Monde

Surprise: l'Iran ment! par Moises Naim

Moisés Naím, mis à jour le 28.09.2009 à 9 h 17

La réaction de la communauté internationale face au programme nucléaire de l'Iran est un test de sa capacité à faire face à une menace. La nier ou la minimiser par lâcheté ne la fera pas disparaître.

Pendant des décennies, un petit groupe de scientifiques a soutenu que fumer n'était pas mauvais pour la santé. Grâce aux doutes qu'ils ont semés, l'industrie du tabac a réussi à repousser les initiatives destinées à sensibiliser les fumeurs aux dangers mortels du tabac. Inéluctablement, la vérité a fini par prendre le dessus, si bien qu'aujourd'hui, personne ne conteste la nocivité de la cigarette.

Avec le temps, on a aussi appris que parmi les défenseurs du tabac, beaucoup étaient en réalité des mercenaires rémunérés par les grands producteurs. Ce débat entre «scientifiques» a contribué à la mort de millions de fumeurs, lesquels auraient pu vivre plus longtemps si les politiques actuellement en vigueur avaient été appliquées il y a vingt ou trente ans. Le plus regrettable, c'est que les véritables experts connaissaient les dangers du tabac bien avant que l'opinion publique et les responsables politiques ne reconnaissent que ce débat n'avait pas lieu d'être et que fumer nuisait évidemment à la santé. La controverse créée par les prétendus experts à la solde de l'industrie du tabac n'était qu'une combine visant à gagner du temps et de l'argent.

C'est un peu ce qui se passe actuellement avec le programme nucléaire de l'Iran, à la différence que la controverse, dans ce cas, risque de faire encore plus de victimes que le tabac.

Le gouvernement iranien affirme que les objectifs de son programme nucléaire sont purement pacifiques: il s'agit de produire de l'électricité. D'autres sont convaincus, au contraire, que l'Iran cherche à mettre au point des bombes atomiques.

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad a ainsi expliqué: «Notre religion nous interdit de détenir des armes nucléaires et notre chef religieux les a proscrites.» Mahmoud Ahmadinejad a également déclaré: «La bombe atomique est un concept du siècle dernier. Aujourd'hui, elle n'a plus aucune application». Autrement dit, il estime non seulement que sa religion interdit d'utiliser de telles armes, mais également qu'elles ne servent à rien. Lui, ce qu'il souhaite, c'est la production pacifique d'énergie nucléaire, la paix et le progrès pour tous. Comment ne pas abonder dans le sens de Mahmoud Ahmadinejad?

C'est pourquoi l'Iran a de nombreux soutiens. Parmi eux, il y a notamment le président brésilien, Lula da Silva. Après s'être entretenu avec Mahmoud Ahmadinejad à l'ONU, Lula a expliqué aux autres gouvernements que son homologue lui avait assuré que le programme nucléaire iranien avait un but exclusivement civil. Non seulement Lula l'a cru, mais il l'a soutenu avec un grand enthousiasme, dans le souci de «défendre le droit de l'Iran d'utiliser de l'énergie nucléaire», a souligné le dirigeant brésilien. Et Lula est loin d'être le seul à adopter cette position.

Il y a toutefois un petit détail qui a certainement irrité Lula et Ahmadinejad: les chefs d'Etat des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni ont révélé l'existence en Iran d'une usine secrète d'enrichissement d'uranium. Le site consiste en une grotte creusée dans une montagne située à l'intérieur d'une base militaire, près de la ville sacrée de Qom. Cette centrale nucléaire est trop petite pour produire de l'électricité, mais elle est adaptée à la production du type de bombe dont le président Iranien dit qu'elles sont interdites par sa religion. Les preuves indiquant que cette usine a bien une vocation militaire sont tellement accablantes qu'elles ont même convaincu les dirigeants chinois et russe, des alliés de l'Iran qui, jusqu'ici, s'étaient opposés à tout renforcement des pressions internationales contre ce pays.

Ces nouveaux développements ne vont pas forcément clore le débat qui consiste à se demander quels sont les objectifs du programme nucléaire de l'Iran. Beaucoup d'analystes estiment que nous avons encore affaire à un cas où les puissances mondiales inventent un prétexte pour attaquer un pays qui refuse leur leadership. (Un pays riche en pétrole du reste.) Mais, de la même manière que les experts savaient que la controverse sur les effets du tabac était un moyen artificieux de détourner l'attention pour gagner du temps, les experts du nucléaire - aux nationalités et idéologies différentes - sont désespérés quand on leur demande s'il est vrai que l'Iran cherche à construire des bombes nucléaires.

Ceux qui sont au fait de la situation n'ont aucun doute. Le chef de cabinet de l'Ayatollah Ali Khamenei, par exemple, semble ne pas en avoir. Il vient d'annoncer: «Si Dieu le veut, la nouvelle centrale entrera bientôt en activité, et à ce moment là, nos ennemis seront éblouis». Il ne semble pas avoir l'intention de les éblouir avec de la lumière.

La réaction de la communauté internationale face au programme nucléaire de l'Iran sera cruciale pour nous tous. Même pour ceux qui vivent très loin de ce pays. Car le jour où l'Iran aura acquis des bombes nucléaires, l'Arabie saoudite, l'Egypte et d'autres pays de cette région instable se sentiront obligés de posséder les leurs. Or plus le nombre de pays dotés de bombes nucléaires augmentera, plus la probabilité qu'elles soient utilisées - ou vendues ou données à ceux qui voudront les faire exploser dans une grande ville - sera importante. Ce n'est pas dans ce monde-là que vous et moi voulons vivre. Là-dessus, il ne devrait pas y avoir débat.

Moises Naim, rédacteur en chef de Foreign Policy

Traduit par Micha Cziffra

Lire également: Pourquoi Israël attaquera l'Iran et Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran.

Image de Une: Mahmoud Ahmadinejad lors d'une conférence de presse à New York Lucas Jackson / Reuters

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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