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Les candidats PS aux régionales ont le choix entre l'inconnu et le trop connu

REUTERS/Pascal Rossignol

REUTERS/Pascal Rossignol

Pour garder leurs régions, les candidats socialistes doivent jouer les équilibristes: défendre leur bilan ou leur programme local sans trop parler de François Hollande. Problème: le président est souvent plus connu que les candidats.

Christophe Castaner ne fait pas campagne en répétant que François Hollande est formidable. Et pourtant, le député PS des Alpes-de-Haute-Provence le pense certainement. Face à lui, deux bêtes du cirque médiatique, qu'il renvoie dos à dos, les qualifiant de «droite extrême et extrême-droite», et qui s'écharpent comme si le deuxième tour était joué d'avance: le député-maire LR de Nice Christian Estrosi et la députée FN de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen.

«Par rapport à eux, j'ai un déficit de notoriété, c'est certain», concède le candidat à la présidence de la région PACA, devant une entrecôte bleue entourée de frites, sur le Boulevard Chave à Marseille. «Mais surtout, on a fait des régionales des élections de mid-term à l'américaine. Par le passé, nous avons gagné parce que les électeurs sanctionnaient Sarkozy ou Chirac. Là, ça nous est défavorable.» Le matin, il a participé à l'émission de France 3 «La Voix est libre», puis a tracté avec ses camarades socialistes pour le référendum de l'unité. Le bonhomme ne s'économise pas et parcourt cette grande région en avalant les kilomètres.

Il boit une gorgée de rosé glacé et poursuit, d'une voix douce et posée: «Mais je vais vous faire une confidence: je ne pars pas en campagne comme si j'avais déjà perdu! Ma seule stratégie, c'est de parler de la région, des dossiers, du fond. Je bosse plus qu'eux. Et puis, Estrosi et Le Pen ont une notoriété qui fait peur... Moi, je suis rassurant.» Veut-il s'en convaincre ou le pense-t-il vraiment? Un sondage Odoxa réalisé en octobre auprès de 927 d'habitants de Provence-Alpes-Côte d'Azur indiquait que 69% d'entre eux ne le connaissaient pas. Maire de Forcalquier, dans le département peu peuplé des Hautes-Alpes, l'homme est surtout connu (et décrié par une partie de la gauche) comme étant le rapporteur de la loi Macron. «Seulement son volet investissement et épargne salariale...», nuance-t-il.

Entré en politique à 18 ans pour Michel Rocard, il assume: il est un «social-démocrate», proche de Manuel Valls, qui lui a rendu visite plusieurs fois durant l'été. Il s'en amuse. Comme de cette séquence un peu ridicule du «Petit Journal» où lui et Estrosi se poussent du col pour s'afficher aux côtés du président de la République, après les terribles innondations sur la Côte d'Azur: «C'est comme les Guignols, ça ne fait jamais plaisir», dit-il. Mais avec ça, tout le monde a appris à le reconnaître.

Grand écart

Partout, en France, certains candidats socialistes font ainsi le grand écart: peu connus du grand public, ne disposant pas de l'étiquette de président sortant de région, ils doivent affronter des ténors de droite voire d'extrême droite et ne peuvent que difficilement nationaliser le scrutin, sous peine de se voir renvoyer le bilan actuel du gouvernement.

C'est par exemple le cas dans une des régions les plus scrutées, le Nord Pas de Calais-Picardie, où le candidat PS Pierre de Saintignon, adjoint à la mairie de Lille, fait figure de quasi-inconnu face à Xavier Bertrand et Marine Le Pen –au point que l'hypothèse d'un «parachutage» en catastrophe de Martine Aubry a été régulièrement évoquée. Autre exemple, beaucoup moins médiatisé, celui de la nouvelle grande région Normandie, où Nicolas Mayer-Rossignol, 38 ans, élu rouennais proche de Laurent Fabius, affronte l'ancien ministre centriste Hervé Morin, qui avait démissionné de son mandat de conseiller régional en 2010 pour se consacrer à ses ambitions nationales. Si en coulisses, les ténors socialistes plaisantent et jurent que Morin est leur «meilleur atout», ils savent que la partie sera compliquée.

Quand être inconnu est un handicap et que nationaliser le scrutin est suicidaire, il reste une voie étroite. Être un poids lourd régional et national pas trop étroitement lié à la politique économique et sociale du gouvernement, par exemple. C'est le cas, dans la région Île-de-France, du président (en congé) de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, longtemps fabiusien puis aubryste et engagé dans une campagne compliquée mais gagnable face à Valérie Pécresse. Mais le meilleur exemple risque sans doute d'être celui du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui s'est lancé dans la course en Bretagne avec de bonnes chances de l'emporter: selon des sondages Ifop-Fiducial et BVA, sa liste sortirait en tête du premier tour devant celle de la droite et du centre conduite par Marc Le Fur et celle du FN, et l'emporterait au second en triangulaire avec dix points d'avance.

Pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, interrogé par Paris Match, «l'équation personnelle de Jean-Yves Le Drian joue à plein». Il ajoute: «Le total des intentions de vote en faveur de la gauche, certes en recul par rapport aux élections régionales de 2010, apparaît stable par rapport au premier tour de l’élection présidentielle, à la différence de la plupart des autres régions.» Le Drian a pour lui de gérer un portefeuille régalien. Face aux ministres inexpérimentés et aux chouchous médiatiques, il apparaît comme celui qui accompagne le président de la République dans ses décisions stratégiques à l'étranger: Mali, Irak, Syrie, Centrafrique. Celui qui fait front contre le terrorisme et gère avec doigté la difficile administration des troupes.

Subir un bilan national

Plus au sud, Carole Delga a beau avoir été ministre, on conserve moins de souvenirs de son passage au secrétariat d’Etat au Commerce, à l’Artisanat, à la Consommation et à l’Economie sociale et solidaire, dont elle a démissionné en juin 2015 pour... se consacrer à la campagne des régionales en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées! Si elle cultive son image de «fille du pays», alimenté par le journal La Dépêche, la députée, candidate PS-PRG, s'ébat entre Dominique Reynié, le politologue médiatique «parachuté» et chahuté par son parti, et Louis Aliot, ténor du Front national. Donnée seulement troisième au premier tour, Carole Delga parviendrait, selon BVA, tout de même à l'emporter grâce à l'union des gauches, mais en triangulaire et dans une région qui avait voté à 55% pour François Hollande en 2012.

Si elle a récemment reçu le soutien de Sylvia Pinel, la ministre du Logement et de la Ville, Carole Delga subit elle aussi le bilan au plan national. Quand elle explique que sa priorité à la région sera de «créer de l'emploi», les équipes de Dominique Reynié lui renvoient son action au gouvernement. Dans une région où le Front national fait de gros scores, l'équation est difficile à tenir: faut-il scénariser son combat contre l'extrême-droite, qui ne surfe que sur des thématiques nationales? «Quand la gauche se dispute, le Front national engrange», ponctue Delga.

François Hollande, lui, a déjà choisi, voyant dans ces régionales une étape vers sa candidature pour 2017, avec pour stratégie de renvoyer dos à dos le «bloc réactionnaire» FN-LR pour espérer être au second tour et remporter la bataille de la prochaine présidentielle. Il s'engage donc lui aussi, à sa façon, sur le terrain électoral: «Si on ne se bat pas contre les idées de l'extrême droite, si on ne parle pas aux Français, si je ne parle pas aux Français de la réalité, ils pourront m'en faire le reproche», a-t-il jugé sur RTL. Avec le risque, au soir du 13 décembre, que la défaite de certains «inconnus» socialistes soit aussi la sienne.

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