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Ces lieux magiques que les réfugiés ne reverront sans doute jamais

Alep en Syrie en 2006 (REUTERS/ Khaled al-Hariri)

Alep en Syrie en 2006 (REUTERS/ Khaled al-Hariri)

Un journal allemand a interrogé quelques migrants sur leurs meilleurs souvenirs des endroits qu'ils ont laissés derrière eux.

Ils ont dû quitter leur pays dans la précipitation et tous leurs souvenirs. Souvent sans pouvoir prendre le temps de faire leurs adieux ni à ceux qui comptaient pour eux, ni aux lieux dans lesquels ils aimaient passer du temps. Ils ont aujourd'hui le mal du pays. L'hebdomadaire allemand Die Zeit a demandé à une dizaine de réfugiés de montrer des photos de leurs lieux préférés et de les commenter.

Amjad Jamous, un dentiste syrien âgé de 36 ans qui vit à Berlin depuis 2014, se remémore avec nostalgie l'imposante façade de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, qui fut autrefois une église:

«Dans le bazar situé en face, il y avait la meilleure glace de la ville. Le riz au lait frais était écrasé dans des bacs en bois sous tes yeux. Puis roulé dans des pistaches hachées. Ces photos me rendent un peu triste. J'ai dû prendre la fuite dans la précipitation, emportant avec moi seulement ce que j'avais sur le dos. Ce qui est resté là-bas: toutes les photos de mon enfance. Je ne pourrai jamais montrer à mon fils ce que j'ai vu quand j'étais petit garçon.»

«Toute la diversité de l'Irak se concentrait là»

L'homme de lettres irakien Usama al Shahmani, 44 ans, contraint de fuir son pays en 2002 parce qu'il avait écrit une pièce de théâtre anti-régime, vit désormais en Suisse où il travaille comme traducteur. Le lieu qui lui manque particulièrement est la place Tahrir de Bagdad:

«C'est le cœur de la ville. Quand j'étais étudiant, dans les années 1990, j'allais dans les cafés de la place avec mes amis, où nous buvions du thé et échangions des livres. Juste à côté se trouvait le quartier juif et chrétien de Bagdad. On peut entendre les cloches des églises dans les environs tout comme le muezzin: toute la diversité culturelle de l'Irak se concentre sur la place Tahir.»

Hana, une Érythréenne de 19 ans qui vit aujourd'hui dans les environs de Francfort-sur-le Main, a fuit le Soudan où elle a travaillé comme femme de chambre durant 9 ans chez une famille de Khartoum qui l'empêchait de sortir de la maison. Le lieu qu'elle préférait dans la ville était l'église de Mdanialm, le seul endroit où elle avait le droit de sortir:

«Je suis allée chaque dimanche à la messe. Là-bas, j'avais un peu de temps pour moi. Sur le chemin de l'église, mes amies et moi nous nous faisions aborder par des passeurs qui nous promettaient une meilleure vie. Nous avons réuni nos économies et sommes parties. Je ne veux jamais retourner à Khartoum.»

«La ville que j'aime n'existe plus»

Le réfugié syrien Amer Dabach, 42 ans, qui a fuit Alep avec sa famille pour s'installer à Berlin et vient d'obtenir un titre de séjour, s'attriste de la destruction du bazar d'Alep:

«Si j'ai envie de revenir un jour? Je ne sais pas. La ville que j'aime n'existe plus. Et chaque mois de plus que dure la guerre, cela devient de moins en moins probable que nous puissions la reconstruire.»

Internet représente souvent pour les réfugiés le seul lien vers leur pays natal. Afin qu'ils puissent prendre régulièrement des nouvelles de la situation politique dans leur pays et contacter leurs proches restés là-bas, plusieurs initiatives citoyennes mettent à disposition des réfugiés des accès wifi gratuits en Allemagne, rapportait récemment la chaîne de télévision DW-TV.

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