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Puisseguin nous rappelle que les accidents de la route ne doivent pas être une habitude

Zone de secours, près de l'accident à Puisseguin, le 23 septembre. REUTERS/Régis Duvignau

Zone de secours, près de l'accident à Puisseguin, le 23 septembre. REUTERS/Régis Duvignau

Les accidents comme celui survenu en Gironde, qui représente l'équivalent de quatre jours de mortalité routière, ont souvent entraîné une prise de conscience politique.

Il s’agit de l’accident de la route le plus meurtrier en France depuis 1982. Ce vendredi 23 octobre, au moins 42 personnes, selon un bilan provisoire, sont mortes dans une collision frontale entre un bus et un camion sur la route départementale 123 à Puisseguin (Gironde). Le chauffeur du car n'aurait pas vu un camion qui arrivait en face de lui à cause d’un virage dangereux où plusieurs accidents se sont déjà produits par le passé. Le conducteur du camion fait partie des victimes.

Le 31 juillet 1982, un accident impliquant deux autocars avait coûté la vie à 53 personnes, en majorité des enfants. Depuis, des accidents impliquant des autocars ont régulièrement fait la une des médias. Ainsi, le 10 juillet 1995, un autocar voyageant entre Barcelone et Amsterdam s’était renversé sur l’A9, faisant 22 morts et 32 blessés. Le 22 juillet 2007, 26 personnes, pour la plupart des pèlerins polonais, étaient mortes dans la chute d’un autocar dans un ravin de l’Isère.

Les accidents d'autocar restent pourtant un phénomène relativement rare. En 2012, nous vous expliquions déjà que «l’autocar apparaissait comme le moyen de transport routier le plus sûr (dix fois plus que la voiture) et au coude-à-coude avec le transport ferroviaire et aérien.» Si l’on en croit les derniers chiffres de la sécurité routière pour l’année 2014, «201 accidents corporels ont impliqué un autocar, soit 0,3% des accidents corporels», pour un total de 33 morts. Dont «seulement» six passagers d'autocar: entre 2010 et 2014, les accidents impliquant des autocars ont coûté la vie à 17 passagers d'autocars, 27 piétons et 64 passagers de véhicules de tourisme ou utilitaires. Précisons ici qu'en 2014, les conducteurs des cars impliqués étaient responsables de l’accident dans seulement 30% des cas, moins que pour les autres véhicules.

Extrait du Bilan de l'accidentalité de l'année 2014 pré-édition

Etant donné que 3.557 personnes ont perdu la vie sur les routes de France en 2014, un accident comme celui de Puisseguin représente l'équivalent d'un peu plus de quatre jours de mortalité routière. Ce vendredi matin, l'AFP annonçait par exemple le décès d'un jeune couple et de son bébé sur l'A89, au nord de Lyon, ou la mort de quatre personnes sur l'autoroute A1, en direction de Lille.

Mais à la différence des accidents de la route impliquant des véhicules de tourisme, les accidents de car, de par le nombre souvent élevé de victimes, entraînent un large écho médiatique. En 1982, quand Christine Ockrent, alors présentatrice du JT, évoque sur Antenne 2 l’accident de Beaune, elle explique que «44 enfants ont péri carbonisés la nuit dernière sur l’autoroute du Soleil. […] Inconscience, vitesse, fatalité, la route tue chaque semaine et on s’y habitue presque.»


Dans un rapport publié en 2013, l’European Transport Safety Council mentionnait justement cet écho médiatique et l’implication des politiques dans la gestion des accidents d’autocars et de bus:

«Particulièrement dans le cas d'autocars, il se peut qu’un grand nombre de victimes soit provoqué par une seule collision, attirant une plus grande attention des médias, des décideurs politiques et du grand public.»

Un constat confirmé par le drame de Puisseguin, qui fait évidemment la une de tous les médias et provoque la mobilisation des politiques, d'Alain Juppé à Bernard Cazeneuve ou Alain Vidalies. «De tels événements au profil relativement exceptionnel peuvent être vus comme une opportunité, aussi malheureuse soit-elle, de mettre en place une politique qui améliore la sécurité des bus et des autocars sur la route», poursuivent les auteurs du rapport. Certains estiment ainsi que l'accident de Beaune a poussé les législateurs à mettre en place de nouvelles lois visant à améliorer la sécurité routière.

C’est pour cela que nous avons en France, depuis une vingtaine d’années, de nombreuses règles qui encadrent la conduite d’autocars: le port de la ceinture est obligatoire pour tous les passagers d'autocars (mais peu respecté: sur la période 2010-2014, la moitié des victimes n'en portaient pas) et des éthylotests anti-démarrage, qui bloquent le démarrage si le conducteur n'est pas sobre, sont censé équiper tous les autocars depuis le 1er septembre dernier.

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