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La stratégie à quitte ou double de François Hollande pour 2017

Les dés sont jetés | Nicolas Nova via Flickr CC License by

Les dés sont jetés | Nicolas Nova via Flickr CC License by

Pour espérer être réélu, le président n’a qu’une stratégie possible, celle de tout faire pour se retrouver au second tour contre Marine Le Pen.

François Hollande entend bien être candidat à sa succession en 2017. Deux logiques implacables s’additionnent pour rendre une telle candidature inévitable aux yeux du président en exercice: celle, institutionnelle, d’un quinquennat décidément trop court pour démontrer le bien-fondé de son action et celle, politique, d’une ambition suprême que sa première réalisation n’éteint jamais chez celui qui en a fait le but de toute une carrière sinon d’une vie. On constate désormais chaque jour que le président de la République a bel et bien lancé sa campagne présidentielle.

Pour espérer gagner cette élection, le président de la République n’a qu’une stratégie possible, celle qu’il a d’ailleurs choisi de suivre: tout faire pour se retrouver au second tour contre Marine Le Pen. C’est en effet face à la candidate dont tout annonce qu’elle sera présente au rendez-vous et, en même temps, au rejet dont elle est (encore) l’objet chez une majorité de nos compatriotes que le chef de l’État dispose de la seule chance de l’emporter.

Chacun sait aujourd’hui combien sa tâche s’annonce difficile. La médiocrité des résultats de la politique économique qu’il a choisi de mener et dont il a fait l’alpha et l’oméga de son quinquennat, une cote de popularité très basse et en carafe depuis de longs mois, l’absence d’un projet clair et lisible pour le pays… tout cela est bien connu. Nos compatriotes en sont du moins pleinement conscients. Une partie significative d’entre eux sont même passés de l’indifférence au rejet pur et simple de la personnalité présidentielle.

Choisir  son adversaire quand on est président de la République donne à celui-ci un statut privilégié

Face à ces difficultés et pour maximiser ses chances de réussite, François Hollande a décidé de mettre en scène son affrontement avec Marine Le Pen dès maintenant. Il a choisi d’apparaître comme son opposant déterminé, espérant dénier à tout autre candidat potentiel le statut de «candidat de second tour» capable de faire barrage à la candidate frontiste. On l’a vu au Parlement européen récemment comme dans les discours prononcés par le président depuis.

Une telle stratégie présente toutefois de nombreux inconvénients. Son côté quitte ou double pourrait même se retourner contre celui qui l’a aussi rapidement que cyniquement adoptée.

Campagne de second tour

En amont de l’élection elle-même, une telle stratégie a le défaut, majeur, de placer la présidente du Front national au centre du jeu politique. Du moins de confirmer et consolider cette place qu’elle occupe déjà très largement. Choisir ainsi son adversaire quand on est président de la République donne à celui-ci, celle-ci en l’occurrence, un statut privilégié. Statut dont il ne faudra pas s’étonner qu’elle vienne le revendiquer ou qu’elle l’instrumentalise à son profit. Cela renforce en tout cas nettement comme candidate crédible et probable du second tour celle qui pour le moment est la seule dont on est sûr qu’elle sera présente sur la ligne de départ en 2017.

Ainsi, par exemple, dans le cas où la participation serait moins forte en 2017 qu’elle ne l’a été en 2007 et 2012 (autour de 80%), et compte tenu de la plus forte mobilisation différentielle des électeurs lepénistes constatée dans les élections récentes, accorder une telle place dans le paysage politique à Marine Le Pen pourrait bien se révéler encore plus dangereux qu’annoncé puisque son score au premier comme au second tour pourrait être plus élevé que ce qui est indiqué dans les sondages pour le moment. Le «plafond de verre» des deux tiers des électeurs qui n’envisagent pas de voter un jour pour elle, si l’on en croit les enquêtes d’opinion, pourrait alors devenir bien moins haut dans les urnes. Ce qui renforce l’éventualité d’un second tour sinon serré, du moins beaucoup plus disputé que prévu entre la candidate du FN et le candidat qui l’affrontera.

Autre risque, considérable, de la stratégie hollandaise: se lancer dans une campagne de second tour alors que le premier n’a pas encore eu lieu –et qu’on ne sait rien encore de sa configuration puisque l’on ignore qui sera candidat aussi bien à droite qu’à gauche. Le syndrome Jospin de 2002, aussi traumatique que fondateur chez François Hollande, devrait pourtant le dissuader de commettre une telle erreur.

Le syndrome Jospin de 2002 devrait pourtant le dissuader de commettre une telle erreur

Une erreur encore renforcée par l’illusion d’une candidature «d’union» fondée sur des débris partisans issus de toute la gauche. La tactique du salami qui consiste à détacher par tranches des soutiens dans les différentes familles politiques de gauche (Vincent Placé et François de Rugy chez les écologistes, Jean-Luc Benhamias chez les centristes, Robert Hue chez les communistes…) en espérant ainsi apparaître comme le seul candidat de toute la gauche pose bien davantage de problèmes qu’elle n’est supposée en résoudre. D’abord, compte tenu de la faiblesse de la représentativité des personnalités en question et donc de leur capacité à entraîner des électeurs; ensuite, au regard du ras-le-bol général chez nos concitoyens pour les manœuvres d’appareil et les faux-semblants partisans; enfin parce que le projet politique derrière le mécano organisationnel n’existe pas.

Projet présidentiel flou

En aval de l’élection, et dans l’hypothèse du succès de la stratégie du président de la République, d’autres questions se posent d’ores et déjà. La première étant: pour quoi faire? La seconde: comment faire?

La stratégie adoptée par François Hollande pose en effet la question du but qu’il se fixe au-delà de sa réélection. Battre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle peut en effet représenter en soi un objectif mais un nouveau quinquennat s’ouvrirait alors dont on peine à imaginer qu’il puisse n’être que la poursuite du premier en matière d’orientation économique notamment. Or, pour le moment, le projet présidentiel pour les cinq ans qui séparent 2017 et 2022 reste très flou, pour ne pas dire invisible. C’est pourtant ce qui fait le plus défaut aujourd’hui à gauche en général et dans la gauche de gouvernement en particulier dans le combat politique contre le Front national. Celui-ci possède et propose aux Français un projet clair, une «offre» politique lisible et compréhensible du moins.

Ne sachant pas quelles seront les grandes orientations proposées par un François Hollande candidat, on peine plus encore à voir quel pourra être le contour de sa majorité. Ici, la question-clef est celle de la reconfiguration profonde du paysage politique qu’entraînerait la réalisation de l’hypothèse stratégique hollandaise d’un second tour contre Marine Le Pen. Surtout si le score était serré ou disputé. Quid en effet des législatives ensuite? Le problème se poserait bien évidemment à droite mais aussi à gauche. Comment gouverner un pays dont une bonne partie des citoyens auront voté Le Pen? Faudra-t-il que le président reconduit constitue une forme d’union nationale contre le FN regroupant des partis de gauche, de droite et du centre? Et, dès lors, sur quel programme? Ou bien le président devra-t-il se contenter d’une majorité (très) relative à l’Assemblée nationale composée de tout ou partie de la gauche voire du centre? Et, là aussi, sur quelle base programmatique?

La stratégie d’ores et déjà mis en œuvre par le chef de l’État en vue de maximiser ses chances de réélection, outre son caractère hasardeux, ouvre donc une boîte de Pandore politique pour le pays: une épreuve en forme d’incertitude, une de plus, dont il n’a assurément pas besoin.

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