France

Vos réponses à Jean-François Copé: «Internet n'est pas un espace de non-droit»

Slate.fr, mis à jour le 29.09.2009 à 15 h 47

Homme avec un masque de Guy Fawkes et un ordinateur, Stian Eikeland, Flickr, CC

Homme avec un masque de Guy Fawkes et un ordinateur, Stian Eikeland, Flickr, CC

Internet et la liberté n'est pas un sujet à prendre à la légère et soulève en général de nombreux commentaires passionnées. Dans sa dernière chronique sur Slate, Jean-François Copé plaidait pour plus de régulation d'Internet, qui peut selon lui contribuer «au meilleur comme au pire». S'il est très enthousiaste quant aux possibilités offertes et aux progrès qu'Internet peut apporter à la démocratie, à la politique et à la société en général, il met en garde contre une trop grande naïveté: «Sur Internet comme ailleurs, l'absence de règles n'est pas liberté mais anarchie.» La chronique du député a beaucoup fait réagir, et la grande majorité des commentateurs n'est pas d'accord avec la conception de Jean-François Copé du Réseau des réseaux.

Plusieurs internautes ont repris point par point les problèmes posés par l'Internet et qui, selon Jean-François Copé, méritent qu'on y réfléchisse d'un point de vue légal:

Le droit à l'oubli a-t-il encore un avenir quand les photos de soirées d'un jeune de 17 ans peuvent être stockées et exploitées contre lui 10 ans plus tard lorsqu'il cherchera du travail?

Ropib: «Quelqu'un qui vit à son époque sait qu'on peut faire la fête à un moment, être crédible à un autre, avoir de multiples appartenances. Demain c'est celui qui n'aura pas de photos de lui tout nu sur Facebook qui sera suspecté de n'avoir aucune vie sociale et donc de ne pas savoir se comporter correctement avec les autres.»

Sheket: Imaginez un instant que l'on puisse se souvenir de telle déclaration, disons, du ministre de l'Intérieur Hortefeux, de telle déclaration scabreuse du chef de l'Etat français, en des périodes électorales; pire, imaginez que des historiens aient un jour accès à ces documents!

Enikao: Droit à l'oubli et à l'intimité: la loi n'est pas là pour protéger les imbéciles, c'est à chacun de lire les conditions d'utilisation des services auxquels il souscrit et d'être prudent quant à sa vie privée. Cela ne date pas d'aujourd'hui. Un DRH capable de ressortir une photo privée datant de 10 ans sera de toute façon une personne à fuir: si sa première réaction avant la rencontre d'un futur collaborateur est d'aller fouiller son passé au lieu de se questionner sur ce que cette personne vaut, peut apporter, ce dont elle est capable, alors le ver est déjà dans le fruit.

La propriété intellectuelle ou le droit à l'image doivent-ils prendre une nouvelle forme dans le monde numérique ?

Ropib: La propriété intellectuelle est une vue de l'esprit. Lorsque nous saurons mesurer la diffusion des idées alors celle-ci tombera naturellement. C'est bien la diffusion de la culture qui crée de la richesse, non la conservation.

Enikao: Responsabilité individuelle, anonymat, propriété intellectuelle: il existe déjà des réponses concrètes et des règles. On peut tout à fait être poursuivi pour calomnie ou atteinte à l'image. Il y a des précédents.

Comment protéger les producteurs et les consommateurs contre les contrefaçons dans un monde où il n'y a parfois plus de différence entre l'original et la copie?

Ropib: Il n'y a pas contrefaçon s'il n'y a pas de différence entre original et copie. L'authenticité est un concept (religieux) lié à l'écriture, elle a déjà muté avec l'imprimerie, elle va sans doute être remplacée par autre chose.

Comment mettre à l'abri les enfants de contenus qui ne leur sont pas destinés, alors qu'ils passent plusieurs heures par semaine à surfer et à chatter?

Ropib: Il s'agit d'un problème d'intégration en général. [...] Un nouvel arrivant, et en particulier un enfant, faible, qui ne peut pas prendre en charge seul la négociation de la réalité, encore inconnue, doit être pris en charge par des mentors pour s'intégrer dans tout système social. Le web est un système social pas encore total mais il est clair que nous avons besoin d'outils d'intégration (mais dans le monde réel en général). Aujourd'hui nous ne voyons pas encore d'initiative privée proposant de tels services, ou très peu sous couvert de formation ou de visites organisées sur Second life bien trop restreintes.

Qu'est-ce que la responsabilité individuelle dans un monde où l'anonymat est revendiqué et où le buzz multiplie les phénomènes de masse ?

Ropib: C'est la confiance dans nos moyens d'identification qui est bien trop grande alors qu'ils ne garantissent que partiellement l'identité. L'anonymat n'est qu'un petit problème et ce n'est pas lui qui est revendiqué mais la possibilité d'avoir de multiples appartenances sociales. Enfin soyez un peu irresponsable sur le web pour voir, vous verrez si vous êtes si bien reçu que vous le croyez.

Sheket: Qu'est-ce que la responsabilité individuelle: c'est vrai, qu'est-ce que c'est, au fond, que cette responsabilité qui touche plus fortement dans ses attentes impitoyables, ceux d'entre nous qui sont chargés d'ouvrir les voies de demain, de réfléchir notre condition et de penser la meilleure solution définitive pour défendre nos intérêts et interdire les abus de la liberté, de la parole sauvage des foules folles, du traitage de "connard" en ligne et autres immondices cramoisies du la plèbe suitant l'ignorance et le manières infâmes?

Ropib, dans un son long commentaire, explique la nécessité de ne pas essayer d'applique à Internet des modèles de régulations préexistants, car ils y sont obsolètes:

«L'internet n'est pas un espace de non-droit, il s'agit d'un nouvel espace social dans lequel il n'est pas possible (je veux dire: nous n'y arriverons pas) d'importer des règles qui n'y ont pas court, comme celles liées à la matérialité, à la rareté... ces contraintes étant complètement artificielles sur le web. [...] Les technologies de transport de l'internet de demain (entre réseau mesh, débit symétrique, stockage partagé, serveurs virtualisés...) couplées au développement naturel du web (cloud computing, VPN, multiplicité des moyens d'identification...) sans compter la miniaturisation des supports qui pourront bientôt faire partie de notre corps, dépasseront de toutes façons tous les moyens de contrôle que nous essayons de mettre en place tant que nous ne voulons pas regarder les véritables mutations sociales qui ont lieu aujourd'hui.»

Pour Deneb, «Tout ce que l'on peut espérer, c'est quand tous les gens vont être connectés, ces religions et les croyances perdront en pertinence. Les croyances surviennent lorsqu'on manque d'informations essentielles - le monde informé sera donc un monde respectant les faits et les personnes, mais certainement pas les croyances. Celle de M. Coppé consiste à croire qu'Internet est un espace economique, alors qu'il est anti-économique dans son essence - c'est un espace de diffusion et de partage.»

«Le contrôle du web (outil mondial), à moins de couper toutes les connexions aux internautes, est impossible: ceux qui téléchargent (plutôt des jeunes qui téléchargent de la musique anglo-saxonne pas Le forestier,) savent parfaitement contourner l'identification du net» selon anamaywong.

Un avis que ne partage pas barba-papa, qui est d'accord avec la réflexion de Jean-François Copé: «Le monde virtuel n'est pas meilleur que le vrai monde. La liberté sans règles du jeu sur le web ça veut dire accepter le vol, le mensonge, le harcèlement, la diffamation, la calomnie, la pornographie des mineures et l'incitation à la pédophilie... Les lois sur la liberté de la presse et de l'audiovisuel devrait pouvoir servir de base a celle sur internet».

Image de Une: Homme avec un masque de Guy Fawkes et un ordinateur, Stian Eikeland, Flickr, CC

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