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Les associations de parents d'élèves sont plus politiques qu'on ne le croit

Capture d'écran de la page Facebook de la FAPEC, la Fédération Autonome de Parents Engagés et Courageux

Capture d'écran de la page Facebook de la FAPEC, la Fédération Autonome de Parents Engagés et Courageux

FCPE, PEEP, et associations qui se disent «indépendantes»: les représentants des parents d'élèves n'échappent pas toujours aux logiques politisées.

Comme chaque début d'année scolaire, les parents d'élèves ont été amenés à voter les 9 et 10 octobre derniers pour leurs représentants. Des représentants qui se rendent aux conseils de classe, échangent avec les directeurs d'écoles ou les chefs d'établissements, les mairies, et défendent les intérêts des quelques 12 millions d'élèves en France, en primaire et secondaire. En regardant de plus près ces parents qui s'engagent à l'école, il y a comme une odeur de politique, même s'ils n'en ont parfois pas la couleur. Alors les parents d'élèves sont-ils plus politisés que ce que l'on croit?

Lorsque vous votez pour les représentants des parents d'élèves (moins d'un parent sur deux le font en primaire, et à peine un quart au collège et lycée), le choix est parfois restreint: quelques candidats sur une liste, parfois non constituée en association. D'autres fois, les fédérations, dont les plus connues sont la FCPE et la PEEP, s'opposent à des associations dites «indépendantes». «Nous leur préférons le terme “non affiliées”», précise Liliana Moyano, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves. La grande majorité de ces listes revendiquent leur indépendance, voire leur caractère apolitique. Mais que l'on ne s'y méprenne pas: défendre les intérêts des élèves, quels qu'ils soient, touche nécessairement à des questions politiques. 

La FCPE et la PEEP, l'une à gauche, l'autre à droite?

Les parents qui rejoignent des associations indépendantes le font souvent pour s'écarter des fédérations, qu'elles jugent trop politisées. «Elles ont clairement une orientation politique», estime Pierre-Yves Colombel, président de l'Association indépendante des parents d'élèves (AIP) dans le XIVe arrondissement de Paris. Traditionnellement, on a tendance à classer la FCPE plus à gauche, et la PEEP plus à droite. Ces orientations se traduisent dans leurs positions prises au niveau national; on en a eu récemment l'exemple avec la réforme des rythmes scolaires, mise en place par un gouvernement socialiste, soutenue par la FCPE nationale, et décriée par la PEEP. «Mais c'est plus complexe, nuance Isabelle Rocca, vice-présidente de la FCPE Paris. Au niveau local, les adhérents de la FCPE peuvent très bien prendre une position différente de la position nationale, et nous nous montrons très critiques auprès de certaines politiques du gouvernement actuel, par exemple sur la réforme du collège.» Une partie des parents adhérents de la FCPE s'étaient d'ailleurs montrée hostile à la réforme des rythmes scolaires.

Si des partis de gauche se retrouvent dans nos propos, ce n'est pas pour autant que nous sommes partisans

Liliana Moyano

Les fédérations se défendent donc de cette politisation. Même si Isabelle Rocca reconnaît que les valeurs de la FCPE, que sont la laïcité, la gratuité ou encore la mixité, sont connotées à gauche, elle insiste sur l'indépendance de la fédération. «Si des partis de gauche se retrouvent dans nos propos, ce n'est pas pour autant que nous sommes partisans», poursuit Liliana Moyano. Même démenti du côté de la PEEP; Valéry Marty nie toute politisation de la fédération qu'elle préside: «Il est néfaste d'amener la politique à l'école», assure-t-elle. Mais les deux associations ont conscience de l'image que les parents ont d'elles: «Nous sommes victimes de caricatures», estime Liliana Moyano. Pour Valéry Marty, le besoin de toujours étiqueter, surtout ce que l'on ne connaît pas, a conduit à ce clivage droite-gauche entre la PEEP et la FCPE. Mais si chacune des fédérations martèle son indépendance, elle n'hésite pas à émettre le doute sur celle de sa «concurrente».

De quoi laisser sceptiques beaucoup de parents, qui se tournent vers des associations isolées, surtout à l'école maternelle et primaire. Selon les premières estimations des élections d'octobre 2015, seuls 15% des votes dans le premier degré ont été attribués à la PEEP et à la FCPE. 

Les indépendants, vraiment apolitiques?

Nombre de ces associations se contentent de suivre le quotidien des écoles au sein desquelles elles ont des représentants: organiser une kermesse, partir en voyage scolaire, transmettre les informations aux autres parents... Pour les fédérations, c'est une logique «individualiste» qui guide ces parents d'élèves: «Ils sont là pour leur propre enfant», remarque Isabelle Rocca. «Contrairement aux fédérations, comme nous à la PEEP, ils n'ont pas de projet éducatif global», regrette la présidente de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public.

Au moins sur le papier, la plupart de ces associations isolées se décrivent comme apolitiques et indépendantes. Comme en réponse aux fédérations. C'est le cas notamment de l'AIP, comme le souligne Pierre-Yves Colombel: 

«L'AIP nous a permis de nous positionner par rapport à l'orientation politique des fédérations. Nous sommes très sensibles à la notion d'apolitique pour l'enseignement: notre engagement doit être plus citoyen que politique. Et cela permet de rassembler des personnes de tous bords politiques», explique-t-il.

Mais ces représentants sont-ils aussi indépendants et apolitiques qu'ils le prétendent? Pour les responsables de la PEEP et de la FCPE, il n'y a pas de doute: ces associations sont beaucoup plus politisées que leurs fédérations. Cela ressort parfois dans leur profession de foi, relève la vice-présidente de la FCPE Paris: «Ils vont défendre la conservation des filières d'élite, vont affirmer que l'arrivée de la mixité sociale a engendré des problèmes sécuritaires...» Ou vont prendre position sur les menus de substitution à la cantine, ou sur le genre. En 2014, Farida Belghoul présentait ainsi une association «indépendante», la Fapec, aux élections. Son objectif? Poursuivre les journées de retrait de l'école pour dénoncer le soit-disant enseignement de la «théorie du genre». Plus généralement, Valérie Marty remarque des associations «communautaires» qui défendent une certain «entre-soi social». Sous l'étiquette d'indépendante, nombre d'associations portent ainsi des projets très politisés. 

«D'autres associations sont créées à l'initiative de la mairie», reprend la présidente de la PEEP. C'est ce qu'ont récemment soupçonné certains habitants d'Alfortville (Val-de-Marne): la sœur du maire a formé une liste «indépendante» de parents d'élèves, sur laquelle figuraient des membres du conseil municipal et des employés de la mairie, tout en se revendiquant «apolitique». Difficile de ne pas douter. Pour Liliana Moyano, le rôle de la FCPE est d'informer les parents de ces associations qui avancent «masquées».

C'est avant tout une question de personnes, et pas forcément d'association

Sylvie

Mais certaines assument pleinement leur orientation. C'est le cas de Dynamo 11, une association présente sur plusieurs établissements du XIe arrondissement de Paris. «Nous sommes une association militante de gauche», affirme François Guedj. Ancien de la FCPE, il a quitté la fédération avec d'autres parents en 2006 parce qu'il la voyait «dériver vers une logique d'expertise. Par conséquent, les positions portées par la FCPE n'étaient plus construites avec comme base la dynamique associative», justifie-t-il. Mais pour lui, pas question d'indépendance au sens politique du terme. «C'est ce que les parents ont pu croire, ça nous a joué des tours. Mais nous sommes politisés.»

Les parents d'élèves peuvent-ils être apolitiques ?

Dynamo 11 semble être une des rares associations «non affiliées» à revendiquer une orientation politique. Les autres, tout comme la FCPE et la PEEP, préfèrent se déclarer indépendantes ou apolitiques, même si leur discours ne l'est pas tout à fait. De cette manière, elles espèrent attirer des parents déjà peu engagés et frileux de la politisation. Quand dans le primaire, à peine un parent sur 2 vote (46,59%), c'est encore pire dans le secondaire avec moins d'un parent sur 4 (23,98%). Parmi ces parents curieux de leur représentation, Sylvie fait remarquer: «C'est avant tout une question de personnes, et pas forcément d'association.» Mais peut-on vraiment discuter d'éducation sans orientation politique? 

Toute vision de l'école, quelle qu'elle soit, porte de valeurs, qui sont nécessairement politisées, au sens générique du terme. Pour donner quelques exemples, on évoquera davantage la notion de méritocratie à droite, et celle d'égalité des chances à gauche ; on défendra plus souvent les bourses sur critères sociaux à gauche, et les bourses au mérite à droite... Cependant, le clivage droite-gauche des valeurs ne correspond pas toujours à celui de l'échiquier politique. C'est pourquoi, selon Valéry Marty, c'est de la politique «au sens partisan» du terme dont il faut se défaire à l'école. Une tâche difficile pour ces fédérations qui sont vues par de nombreux parents comme de «grosses machines», liées aux partis politiques et aux syndicats, et où les décisions ne sont pas pro­actives. En se tournant vers des associations indépendantes, ils recherchent plus de réactivité et d'efficacité, et moins d'influence des réseaux politiques. Quitte à se concentrer sur leur communauté.

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