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Une pilule numérique renseignera bientôt votre médecin (ou d’autres)

Boîte de pilules | Dvortygirl via Flickr CC License by

Boîte de pilules | Dvortygirl via Flickr CC License by

La société Proteus veut commercialiser des gélules enregistrant les données des patients afin de surveiller l’observance de leur traitement en temps réel.

La gélule numérique n’est plus très loin d’intégrer nos ordonnances. La Food and Drug Administration (FDA) vient d’accepter d’examiner le cas de ce nouveau produit proposé par la société Proteus en vue d’une éventuelle homologation, annonce le site The Verge. Dans cette pilule, en plus de la molécule médicamenteuse, se trouve une cellule minuscule composée de cuivre, silicone et de magnésium. Cet alliage, sous l’action des acides gastriques, déclenche un mécanisme qui, avant de se dissoudre, émet des signaux électriques. Ceux-ci se transmettent alors à un patch situé près du nombril. De là, les données contenues dans ces ondes sont répercutées dans le smartphone du patient puis envoyées aux contacts enregistrés comme destinataires de ce type de message: médecin traitant, spécialiste, pharmacien... et pourquoi pas assureur.

L’idée est bien sûr de renforcer la responsabilité du sujet, d’assurer un traitement plus fiable et régulier et de faire des économies substantielles dans le domaine de la santé. Mais responsabiliser de cette manière le patient, c’est aussi le frapper de suspicion, et limiter sa liberté face à sa médication. En un sens, le PDG de Proteus le reconnaît lui même: «Ce procédé signifie vraiment, vraiment plus que de pouvoir simplement suivre la conformité du comportement du patient à son traitement. Cela signifie qu’ils seront impliqués activement dans leurs soins médicaux au quotidien.»

Libre-arbitre en danger

L’article mentionne les dérives possibles d’une pilule aussi bavarde dont celle-ci: l’autorité judiciaire pourrait en faire un grand usage en conditionnant une liberté surveillée à la prise de ladite capsule. Proteus compte d’ailleurs pour le moment utiliser Abilify, un neuroleptique très lourd, prescrit aux schizophrènes, ou aux individus atteints de divers troubles mentaux.

The Verge suit ici l’alerte lancée par Arthur Caplan, spécialiste en bioéthique. Le chercheur a publié une tribune sur le site de NBC il y a quelques semaines. Loin de minimiser les problèmes auxquels la pilule numérique veut répondre, il rappelle que 20% des prescriptions ne sont pas honorées par les patients et que la moitié des malades ingérant leurs médicaments ne le fait pas de la manière indiquée. Le libre-arbitre et l’intimité des individus sont selon lui en grand danger:

«Ce que votre médecin peut savoir, d’autres pourront le savoir aussi. Dans quelle mesure cette technologie est-elle sécurisée? Des hackers vont-ils menacer de divulguer vos secrets médicaux si vous ne les payez pas [...]? Forcera-t-on les personnes déficientes et les enfants à prendre ces pilules numériques, ou demandera-t-on à un juge d’autoriser leur consommation?»  

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