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En Allemagne, un programme de prévention de la pédophilie pas comme les autres

Capture d'écran de la vidéo Don't Offend

Capture d'écran de la vidéo Don't Offend

Le projet Dunkelfed offre un espace de parole anonyme et gratuit à tous les pédophiles qui ne sont pas passés à l'acte.

On les appelle pédophiles «abstinents». Car malgré leurs attraits pour les enfants, ils ne sont jamais passés à l'acte. Dans la plupart des pays Occidentaux, ils ne bénéficient d'aucune structure d'écoute, à l'exception de quelques initiatives associatives isolées. Généralement donc, ils cachent leurs pulsions à leurs proches, conscients du climat d'opprobre qui entoure la pédophilie, jusqu'à ce qu'un jour éventuellement celles-ci finissent par prendre le dessus.

En Allemagne, comme le rapporte le Guardian, il y a maintenant dix ans de cela, une initiative a voulu briser ce cercle vicieux de la honte et du secret en offrant à tous les pédophiles abstinents un lieu gratuit dans lequel ils pourraient échanger anonymement et apprendre à se contrôler: le projet Dunkelfeld. Aujourd'hui, le réseau compte une dizaine de centres dans tout le pays.

Un contact amical

Le quotidien britannique raconte en détail tout le travail de thérapie et de suivi mis en place, en s'intéressant au cas d'un de ces pédophiles abstinents, Max Weber. Celui-ci a commencé à fréquenter le centre berlinois il y a quelques années, alors qu'il faisait encore des études d'ingénieur, après avoir réalisé qu'il était attiré par les jeunes filles et avoir manqué à plusieurs occasions de passer à l'acte. 

«La première fois que je les ai appelés, c'était surréaliste. C'était la première fois que je me confiais là-dessus et la personne à l'autre bout du fil était vraiment amicale. Elle me parlait avec le même naturel que si elle me confiait une recette de biscuit.» 

Groupes de parole confidentiels

Le projet Dunkelfeld mise sur deux atouts pour inciter les pédophiles à se sentir à l'aise et parler de tout ce qui leur passe par la tête lors de sessions en petits groupes: une confidentialité absolue sur tout ce qui est confié aux thérapeuthes et un discours déculpabilisant. Il leur est notamment expliqué, indique le Guardian, que la pédophilie est un trouble mental qui ne se soigne pas et dont on ne connaît pas les causes.

 

S'il est difficile d'évaluer satistiquement le succès de cette initiative, il est intéressant de noter sa popularité auprès des pédophiles (440 patients ont été traités en une dizaine d'années, certains venant spécialement d'autres pays d'Europe) et le soutien dont il bénéficie de la CDU, le parti d'Angela Merkel, une partie des fonds venant du gouvernement lui-même. Parfois critiques, les associations et familles de victimes voient au final plutôt d'un bon œil l'existence d'un tel travail de prévention:

«Si des personnes cherchent de l'aide et n'en trouvent pas, il y a quelque chose qui ne va pas dans notre société, témoigne Anne, une ancienne victime de pédophilie. Il faut penser à tous les enfants sauvés parce que cette thérapie existe. Ces hommes, comme les mères ou les femmes qui très souvent les protègent, n'ont plus à se cacher.»

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