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À la Nasa, nous travaillons dur pour faire de «Seul sur Mars» une réalité

Matt Damon dans une scène du film «Seul sur Mars» | 2015 Twentieth Century Fox

Matt Damon dans une scène du film «Seul sur Mars» | 2015 Twentieth Century Fox

Vous vous demandez sûrement si «Seul sur Mars» est un film réaliste.

En tant que directrice scientifique de la Nasa et fan de l’espace assumée, j’adore tous les films qui traitent le sujet, de Star Trek à Star Wars en passant par mon préféré: The Dish (L’Antenne), une comédie australienne qui célèbre le moment où Neil Armstrong a fait ses premiers pas sur la surface de la Lune. Jusqu’à aujourd’hui, et j’ai un peu honte de l’admettre, mon film préféré sur Mars était John Carter. Mais maintenant, celui-ci s’est fait détrôner par Seul sur Mars.

Seul sur Mars, dont l’action se déroule dans les années 2030, traite des difficultés rencontrées lors de la troisième mission habitée sur Mars. Grâce à l’aide de scientifiques de la Nasa, le film est assez fidèle à la réalité. On y voit des technologies que la Nasa est en train de développer aujourd’hui, et la géographie martienne est assez précise.

Le voyage vers Mars a commencé

Vous vous demandez sûrement si Seul sur Mars est un film réaliste. En fait, Obama s’est donné pour objectif d’envoyer des humains dans les environs de Mars dans les années 2030, et la Nasa travaille dur pour que son projet soit réalisé. Notre voyage vers Mars a déjà commencé, et nos esprits les plus brillants travaillent déjà sur ses trois phases principales.

La première de ces phases est baptisée «Earth Reliant». Elle comprend le développement technologique et la réduction des risques sanitaires humains sur lesquels on travaille chaque jour à bord de la Station spatiale internationale. La mission d’un an à bord de la station qui a lieu actuellement, et qui est menée par l’astronaute Scott Kelly et le cosmonaute Mikhaïl Kornienko, fait partie de cet effort. Nous avons besoin de données supplémentaires sur les effets à long terme de la microgravité sur la santé humaine, et nous utiliserons les prochaines années à bord de la station spatiale internationale pour développer des mesures dans le but de contrer ses effets sur la santé tels que la perte de densité osseuse ou l’atrophie musculaire. Les missions vers Mars nécessiteront un voyage de trois ans en gravité réduite, donc il faut qu’on s’assure que les astronautes puissent non seulement survivre mais aussi rester en bonne santé avant de sortir explorer ce nouveau monde.

La troisième phase de notre périple vers Mars ressemblera beaucoup aux missions Ares de Seul sur Mars

La seconde phase de notre voyage vers Mars aura lieu dans ce qu’on appelle le «proving ground», au début des années 2020. Nous préparons actuellement des humains qui seront envoyés au-delà de l’orbite terrestre basse, pour atteindre les alentours de la Lune pour la première fois depuis plusieurs décennies. Ils voyageront dans notre nouvelle fusée, le Space Launch System, avec la capsule Orion. Dans ce «terrain d’essai» proche de la Lune, nous testerons les différents systèmes nécessaires pour les missions sur Mars, comme les systèmes de survie avancés et la propulsion avancée, tout en s’assurant de pouvoir regagner la Terre en quelques jours, au lieu des sept à huit mois nécessaires pour revenir de Mars. Pendant ce temps-là, nous continuerons d’explorer la planète rouge avec des engins spatiaux robotisés comme le rover Curiosity, chargé de prendre des mesures pour connaître le taux de radiations, par exemple, ce qui permettra aux humains d’explorer la surface martienne en toute sécurité. Dans les années 2020 toujours, nous testerons des systèmes avancés d’«entry, descent, landing» (rentrée atmosphérique, descente, atterrissage), dont nous aurons besoin pour acheminer des missions d’exploration habitées aux charges utiles bien plus importantes que celles du rover.

La troisième phase de notre périple vers Mars ressemblera beaucoup aux missions Ares de Seul sur Mars. Une équipe internationale d’astronautes restera en orbite sur Mars et visiteront peut-être certaines de ses lunes avant d’explorer la surface de la planète rouge. On devrait pouvoir utiliser l’eau qu’on a découverte sur Mars comme carburant pour les fusées et pour aider les humains à survivre. Cela nous permettrait de vivre et de travailler sur Mars, pour mener des recherches scientifiques à sa surface. Nos astronautes porteront des combinaisons spatiales avancées qui leur donneront une meilleure mobilité, ce qui permettra d’apporter l’intuition et la flexibilité humaines à l’exploration de Mars. Et ensuite, nous ramènerons ces astronautes à la maison. Après avoir achevé plusieurs missions sur Mars, on pourra construire des infrastructures à la surface pour étendre les capacités et la portée de l’exploration humaine sur la planète.

À la recherche de la vie martienne

Tout cela devrait pouvoir être financé grâce à la collaboration de nos partenaires internationaux. D’ailleurs, seize agences spatiales du monde entier travaillent déjà en accord sur ce projet. Nous nous allierons également au secteur commercial de manière nouvelle et innovante pour rassembler le public à travers des projets d’engagement citoyen comme des défis technologiques et des remises de prix. Seul sur Mars est peut-être une fiction mais, à la Nasa, nous travaillons dur pour en faire une réalité.

Si je dois chipoter, le seul reproche que je pourrais adresser au film est qu’il ne pose pas la question: «Pourquoi Mars?»

Si je dois chipoter, le seul reproche que je pourrais adresser au film est qu’il ne pose pas la question: «Pourquoi Mars?» C’est la question la plus importante derrière tout ce qu’entreprend la Nasa. Notre exploration peut être en partie expliquée par la nature humaine, et notre envie de toujours repousser nos frontières connues, en développant de nouvelles technologies et en récoltant les récompenses économiques qui y sont liées. Mais en tant que planétologue et grande fan d’un autre film de science-fiction, Contact, je voudrais également que les humains se rendent sur Mars pour répondre à une question fondamentale: «Sommes-nous seuls dans l’univers?»

Mars est la planète où la vie est la plus susceptible d’avoir évolué au-delà de la Terre, avec de l’eau stable à sa surface pendant plus d’un milliard d’années. Ces premières missions sur Mars (dont tout le monde rentrera vivant!) accueilleront des astrobiologistes et des géologues du monde entier qui chercheront les preuves qu’une vie a bien évolué sur Mars, et qui tenteront de comprendre les implications de cette vie martienne pour la vie sur Terre.

The Dish célèbre une des plus grandes réussites humaines. La Nasa travaille dur pour que la suivante ait lieu, et Seul sur Mars nous y prépare: les premiers humains qui marcheront à la surface d’une autre planète et qui nous aideront à trouver la vie au-delà de notre Terre.

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