Monde

La gauche se fourvoie, il faut combattre la bombe iranienne

Hugues Serraf, mis à jour le 28.09.2009 à 11 h 38

La bombe iranienne n'a rien de progressiste. Faut-il attendre qu'elle nous saute à la figure pour que l'on s'en rende compte?

Mon tout premier problème avec Ahmadinejad, c'est l'orthographe de son patronyme. C'est vrai, quoi, je sais qu'il y a un «h» quelque part, mais il m'est généralement impossible de le caser de manière satisfaisante avant d'avoir fait un saut par sa notice biographique sur Wikipedia...

Mon second problème avec le président iranien, c'est l'énergie qu'il consacre à l'accélération de la course de l'humanité vers son auto-extinction. Mais parce qu'il est désormais établi que l'Iran sera bientôt en mesure d'atomiser quiconque n'est pas d'accord avec les ayatollahs (oui, oui, le «h» est bien à la fin, j'ai vérifié), parce que cette entrée au club des puissances nucléaires incitera fatalement ses voisins arabes à exiger à leur tour une carte de membre, parce qu'Israël n'attendra sans doute pas que celui qui promet régulièrement de l'annihiler soit en mesure de le faire pour intervenir, mon second problème est aussi un peu le vôtre.

Je n'ai personnellement aucun désir de voir se rejouer la tragédie irakienne, mais je m'interroge tout de même sérieusement sur le discours des colombes pour lesquelles le risque iranien n'est qu'une fabrication des faucons. Cette idée que, pour de mystérieuses histoires de gros sous, d'hydrocarbures et d'asservissement aux intérêts israéliens, Wall Street, la Maison-Blanche, Downing Street et l'Elysée n'aient qu'une envie: bombarder Téhéran et déclencher la troisième guerre mondiale...

Bien entendu, il existe de nombreuses raisons «progressistes» de ne pas s'inquiéter des ambitions nucléaires iraniennes. Après tout, la bombe, un tas d'autres pays la possèdent, à commencer par les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'on ne voit pas en quoi l'atome iranien serait intrinsèquement plus dangereux que les protons, neutrons et autres électrons made in USA. De surcroît, la prolifération nucléaire au Moyen-Orient - si l'Arabie Saoudite, la Libye ou la Syrie emboitent le pas à l'Iran -, en plaçant tout le monde sur un pied d'égalité, conduira sans doute à un nouvel «équilibre de la terreur» incitant tout ce petit monde à garder son sang-froid. Enfin, Israël possède déjà sa bombinette et personne ne semble s'en formaliser.

Ces raisons sont belles et bonnes et l'on serait même tenté de les adopter, compte tenu de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons tous - faucons, colombes et non-alignés dans mon genre. Elles franchissent pourtant difficilement le cap de l'examen dépassionné (si tant est que l'on puisse examiner sans passion la perspective de la destruction de l'humanité).

Ainsi, l'Iran n'est pas un pays comme un autre, mais une puissance régionale contrôlée par des fanatiques religieux dont le président s'est maintenu au pouvoir à la suite d'élections truquées et pour qui la bombe doit effectivement servir à détruire un voisin encombrant. L'Arabie Saoudite, de son côté, est suffisamment perméable au fondamentalisme islamiste pour que l'on s'inquiète ce qui se passerait si un plateau d'Albion était aménagé en banlieue de Ryad. Les probabilités de voir Israël utiliser sa bombe autrement que dans un cadre défensif tendent vers zéro. Quant à la guerre froide, si elle s'est bien terminée, elle aurait tout aussi bien pu mal tourner...

Mais le relativisme teinté d'anti-impérialisme réflexif qui empêche une partie de la gauche occidentale de considérer le danger objectif du non-respect, par l'Iran, de ses propres engagements en matière de nucléaire militaire nous ramène clairement quelques années en arrière. Oh, pas à l'affaire de Munich - les références à la seconde guerre mondiale sont désormais réservées aux adversaires de la politique migratoire de Nicolas Sarkozy et des réformes sociales de Barack Obama -, mais plutôt à la crise des euromissiles du début des années 80, lorsqu'il fallait refuser d'être protégé par les Américains de la menace russe pour être politiquement correct (on ne disait pas encore «politiquement correct» à l'époque, mais le concept était tout de même déjà là).

Ce coup-ci, il serait bon de voir les colombes que la préservation de la paix sur terre intéresse réellement davantage que la possibilité de marquer un point contre Oncle Sam & Co. s'associer aux efforts d'Obama, de Sarkozy et de Brown pour qu'une vraie négociation s'impose enfin aux Iraniens - une négociation avec carottes, mais aussi avec bâtons. C'est à peu près la seule chance que j'ai de voir régler mon second problème avec Ahmadinejad. Pour l'histoire du «h», promis, je vais me débrouiller tout seul...

Hugues Serraf

Lire également: Pourquoi Israël attaquera l'Iran et Iran: une attaque israélienne imminente?

Image de Une: le président iranien Mahmoud Ahmadinejed regarde lors d'un défilé militaire passer un missile  Morteza Nikoubazl / Reuters

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