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Non, on ne devient pas plus empathique parce qu’on a souffert

Sad eyes / Nom du photographe via FlickrCC License by

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Une nouvelle étude va à l’encontre des idées reçues sur la compassion.

Surmené(e) au travail et débordé(e) par vos enfants à la maison? Vous serez peut-être tenté(e) d’aller demander à votre chef une autre organisation de votre temps au bureau afin de mieux vous occuper de vos bambins en pensant que votre supérieur sera plus à même de comprendre votre situation pour peu qu’il l’ait également vécue par le passé.

Grave erreur, si l’on en croit trois chercheurs qui ont publié une recherche sur le sujet dans le Journal of Personality and Social Psychology. «Dans une série d’expériences récentes, écrivent-ils sur le site de la Harvard Business Review, nous avons trouvé que les gens qui ont enduré des challenges par le passé (comme le divorce ou le fait d’être doublé pour une promotion) étaient moins enclins à montrer de la compassion pour les personnes faisant face au même défi, en comparaison avec les personnes sans expérience dans cette situation particulière.»

Fossé empathique

Pour en arriver à ces conclusions pour le moins surprenantes, les auteurs de l’étude ont mis en place trois expériences. Dans la première, ils ont demandé à des personnes ayant fait le «polar plunge» (un saut dans le lac Michigan gelé en mars) de lire l’histoire d’un ancien participant qui s’était dégonflé à la dernière minute. Les personnes qui avaient réussi le plongeon était beaucoup moins compatissantes que celles n’ayant pas encore fait le grand saut. Dans la seconde expérience, des gens ayant connu ou connaissant actuellement une période de chômage ont dû réagir à l’histoire d’un homme qui était tombé dans le trafic de drogue après de nombreux échecs pour trouver du travail. Là encore, les personnes ayant réussi à sortir du chômage jugeaient plus durement son comportement. Enfin, dans une dernière expérience, un jeune adolescent martyrisé par ses camarades recevait plus d’empathie de la part de personnes qui n’avaient jamais enduré un tel traitement.

Les chercheurs en ont conclu que les personnes ayant enduré une situation compliquée pénalisent plus facilement celles qui sont en train de la vivre. «Tout d’abord, les gens ont généralement du mal à se rappeler à quel point une expérience était aversive», note les auteurs avant d’expliquer que l’on parler de «fossé empathique».

Ces expériences pourraient donc nous amener à reconsidérer nos relations avec nos proches ou nos collègues. Dans une tribune publiée en juillet dernier sur le site Quartz, deux des auteurs de l’étude mentionnaient la nécessité «d’enseigner aux gens comment insister moins, pas plus, sur ses propres défis du passé. Par exemple, un manager qui a surmonté une addiction pourrait considérer les statistiques sur la rechute quand il a un employé qui lutte pour devenir sobre, plutôt que de le juger à partir de sa propre expérience.» Pour mieux comprendre la souffrance d’une autre personne, l’empathie ne suffira donc pas: il faudra avant tout s’oublier soi-même. 

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