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Apple et Google appelés au service du climat

REUTERS/Toru Hanai.

REUTERS/Toru Hanai.

L'arrivée des richissimes géants de l'Internet dans la vieille industrie du transport permet d'envisager sous un jour nouveau et positif la lutte contre le réchauffement climatique. A coup d'innovations radicales.

Imaginez la scène. Tim Cook, invité à Paris pour la COP21, annonce qu'Apple, la firme qu'il préside, a décidé de se lancer dans la fabrication d'automobiles. Les Smartcars seront une révolution d'usage comme les smartphones l'ont été pour les téléphones, vante-t-il. Bien entendu, elles émettront zéro CO2, le moteur sera électrique. Elles seront très largement «autonomes», c'est-à-dire qu'elles se conduiront toutes seules. Au départ, a précisé le PDG d'Apple, l'autonomie sera restreinte au parking et à des autoroutes mais, au fur et à mesure des progrès, dans les années qui viennent, le logiciel de la voiture sera amélioré gratuitement par téléchargement. L'autonomie s'améliorera en permanence.

Tim Cook a ouvert la possibilité d'une telle annonce dans une interview au Wall Street Journal cette semaine. Il a dit qu'au centre d'avancées technologiques multiples, l'automobile était sur le point de connaître un changement radical. Avec ses dizaines de milliards de dollars de réserves, le groupe californien a largement les moyens de se lancer dans cette nouvelle aventure. Il pourrait d'ailleurs racheter n'importe quel constructeur existant.

Quoi qu'il en soit de la décision de faire ou de ne pas faire pas des i-Cars, l'arrivée des richissimes géants de l'Internet dans cette vieille industrie du transport permet d'envisager sous un jour nouveau et positif la lutte contre le réchauffement climatique. Apple et autre Google engagent la construction du volet manquant de la lutte contre le réchauffement climatique: l'innovation radicale.

Méthode bottom-up

La Conférence de Paris concerne un premier volet: la méthode. Après l'échec de Copenhague, les négociateurs du climat ont abandonné l'écologie punitive top-down, celle qui impose d'en haut des réductions d'émissions par des normes. Le scandale VW est venu rappeler que le coercitif était contourné et qu'il valait définitivement mieux changer de méthode et passer au bottom-up, à l'engagement volontaire. Les pays doivent, pour la COP21 à Paris, dire la réduction d'émissions de Co2 à laquelle ils vont s'astreindre. Du coup, on le sait d'avance, il y aura un résultat à Paris: la somme des promesses des pays donnera un engagement global, dispositif qui sera complété par un système d'aide aux pays pauvres et par des moyens de surveillance. Le président Hollande va s'enorgueillir d'un succès.

Mais, on le sait aussi d'avance, on sera loin du compte. Rappelons que pour limiter à 2° C la hausse des températures en fin de siècle, il faudrait que le stock de gaz à effet de serre envoyés autour du globe ne dépasse pas 1.000 milliards de tonnes d'équivalent charbon en 2100. Comme depuis 1850, la révolution industrielle a déjà émis 700 milliards de tonnes, il y a urgence, il faudrait au plus vite freiner très fort les émissions et arriver à zéro en 2100. Tel est l'objectif. Pour l'atteindre, la baisse devrait être de 4% tous les ans si on commence maintenant, de 5,3% par an si on commence en 2020 (scénario retenu officiellement) et de 25% si on commence seulement en 2030, selon le Giec.

La tendance actuelle est une hausse des émissions de 1 à 2% par an, c'est dire la force du changement d'inflexion nécessaire. La méthode bottom-up de la conférence de Paris aura le grand mérite de sortir de l'immobilisme, la machine sera lancée mais bien trop lentement, il faudra l'accélérer.

Le deuxième volet de la lutte climatique pourrait le permettre. Elle demeure d'inspiration punitive mais non plus par la voie des gouvernements mais par le marché: il faut donner un coût croissant au carbone. S'il est très cher, en émettre coûtera une fortune, les émissions diminueront. Cette solution libérale des mécanismes du prix est celle préconisée par tous les économistes, elle est à leurs yeux «idéale». Hélas, la mise en place est laborieuse. Les tentatives d'expérimentation en Europe ont été des échecs, le prix du carbone a trop fluctué. Mais l'idée n'est pourtant pas morte, la Chine a dit vouloir l'adopter.

Faire que le propre soit moins cher que le sale

En attendant, ou peut être à la place, arrive Apple et l'idée qu'il faut miser sur l'innovation pour que la production et l'utilisation des énergies non fossiles devienne moins onéreuses que celles des énergies fossiles. Si le propre est moins cher que le sale, la planète va naturellement et rapidement se nettoyer.

Mais seuls 2% de la recherche-développement mondiale sont consacrés aux énergies renouvelables, soit 6 milliards de dollars. Un groupe de scientifiques et d'économistes clame le besoin de changer d'échelle et de lancer, au niveau mondial, l'équivalent de ce qu'a été le programme Apollo pour aller sur la Lune. Les gouvernements dépensent 100 milliards de dollars par an pour subventionner les énergies renouvelables mais cet argent ne permet pas de baisser les coûts drastiquement. Il faut multiplier les recherches sur le solaire, l'éolien, sur les batteries et autres formes de stockage, sur les véhicules électriques. Ces technologies ne sont pas au niveau, elles doivent recevoir un appui financier massif, estimé à 16 milliards par an.

Comme pour atterrir sur la lune, le but des énergies vertes est atteignable en dix ans, assurent les promoteurs. Ils prônent une coordination des communautés scientifiques internationales publiques à partir de l'Agence internationale de l'énergie sise à Paris et privées. Le renfort des riches Apple ou de Google vient changer la donne de la cause climatique.

 

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