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Les retraitées d’ex-RDA ont été discriminées par la Réunification

Œuvre en aluminium de l'artiste américain Jonathan Borofskysymbolisant la réunion des quartiers Kreuzberg, Friedrichshain et Treptow après la réunification de Berlin | Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License by

Œuvre en aluminium de l'artiste américain Jonathan Borofskysymbolisant la réunion des quartiers Kreuzberg, Friedrichshain et Treptow après la réunification de Berlin | Jean-Pierre Dalbéra via Flickr CC License by

S’estimant discriminées par le gouvernement allemand, des retraitées ayant cotisé en ex-RDA demandent justice auprès de l'ONU.

Du temps de la RDA, où chaque citoyen avait un emploi, hommes comme femmes étaient tenus de travailler. Ces dernières pouvaient d’ailleurs demander le divorce au motif que leur mari les empêchait de travailler, alors qu’en Allemagne de l’Ouest les femmes avaient besoin de l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque jusqu’en... 1977. Divorcer en ex-RDA ne représentait donc pas le même drame financier qu’en République fédérale allemande, où les femmes étaient majoritairement femmes au foyer après la naissance de leurs enfants, et étaient donc dépendantes des revenus de leurs époux. Après que cette indépendance financière a été accordée aux femmes par le régime socialiste est-allemand, le nombre de divorces a explosé, fait remarquer l’hebdomadaire Die Zeit:

«Entre 1960 et 1985, le nombre de divorce a doublé, atteignant 52.000 par an, et a placé la RDA à la cinquième place des pays ayant les plus hauts taux de divorces dans les années 1980.»

Le système de retraites en ex-RDA était tel que les femmes qui s’arrêtaient de travailler durant quelques mois ou quelques années pour s’occuper de leurs enfants n’étaient pas discriminées vis-à-vis des pères ayant travaillé toute leur vie sans interruption une fois atteint l’âge de la retraite:

«Pendant cette période, elles versaient une cotisation symbolique à la caisse de retraite, trois marks par mois. Le montant de la cotisation importait peu car, en RDA, seules les vingt dernières années d’activité étaient retenues pour calculer le montant des retraites, durant lesquelles les femmes travaillaient en général à nouveau à plein temps. De cette façon, même si elles divorçaient, elles étaient tout de même un tant soit peu bien assurées à l’âge de la retraite.»

Leurs ex-maris n’étaient donc pas tenus, comme en Allemagne de l’Ouest, à participer au versement de leurs cotisations pour la retraite. Mais à la Réunification, en 1990, le système de retraites ouest-allemand a été généralisé à l’ensemble du pays. Les 800.000 retraitées est-allemandes qui étaient divorcées à cette époque se sont donc retrouvées avec des retraites calculées non plus sur la base des vingt dernières années d’activité mais sur l’ensemble des années où elles avaient travaillé. Donc avec des années à 36 marks...

Citoyennes de seconde classe

Ces dernières se battent depuis des années pour faire reconnaître leurs droits vis-à-vis des gouvernements successifs, sans succès. Une association rassemblant 3.500 retraitées est-allemandes a même été fondée en 1999. Faire la sourde oreille est une stratégie qui s’avère payante sur le long terme, puisqu’en en vingt-cinq ans 500.000 d’entres elles sont décédées:

«La plupart des 300.000 retraitées qui sont encore en vie vivent dans des conditions matérielles très difficiles, 82% vivent en dessous du seuil de pauvreté, malgré de hautes qualifications professionnelles chez certaines et jusqu’à quarante ans de cotisations.»

Comme l’explique la retraitée Dorothea Seefeld au micro de la station Deutschlandfunk, avec des mots qui ont une signification très forte dans la bouche d’une ex-citoyenne d’un État où la propriété privée n’existait pas:

«On nous a volé notre bien. Notre retraite est notre bien. Nous ne pouvons pas laisser passer cela.»

Une autre d’entre elles, citée par Die Zeit, estime être traitée par le gouvernement allemand comme «une citoyenne de seconde classe».

Après que leurs revendications ont été discutés à de nombreuses reprises au Bundestag, que le Bundesrat a tenté trois fois de proposer une solution à leur avantage, qui a été à chaque fois rejetée par le gouvernement en place, près d’innombrables plaintes, parmi lesquelles trois plaintes déposées auprès du Tribunal constitutionnel et trois déposées auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, les retraitées est-allemandes ont réclamé en 2011 auprès des Nations unies que justice soit faite. La décision de l’ONU devrait théoriquement tomber cette année.

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