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«Mein Kampf» est disponible sur les sites allemands de vente d’ebooks

«Mein Kampf» | Diego Cavichiolli Carbone via Flickr CC License by

«Mein Kampf» | Diego Cavichiolli Carbone via Flickr CC License by

La version intégrale de «Mein Kampf» peut d’ores et déjà être commandée sur des sites commerciaux tels qu'Amazon et Apple alors que le texte est interdit sur le territoire allemand.

Alors que le manifeste antisémite d'Hitler va être réédité en Allemagne en 2016, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung se demande pourquoi Mein Kampf est aujourd'hui disponible sur les sites internet allemands de vente d'ebooks.

Jusqu'à présent, c'est le Land de Bavière qui disposait des droits d'auteur de l'ouvrage, qui lui ont été confiés par les Alliés américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme l'indiquait en 2009 le ministère des Finances de Bavière dans un communiqué publié sur son site internet, qui faisait à la fois référence à Mein Kampf et à toutes les publications nazies telles que les journaux de l'époque, «avec la transmission de ces droits, la Bavière se voit également remettre la responsabilité d'empêcher [...] que l'idéologie nationale-socialiste soit à nouveau diffusée. L'État libre de Bavière observe depuis des décennies une position restrictive dans la gestion de ses droits par respect envers les victimes du national-socialisme. Des autorisations de reproduction de l'ensemble d'un ouvrage ne sont accordées ni sur le territoire allemand ni à l'étranger».

Depuis 1945, la Bavière veille donc à ce que Mein Kampf ne soit pas reproduit, le texte étant truffé de passages contraires à la Constitution allemande. Mais l'ouvrage entrera dans le domaine public à la fin de l'année, comme le prévoit la législation sur le droit d'auteur, son auteur étant mort il y a soixante-dix ans, le 30 avril 1945.

Reste qu’on trouve déjà la version intégrale de Mein Kampf sur des sites commerciaux tels qu'Amazon et Apple, ainsi que sur le site de partage de documents en ligne scribd.com ou sur le site de vente d'ebooks libreka.de, qui appartenait autrefois à la MVB, une filiale de la Fédération allemande du commerce du livre, précise la FAZ.

Contenu illicite sur internet

Il suffirait pourtant d'appliquer la procédure «notice and take down», qui consiste à notifier la présence de contenus illicites sur internet dans le but d'obtenir leur retrait, et ce, avant toute intervention de l'autorité judiciaire, avance le quotidien allemand:

«Cette procédure est l'un des outils les plus importants pour se défendre sur internet en tant que détenteur des droits d'auteur, et à quelques exceptions près, chacun s'y tient sur le net. Donc, quand les juristes, les lobbyistes, les maisons d'éditions et les auteurs réclament de nouvelles lois vis-à-vis du piratage, on peut leur rétorquer à juste titre: utilisez donc d'abord les possibilités existantes.»

L'auteur de l'article, le journaliste Manuel Bonik, explique qu'il travaille également comme conseiller internet auprès des maisons d'édition et qu'il a proposé ses services –gratuitement– au Land de Bavière en 2014 pour notifier la présence de versions électroniques du brûlot d'Hitler sur les plateformes de vente et d'échange d'ebooks et faire ainsi en sorte qu'elles soient supprimées. Mais celui-ci s'est heurté à un refus poli de l'administration, visiblement peu encline à surveiller ce qui se passe sur internet:

«D'ici le réveillon, la Bavière pourrait en tout cas en remettre une couche. Malheureusement, Mein Kampf est désormais sur buchhandel.de, le site qui a succédé à libreka et qui est la plateforme de diffusion officielle du commerce du livre allemand. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est gênant. La Bavière doit se réjouir de se débarrasser d'un problème pesant à la fin de l'année. Mais il y aurait de quoi faire avant.»

La rédaction de la réédition allemande de Mein Kampf a été confiée à l'Institut d'histoire contemporaine de Munich (IfZ), qui publiera le texte original en intégralité, accompagné de commentaires critiques. Même si l'ouvrage appartiendra au domaine public à compter de 2016, toute édition non commentée du texte restera interdite en Allemagne, conformément à la décision prise en 2014 par les ministres de la Justice des différents Länder, comme le rapportait alors l'hebdomadaire Der Spiegel.

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