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«Netanyahou offre un cadeau inespéré aux négationnistes de tout poil»

Benjamin Netanyahou lors de son discours du 20 octobre 2015 à Jérusalem | REUTERS/ Amir Cohen

Benjamin Netanyahou lors de son discours du 20 octobre 2015 à Jérusalem | REUTERS/ Amir Cohen

Selon le Premier ministre israélien, c'est une discussion avec le Grand Mufti qui a convaincu Hitler d'enclencher un génocide. Ses déclarations ont outré l'opposition, dirigeants palestiniens et des intellectuels.

Mise à jour: nous ajoutons à cet article paru hier le retour de Benjamin Netanyahou sur ses déclarations sur la Shoah et la tribune de l'historien et diplomate israélien Elie Barnavi.

«Le Premier ministre israélien au service des négationnistes de l’Holocauste, c’est une première», glisse, amer, dans les colonnes du site du quotidien hébreu Haaretz Itzik Shmuli, député de l’Union sioniste, coalition du centre-gauche israélien. «Négationnisme», le mot est trop sévère mais il dépeint bien la réception par l’opposition et une partie de la société israélienne du discours (en intégralité ici) prononcé mardi 20 octobre à Jérusalem par Benjamin Netanyahou devant le 27e Congrès mondial du sionisme.

Alors que le Premier ministre assurait vouloir détruire des rumeurs courant sur l’action de son gouvernement, en cette période de violence entre juifs et arabes (comme la prétendue volonté de l’exécutif de raser la mosquée al-Aqsa), a émis un point de vue pour le moins maladroit sur la genèse du génocide nazi.

Évoquant les liens (avérés) entre le Grand Mufti de Jérusalem, grande figure musulmane dans la Palestine de l'époque, et Hitler et une entrevue de ces deux personnages à la fin de l’année 1941, le chef du gouvernement israélien a poursuivi:

«À l’époque, Hitler ne voulait pas tuer les juifs, mais les expulser. Et le mufti Haj Amin al-Husseini lui a dit: “Si vous les chassez, ils viendront tous chez nous.” Hitler a alors demandé: “Que devrais-je faire avec eux selon vous?” “Brûlez-les”, a répondu Haj Amin al-Husseini.»

Dans un autre article, Haaretz rappelle que la thèse selon laquelle le Mufti aurait été au centre de la conception de la Solution finale a déjà été avancée par des historiens mais n’a jamais vraiment trouvé sa place en milieu universitaire. Un livre récemment paru sous le titre de Nazis, Islamists, and the Making of the Modern Middle East revenait d’ailleurs sur le rôle d’al-Husseini dans le processus ayant amené à la Shoah. Mais aucun des deux auteurs n’y mentionnait un tel dialogue entre Hitler et son interlocuteur.

Des Palestiniens et intellectuels israéliens réagissent

Les nazis ont bien envisagé des procédures d’expulsion des juifs d’Europe vers des terres lointaines. Le plan Madagascar, sans doute la plus fameuse d'entre elles, qui visait à déporter les juifs dans ce qui était alors une colonie française, est dressé vers 1940 mais rapidement abandonné.

Saïb Erekat, président du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, a dénoncé ces propos et s'est attristé que:

«le leader du gouvernement israélien déteste ses voisins au point de vouloir absoudre le criminel de guerre le plus célèbre de l’histoire, Adolf Hitler, du meurtre de 6 millions de juifs. Monsieur Netanyahou devrait arrêter d’utiliser cette tragédie humaine pour marquer des points afin de servir ses propres intérêts politiques».

L'essayiste et diplomate Elie Barnavi partageait cette analyse dans I24. Selon l'intellectuel, ce sont les difficultés du moment et l'opportunisme politique de Netanyahou qui le pousse à utiliser la Shoah de manière parfois outrancière. «C'est le tour des Palestiniens d'endosser l'uniforme SS», ironise Barnavi qui déplore que le chef du gouvernement «offre un cadeau inespéré aux négationnistes de tout poil» par ce stratagème.
Pas sûr que les précisions apportées par le Premier ministre israélien n'apaisent les choses. Mercredi 21 octobre, lors d'une visite à Berlin, il a dit: «Hitler est responsable de l'Holocauste, personne ne doit nier cela», tout en rappelant le soutien du Grand Mufti de Jérusalem de l'époque à la politique nazie. Il a par ailleurs affirmé que Mahmoud Abbas présentait «le Grand Mufti comme une icône».     

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