Partager cet article

Dans la tête d’une femme pilote de drones pour l'US Air Force

Un modèle de drone Predator  | KAZ Vorpal via Flickr CC License by

Un modèle de drone Predator | KAZ Vorpal via Flickr CC License by

The Daily Beast relate le quotidien d’une femme qui largue pour l’US Air Force des missiles en Irak, en Afghanistan ou au Yémen grâce à un drone télécommandé.

À la suite des révélations de l’enquête dite des «Drones Papers», dévoilée par le journal d’investigation The Intercept jeudi 15 octobre, les médias du monde entier se penchent sur le quotidien de ces «pilotes» de drones agissant pour le compte du programme d’assassinats ciblés, l’une des divisions les mieux cachées de l’armée américaine, ainsi que sur le caractère éthique et légal de leurs opérations. L’enquête révèle notamment que, sur les 200 personnes éliminées entre janvier 2012 et février 2013 en Afghanistan, 35 seulement étaient visées.

The Daily Beast relate ainsi une journée-type d’Anne, sergent au sein de la US Air Force, qui, dès 2009, larguait des missiles sur ses cibles en Irak, en Afghanistan ou au Yémen, grâce à un drone télécommandé depuis la base de Creech, près de Las Vegas. Quand on lui parle des victimes que ses frappes provoquent chaque jour, Anne assure qu’elle «ne pense pas qu’il faille pleurer ou se sentir bouleversé, parce qu’ils [ses cibles] [la] tueraient en moins d’une seconde s’ils en avaient l’occasion». Elle raconte les horreurs auxquelles les pilotes assistent durant leurs heures de surveillance, comme la fois où, impuissante, elle a été témoin de la violence d’un Afghan envers sa femme. Ces images sont ce qui donne plus tard aux militaires la force de tirer et de tuer, bien que les premières missions soient difficiles. «Je me disais que j’étais sur le point de lâcher une arme sur ce gars», dit Anne à propos de son premier vol, avant d’ajouter qu’«au bout de cinq, six, dix opérations, ça devient une journée de travail comme les autres».

«Pas de place pour les sentiments»

D’après elle, «tu ne peux pas rester douce et féminine quand tu fais ce travail». Mais son apparence ainsi que son nom de code féminin, «Sparkle» («Étincelle» en français), lui servent, dit-elle, pour «émasculer ses ennemis après leur mort. Beaucoup de djihadistes pensent qu’être tués par une femme ne leur permettra pas d’entrer au paradis. Vu la façon dont ils traitent leurs femmes, [elle ne va] pas [s]’empêcher de retourner le couteau dans la plaie». Une autre pilote, aujourd’hui formatrice, Vanessa Meyer, interviewée par le Spiegel, affirme que, «quand on planifie une attaque, il n’y a pas de place pour les sentiments».

Une enquête du Centre de surveillance sanitaire des Forces armées américaines révèle que de nombreux pilotes de drones souffrent toutefois d’un «niveau de stress élevé» et parfois même de troubles psychologiques. Ces troubles seraient liés, d’une part, à la durée de certaines opérations nocturnes et, d’autre part, à la violence de certaines missions, qui laisserait des séquelles psychologiques importantes chez les militaires.

Leur travail de pilote peut également entraîner des difficultés pour s’intégrer et développer des relations en dehors du travail, notamment chez les femmes. Ainsi, le sergent Anne raconte qu’elle «[se] sen[t] un peu exclue de la société à cause de ce qu[’elle] fai[t], alors que le reste du monde continue à vivre normalement» et ajoute qu’«il est difficile de s’identifier aux autres femmes qui souhaitent seulement avoir beaucoup d’enfants et continuer à regarder leur téléréalité stupide». Une marginalisation essentiellement due à la différence de point de vue entre les pilotes, comme Anne, qui affirme que «ce travail [lui] a ouvert les yeux sur les horreurs de la société, les erreurs de la religion», et les autres citoyens, qui «ne savent pas à quel point le monde peut être violent au-delà de [leurs] frontières».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte