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Mesurer la performance des salariés désavantage les femmes

 Husband & Wife Walk . . . (to divorce court) |Keoni Cabral via Flickr License by

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Davantage sollicitées auprès de leurs enfants et plus généralement au foyer, les femmes font bien souvent moins d'heures au travail que leurs collègues masculins.

L'origine du «plafond de verre» séparant les hommes et les femmes au travail ne serait pas dans l’entreprise, mais au foyer. À titre d'exemple, une étude du Centre for Economic Policy Research, publiée le 13 octobre dernier, et résumée par la revue Law 360, explique que les différences de salaire entre jeunes avocats de sexe masculin et ceux de sexe féminin ne seraient pas tant dues aux discriminations qu’à un nombre d’heures travaillées plus faible côté femmes, dû à des exigences familales notamment.

Contrairement à la plupart des autres professions, les avocats utilisent des indicateurs transparents pour mesurer la performance, expliquent les chercheuses Ghazala Azmat de l'université Queen Mary University à Londres et Rose Ferrerde l’université Pompeu Fabra, à Barcelone. Sont comptés pour chaque employé notamment le nombre d’heures facturées et le nombre de nouveaux clients ramenés. Or, les hommes chaque année factureraient 10% d’heures en plus et ramèneraient deux fois plus de revenus tirés de nouveaux clients. Alors que les jeunes avocats gagneraient en moyenne 150.000 dollars par an, les femmes n'en gagneraient «que» 132.000.

L’influence des enfants en bas âge

En comparant des hommes et femmes ayant des postes égaux dans des firmes qui payent des salaires comparables, les chercheurs ont trouvé une différence dans les salaires des jeunes avocats, imputable à 40% selon eux aux performances. Une fois les performances alignées, il n’y avait presque plus de différence dans les salaires entre hommes et femmes.

Pourquoi les femmes travaillent-elles moins et prennent-elles moins de nouveaux clients? Selon les chercheuses, ce n’est pas parce qu’elles se verraient offrir moins d’opportunités de clients, mais surtout par choix, ou par contraintes liées à la vie privée. Les femmes qui avaient des enfants en bas âge factureraient ainsi 200 heures de moins que les hommes qui ont des enfants en bas âge, selon l’étude. Ces derniers, eux, ne travailleraient pas moins après les naissances.

Moins ambitieuses?

Un sondage effectué par les expertes pour mesurer l’implication des femmes et des hommes confirme par ailleurs cette analyse: lorsque l’on demandait aux jeunes ambitieux de mesurer leur envie de devenir avocat(e) associé(e) sur une échelle de un à dix, 60% des hommes répondaient par un chiffre supérieur ou égal à huit, contre seulement 32% des femmes.

Le fossé salarial se creuse ensuite plus tard à cause de cette moindre implication des femmes en matière d’heures travaillées, puisque les promotions sont calculées sur ces indices de performance. En récompensant les plus travailleurs, de tels critères désavantageraient ainsi les femmes.

Société égalitaire

C’est un paradoxe: les mesures précises de la performance permettent visiblement de réduire les discriminations liées au sexe puisqu'à temps de travail égal les salaires ne différent pas, mais elles en créent aussi d’autres, indirectement, liées à la performance. 

Car tant que les femmes ne vivront pas dans une société égalitaire, où chacun des deux sexes prendront leur part des tâches domestique et du soin des enfants, elles ne pourront pas se dévouer autant, du moins en quantité de temps, à leur travail. Enfin, à supposer qu’elles en aient envie et que travailler 60, 70 ou 80 heures par semaine soit enviable. Mais ceci, c’est déjà presque un autre débat.

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