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Les statistiques du chômage sont faussées

Gilles Bridier, mis à jour le 28.09.2009 à 6 h 29

Après l'embellie artificielle de juin, les chiffres de l'emploi en août ont confirmé l'aggravation du chômage.

Peu avant son départ pour le G20 de Pittsburgh, Christine Lagarde, ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi, avait introduit un peu de réalisme dans le discours sur la reprise économique: «On ne peut pas parler de sortie de crise tant que le chômage continuera à progresser», avait-elle souligné devant l'Association des journalistes économiques et financiers (Ajef).

Car même si certains indicateurs de la planète financière virent au vert grâce aux efforts massifs de la sphère publique qui, selon le G20, doivent encore être poursuivis (c'est dire si la reprise est encore illusoire!), d'autres indicateurs du monde économique ne sortent pas du rouge. Comme par exemple les statistiques du chômage, qui recensent chaque mois les demandeurs d'emploi. Le nombre de chômeurs a encore augmenté de 0,7% en août; parler de sortie de crise serait une provocation. A Pittsburgh, les vingt chefs d'Etat les plus puissants de la planète s'en sont d'ailleurs bien gardés.

Trop joli mois de juin

Certes, on se souvient que les statistiques de juin sur le chômage en France avaient fait apparaître un léger recul de 0,7% du nombre de demandeurs d'emplois par rapport à mai. Mais il fallait aller un peu plus loin dans la statistique établie par la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques au ministère du Travail) et de Pôle Emploi (la structure qui regroupe désormais les Assédic et l'ANPE) pour voir que l'embellie sur le marché du travail n'était pas au rendez-vous.

D'abord, le recul de 0,7% ne concernait que les demandeurs d'emploi de catégorie A, c'est-à-dire véritablement sans emploi. Mais en additionnant ceux des catégories B et C (n'ayant qu'une activité réduite, et à ce titre faisant souvent partie des «travailleurs pauvres» victimes de la crise), on déplorait alors une hausse de 0,3% des populations en demande d'emploi par rapport au mois précédent... et de 19% sur un an. Pas de quoi déceler des signes de reprise.

Artifice administratif

Ensuite, il fallait aller encore un peu plus loin dans la statistique pour découvrir que le nombre de «sorties» des fichiers des demandeurs d'emploi pour les catégories A, B et C, en hausse de 8,7% par rapport à mai, était gonflé par l'augmentation des cessations d'inscription pour défaut d'actualisation, en augmentation de 19,3% sur un mois.

Clairement, Pôle Emploi avait fait le ménage dans ses fichiers, ce qui expliquait cette tendance apparemment favorable. Rien à voir avec un retour de l'emploi sur le marché du travail. D'ailleurs globalement, les grands groupes mondialisés du CAC 40 qui se redressent un peu ne sont pas ceux qui créent de l'emploi en France. Et les PME, qui sont des viviers pour l'emploi, n'embaucheront pas tant qu'elles n'auront pas l'assurance que leur plan de charge le justifie, c'est à dire que la reprise sera durablement installée. On n'en est pas là.

Août a replongé dans la réalité

Le problème avec les nettoyages de fichiers, c'est qu'on ne peut réitérer l'opération tous les mois. Les statistiques d'août en font la démonstration. Le mois dernier, le nombre de cessations d'inscription par défaut d'actualisation n'a progressé que de 5,7% par rapport à juillet, revenant à un niveau plus conforme au flux habituel. Si l'on peut parler d'artifice dans la présentation des statistiques de juin, on se retrouve donc en août avec un nombre «d'entrées» à Pôle Emploi (nouveaux demandeurs d'emploi des catégories A, B, C) en hausse de 1,5%, et des «sorties» (tous motifs confondus) en augmentation de 1,4% seulement (six fois moins qu'en juin). «Au mois d'août 2009, le nombre d'entrées est supérieur à celui des sorties», notent sobrement la Dares et Pôle Emploi.

On ne peut parler ici de manipulation de chiffres, mais on peut s'interroger sur l'opportunité d'enregistrer massivement sur un mois des cessations d'inscription pour raisons administratives. Quoi qu'il en soit, une fois l'artifice consommé, la réalité reprend ses droits.

La méthode Coué et la reprise

Malheureusement, il n'est pas encore temps d'évoquer une quelconque sortie de crise sur le marché du travail: les rangs des sans-emploi ne cessent de grossir (en un an, 33% de chômeurs en plus pour les moins de 25 ans, 26% pour les plus de 50 ans, 24% pour les autres), pour un nombre global de chômeurs en progression de 34% pour les hommes et 17% pour les femmes. Et même si l'aggravation du chômage doit se ralentir, elle va se poursuivre pendant encore plusieurs mois - quel que soit le désir que l'on ait de prédire une inversion.

La croissance économique est affaire de psychologie. Toutefois, ce n'est pas par la méthode Coué que l'on pourra restaurer la confiance en l'avenir, moteur de toute reprise. D'autant plus qu'en la circonstance, l'illusion aura été fugace.

Gilles Bridier

Lire également: La reprise n'en est pas une et Une reprise lente et injuste.

Image de Une: Une affiche d'offres d'emplois Eric Gaillard / Reuters

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