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Comment le rugby est redevenu le programme télé préféré des Français

Dimitri Szarzewski après la défaite face aux All Blacks (Reuters / Andrew Boyers)

Dimitri Szarzewski après la défaite face aux All Blacks (Reuters / Andrew Boyers)

France-Nouvelle-Zélande a réalisé le pic d’audience de l’année 2015, après déjà un triomphe télévisuel en 2011. Voici comment, grâce à une drôle d’alchimie, un sport d’initiés devient un spectacle grand public.

Mise à jour du 18/10/2015: Le papier intègre désormais les audiences du match France-Nouvelle-Zélande

Les compteurs ont bien sauté. Et pas qu'au niveau du score. La victoire des All Blacks face à la France (62-13) –plus gros écart jamais réalisé en tableau final d'une Coupe du monde de rugby– a réalisé ce samedi 17 octobre la meilleure audience de l'année avec 12 millions de spectateurs. C'était attendu. La question n’était pas de savoir si cela allait se produire, mais avec quelle ampleur. 

Dimanche dernier, le France-Irlande du premier tour de la Coupe du monde de rugby avait déjà réuni 10,9 millions de téléspectateurs de moyenne, avec un pic à 13,1 millions et une part de marché supérieure à 50%. C’était déjà le record de l'année tous programmes confondus pour TF1. Au-delà du dernier JT de Claire Chazal.

Ce score n'a pas survécu au quart de finale France-Nouvelle-Zélande, même si avec un tout autre scénario de match, la percée aurait sans doute pu être encore plus flamboyante. Quinze millions de moyenne aurait été un chiffre colossal, à mettre en relation avec les scores de l’équipe de France de football en Coupe du monde et ceux de la finale de la Coupe du monde de rugby 2011. On parle ici du bijou du genre: 15,4 millions de téléspectateurs de moyenne, et une pointe à 18 millions… Normalement, ces scores seront inaccessibles ce samedi. Encore que… En 2011, la finale avait lieu à un dimanche à 10 heures le matin. Un samedi soir, tout devient possible.

Noyau dur dix fois moins grand

Le rugby a beau avoir des règles compliquées, une équipe de France le plus souvent frustrante, une géolocalisation latente dans le Sud-Ouest, il est, de très loin, le seul sport capable de frotter ses scores d’audience télé avec ceux du football. Les 18 millions de pic d’audience de 2011 sont à mettre en parallèle avec les sommets à peine concevables atteints par les Coupes du monde de football 1998 et 2006, dont les pics ont dépassé les 20 millions –le record d'audience absolu de la télévision française reste la demi-finale du Mondial 2006 France-Portugal, avec 22,2 millions de téléspectateurs (la finale contre l'Italie avait elle dépassé les 80% de part de marché). Il y a un effet rugby.

Audiences moyennes des équipes de France de football et de rugby lors des derniers Mondiaux.

Les audiences en finale des équipes de France de football, de rugby, de handball, de basketball et de tennis.

«Le rugby est un sport spectaculaire avec lequel on sait qu’il va forcément se passer quelque chose, indique Vincent Rousselet-Blanc, fondateur du site En pleine lucarne, consacré au sport à la télé. Il y a en permanence des points, des contacts et du combat.» Pourtant, ce spectacle ne permet d’atteindre ces sommets que de façon très occasionnelle. En 2011, TF1 avait réalisé en moyenne, sur l’ensemble de la Coupe du monde, des audiences proches des normes du Tournoi des Six nations, aux alentours des 5 millions de téléspectateurs. «L’audience de la finale du Top 14 sur France 2 n’est pas faramineuse (3,5 millions de téléspectateurs), constate Boris Helleu, maître de conférence en management du sport à l’Université de Caen. Patrick Sébastien obtient un meilleur score en faisant tourner les serviettes.»

«Mais il y a un miracle rugby, enchaîne-t-il. Le rugby est un sport d’experts mais il a réussi à agréger un double public. Il y a d’un côté les connaisseurs et autres fans engagés. Ces gens regardent le Top 14, connaissent les règles, les clubs, les joueurs et les palmarès. Ce panel n’est pas majoritaire. Il y a un grand public qui regarde les grands matches, et surtout, qui est attentif à l’équipe de France. C’est très différent. Quand on regarde l’équipe de France, ce n’est pas le rugby qu’on a choisi de regarder. L’histoire de la finale de la Coupe du monde 2011, c’est ça. Les gens n’ont pas regardé la finale de la Coupe du monde de rugby, mais les Bleus contre les All Blacks avec un gros enjeu.»

La différence entre les effectifs de ces puristes et le grand public qui sera devant TF1 samedi va de un à dix. Le noyau dur des fans de rugby à la télé, en France, est constitué par les téléspectateurs du Top 14 sur Canal+. Selon nos informations, la chaîne cryptée avait chiffré à plus ou moins 400.000 le nombre d’abonnés susceptible de la quitter en cas de perte des droits du Championnat de France si celui-ci s’était déplacé sur BeIn Sport. Il y a 1,4 million de téléspectateurs en moyenne pour regarde les matches du Top 14. L’audience du Tournoi des Six nations sur France Télévisions est à elle seule quatre fois supérieure.

Les audiences comparées d'une finale de Coupe du monde de rugby, d'une finale de Coupe d'Europe et d'une finale de Top 14.

«Le sport est le programme-télé roi»

L’excitation autour des chiffres d’audience du XV de France rappelle que le sport en général, et pas seulement le football ou le rugby, est capable de rassemblements comme aucun autre en dehors des très fortes actualités, comme les bulletins d’info consécutifs aux attentats de Charlie Hebdo. «Le sport est le programme-télé roi, explique Rousselet-Blanc. C’est le programme avec lequel vous savez que vous ferez de l’audience. Pour une chaîne généraliste, il permet de communiquer sur l’événement dont tout le monde parle. C’est une vitrine. Et avec ces chiffres d’audience de fou, le tarif des publicités s’envole, la part de marché sur l’année grimpe en flèche, ce qui permet de mieux négocier le tarif de la publicité l’année d’après. C’est avec le sport que la part de marché moyenne bondit et peut être valorisée.» Un chiffre illustre l’insoupçonnable potentiel du spectacle sportif à la télé: presque 10 millions de personnes étaient devant la finale du dernier Mondial de handball, France-Qatar.

Les six meilleures audiences de sport depuis 2010

Les cinq meilleures audiences de sport hors football depuis 2010.

«C’est pour cela que les droits de diffusion coûtent si cher, ajoute Rousselet-Blanc. Et c’est pour cela aussi que cet investissement est très rarement rentabilisé.» Le sport reste de loin le programme télévisé le plus coûteux.

Les droits de diffusion des principaux évènements sportifs.

TF1 a payé 73,6 millions d’euros pour diffuser la Coupe du monde de football 2014, dont 69 de droits après rétrocession d’une partie d’entre eux à BeIn Sport, sur une mise initiale de 100 millions. Le coût pour les télé françaises –jamais confirmé– de la Coupe du monde de rugby a été estimé par Le Figaro à 40 millions, dont la moitié amortie avec une revente à Canal+. Voici comment, grâce à TF1 on aura au moins une équipe française capable de taper un gros score dimanche soir. S’il y en a deux, le record de samedi sera en danger dès la semaine prochaine.

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