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Les deux obstacles pour régler la crise des migrants sont turc et russe

Les présidents russe et turc au Kremlin, à Moscou, le 23 septembre 2015 | REUTERS/Ivan Sekretarev/Pool

Les présidents russe et turc au Kremlin, à Moscou, le 23 septembre 2015 | REUTERS/Ivan Sekretarev/Pool

L’Europe doit se saisir d’une situation d’urgence et Recep Erdogan et Vladimir Poutine lui mettent des bâtons dans les roues.

La maîtrise du flux des «migrants», dont l’exode est essentiellement provoqué par le chaos syrien, reste inscrite au premier rang des préoccupations des dirigeants européens. Le sommet du 15 octobre à Bruxelles, suivi dimanche 18 par la visite d’Angela Merkel en Turquie, a permis d’avancer sur la voie qui doit être explorée sans relâche: comment l’Union européenne peut-elle contrôler ses frontières?

Mais, comme toujours en Europe, la principale difficulté est la lenteur: tout est toujours trop lent, plus encore lorsqu’il faut se saisir d’une situation d’urgence. À cette difficulté habituelle s’ajoutent deux difficultés supplémentaires qui ont pour nom Turquie et Russie, plus précisément Recep Erdogan et Vladimir Poutine.

Plus ou moins bonne volonté

La Turquie accueille, dans des camps de réfugiés, quelque 2,5 millions exilés syriens. De sa plus ou moins bonne volonté dépend un possible contrôle du passage des réfugiés syriens d’abord vers les îles grecques, puis vers le continent (à ce jour, quelque 700.000 personnes sont entrées sur le territoire de l’UE).

Les Européens (Commission et États membres) ont proposé à la Turquie «un plan d’action»: ils lui consentent un effort financier (la somme de 3 milliards d’euros est évoquée), affecté aux camps de réfugiés, et lui demandent de reprendre les personnes refoulées de Grèce car non éligibles au droit d’asile. En échange, la Turquie voudrait voir satisfaire deux demandes principales: les facilités dans l’obtention de visas et sa reconnaissance comme «pays sûr», c’est-à-dire comme un État de droit.

Cela pose un premier problème. Jusqu’alors, la Turquie, conduite par Erdogan, de plus en plus autoritaire et de plus en plus contestable dans ses choix extérieurs (notamment en raison de son attitude ambiguë vis-à-vis de Daech), était de moins en moins considérée comme un partenaire. La situation créée par l’afflux de réfugiés a replacé Erdogan dans une position qui oblige les dirigeants européens à réviser leur attitude et à chercher à refaire de la Turquie un allié. Erdogan exploite ce revirement dicté par les événements et fait monter les enchères.

La situation créée par l’afflux de réfugiés a replacé Erdogan dans une position qui oblige les dirigeants européens à refaire de la Turquie un allié

Le second problème tient à la situation politique du président Erdogan. Il est à la veille d’une consultation législative qu’il a lui-même provoquée pour tenter de corriger une représentation nationale qui ne lui donnait plus de majorité absolue. Il est entré en outre dans une guerre sans merci contre les Kurdes du PKK alors même que d’autres Kurdes, en Irak et en Syrie, sont devenus le principal rempart contre Daech. Rien ne dit qu’Erdogan pourra continuer de maîtriser une situation de plus en plus instable et dangereuse. Jusqu’à quel point les dirigeants européens peuvent-ils consentir à Erdogan des avantages qui ne peuvent que mécontenter de larges fractions de l’opinion turque?

L’autre grande difficulté pour les Européens se nomme Poutine, qui a mis tout le monde devant le fait accompli en entrant dans le conflit en Syrie pour voler au secours de Bachar el-Assad. Cela a deux conséquences immédiates. En premier lieu, il bombarde des zones contrôlées par des opposants à Assad qui ne sont pas Daech, et provoque un nouvel exode des populations qui fuient les bombardements. En second lieu, il rend impossible le projet européen de création d’une zone tampon sécurisée à la frontière nord de la Syrie pour accueillir un maximum de Syriens qui veulent fuir leur pays. Les experts militaires relèvent aussi que les opérations en Syrie, minutieusement préparés à l’avance, sont l’occasion pour Poutine d’expérimenter de nouvelles armes et de montrer aux États-Unis que la Russie est bien redevenue une puissance militaire qu’il faut craindre.

Pour toutes ces raisons, les efforts des Européens dans un contexte si difficile méritent d’être soutenus.

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