente aux yeux des gens «normaux» que nous sommes, mais n'est pas contestée aux Etats-Unis où, plus qu'ailleurs, il est possible de prendre la mesure du phénomène Tiger Woods qui s'aventure rarement au-delà des frontières du circuit américain. Outre-Atlantique, le golf ne fait pas partie des trois sports dominants qui sont le football (américain), le basket et le baseball, mais fournit un bataillon colossal de 27 millions de pratiquants, réguliers ou occasionnels, qui s'éparpillent aux quatre coins du pays sur les quelque 17.000 parcours du pays dont la multitude ne peut pas échapper, vue du ciel, au moindre voyageur.

Quand Woods n'est pas là, les audiences ne suivent pas

Les tournois du PGA Tour sont ainsi systématiquement et alternativement diffusés, semaine après semaine, en direct, sur les chaînes principales de télévision que sont ABC, CBS et NBC qui se partagent les puissantes recettes publicitaires que fait émerger le golf, sport à «niches» comme l'appellent, avec gourmandise, les spécialistes du marketing. A titre de comparaison, le pauvre amateur de golf en France est confiné aux chaînes payantes, quand elles veulent bien diffuser du golf en direct — ce qui n'arrive pas bien souvent. Ce n'est pas demain la veille que TF1 ou France 2 diffusera, en direct, un tournoi du Grand Chelem, Tiger Woods ou pas Tiger Woods. Il faut bien le constater: chez nous, médiatiquement, le golf ne «décolle» pas faute de tigre dans le moteur.

Aux Etats-Unis, depuis 1996, année des débuts professionnels de Tiger Woods, la machine golfique s'est, en revanche, carrément emballée. Car quand Woods apparaît sur les écrans, les audiences bondissent comme les tarifs des coupures publicitaires. «Tiger Woods est l'Oprah Winfrey du golf», a résumé, d'une formule, un journaliste du site golf.com en référence à la grande prêtresse des talk shows aux Etats-Unis où il est admis que, selon toujours golf.com que «quand Woods joue, les audiences sont importances, quand il gagne, elles sont énormes, et quand il ne joue pas, eh bien tout le monde regarde un autre programme.»

Quand Woods gagne, tout le monde gagne

Autant dire que son absence du circuit professionnel, pour cause d'opération au genou, entre juin 2008 et février 2009, a été durement ressentie par les chaînes de télévision américaines. Le British Open a ainsi enregistré, en 2008, sa pire audience depuis 17 ans. Quant au PGA Championship, quatrième et dernière levée du Grand Chelem, c'est bien simple, on n'avait jamais vu aussi peu de téléspectateurs depuis 1972, date de la création de l'instrument de mesure de l'audience! Inutile de préciser que lorsque Tiger a repris les clubs, lors d'un banal tournoi en Arizona, les courbes se sont immédiatement et nettement redressées vers le haut. Le record à battre reste son succès au Masters 1997 qui avait attiré un auditoire de 16 millions de personnes, soit le double, par exemple, des chiffres de la dernière finale NBA entre les populaires Lakers de Los Angeles et les Orlando Magic.

L'effet Tiger Woods est également quantifiable quand on suit l'évolution du niveau des dotations sur le PGA Tour. En 1996, le circuit professionnel distribuait sur l'ensemble de ses tournois un total de 70 millions de dollars. En 2009, 280 millions de dollars, soit quatre plus en seulement 13 ans, ont été mis sur la table. Tiger Woods n'a pas été le seul à s'enrichir. Tous ses adversaires ont aussi largement profité du formidablement élan économique et financier impulsé par l'actuel n°1 mondial.

Année XIII

Jouer à l'époque de Tiger Woods n'est pas ce désavantage présenté ici ou là, avec humour, par ses rivaux qui seraient privés de victoires à cause de lui. C'est ce que reconnaît notamment Rocco Mediate, son adversaire malheureux lors de l'inoubliable US Open 2008, qui se raconte dans un livre récemment sorti aux Etats-Unis Are you kidding me? Dans cet ouvrage coécrit avec le journaliste John Feinstein, il relève qu'en 1996 et 1999, il avait terminé pour ainsi dire à la même place au classement final de la saison, mais que son prize money avait, lui, tout simplement doublé en trois ans grâce à l'envolée des droits de retransmission dus à l'arrivée de Tiger Woods sur le circuit et à la ruée des sponsors tout heureux de mettre la main à la poche pour améliorer substantiellement le niveau des dotations.

Sur le PGA Tour, 1996 est considérée comme une année zéro, celle de la naissance de ce Jésus Christ des fairways. 2009 est donc bien l'an 13 de ce qu'on appelle aux Etats-Unis l'After Tiger. Et Jésus a encore marché sur l'eau, verte comme les greens et les dollars...

Yannick Cochennec

Image de une: Tiger Woods à l'US Open 2008. Mike Blake / Reuters

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte