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Le cycle infernal de la violence israélienne

Affrontement entre Palestiniens et Israéliens près de la frontière avec la bande de Gaza, le 15 octobre 2015 | REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Affrontement entre Palestiniens et Israéliens près de la frontière avec la bande de Gaza, le 15 octobre 2015 | REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Les récentes agressions n’ont aucune excuse, mais pourquoi s’étonner que les Palestiniens se sentent provoqués par les abus et l’occupation cruelle d’Israël?

La tragique flambée de violence des deux derniers mois en Israël et dans les territoires palestiniens, entamée en août avec le meurtre d'une famille palestinienne par des colons juifs, suivi d’affrontements sur le mont du Temple (esplanade des mosquées), et, ces derniers jours, d’une série d’agressions terrifiantes par des Palestiniens contre des civils israéliens, s’accompagne des accusations et contre-accusations habituelles des politiques et des spécialistes de la question. Il vaut la peine de prendre un moment pour examiner ces revendications afin de voir ce qu’elles nous disent de la situation actuelle et de comprendre pourquoi celle-ci risque de se perpétuer tant que l’occupation continuera.

Dans un discours devant la Knesset israélienne, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a accusé le président palestinien Mahmoud Abbas de mentir au sujet des visées d’Israël sur le Mont du Temple. «Si la situation se détériore à la suite de cette provocation, a-t-il déclaré, vous en serez tenu pour responsable.»

Cependant, selon une déclaration de la Direction des renseignements de Tsahal (les forces armées israéliennes) en date du 7 octobre, Abbas en assume justement la responsabilité—et combat le terrorisme. Tsahal a également rapporté que, malgré le discours d'Abbas aux Nations unies à la fin du mois de septembre, où il menaçait de se retirer des accords avec Israël, la coopération rapprochée entre les forces de sécurité palestiniennes et israéliennes en Cisjordanie s’est poursuivie.

Un rapport ultérieur rédigé par Shin Bet, le service de sécurité intérieure d’Israël, arrive à la même conclusion: si certains représentants palestiniens se sont lancés dans des discours incendiaires, Abbas n’encourage pas le terrorisme «et enjoint même ses forces de sécurité à empêcher autant que possible les attaques terroristes». (Il est important de noter ici que la majorité des attaques violentes par les Palestiniens se sont déroulées dans des endroits où l’Autorité palestinienne n’est pas présente.)

Laïus fébrile

La violence juive envers les arabes atteint des niveaux que nous ne nous rappelons pas avoir vus par le passé. La violence appelle la violence

Un représentant de Tsahal au journaliste israélien Nahum Barnea

En ce qui concerne les accusations de Netanyahou sur les mensonges d’Abbas à propos du mont du Temple, il vaut la peine de souligner que le président de l’Autorité palestinienne est loin d’être le seul à semer la confusion sur les intentions d’Israël. Selon le Jerusalem Post, «interrogés sur la question, les représentants du département d’État [américain] se sont fait l’écho des inquiétudes d’Abbas, laissant entendre qu’ils pensaient que la politique d’Israël laissait ouverte une possibilité de changement sur le site». Probablement parce que des membres même du cabinet de Netanyahou ont été relativement ouverts quant à leur volonté de changer le statu quo au mont du Temple.

Quoi qu’il en soit, les critiques de Netanyahou ont été reprises par un certain nombre de conservateurs aux États-Unis, notamment par le sénateur de Floride Marco Rubio, qui condamne la supposée provocation d’Abbas et appelle les États-Unis à soutenir Israël de façon inconditionnelle. «Les Israéliens se font agresser alors qu’ils ne cherchent rien d’autre qu’à vaquer à leurs occupations quotidiennes», estime Rubio. (Quelques jours plus tard, Politico a rapporté que le méga-donateur républicain Sheldon Adelson, supporter radical d’Israël et opposant aux droits palestiniens, s’apprêtait à soutenir Rubio.)

Bret Stephens, du Wall Street Journal, est allé encore plus loin en rédigeant un laïus fébrile qui accuse les Palestiniens –en tant que peuple–d’être «psychotiques,» d’avoir une «obsession du sang» et une «soif de sang.» (Il vaut la peine de souligner que, si quelqu’un avait écrit quelque chose de vaguement semblable sur les juifs, Stephens aurait été l’un des premiers à l’accuser d’antisémitisme.)

Humiliations quotidiennes

Si, quel que soit le camp, rien ne peut excuser des attaques contre des civils, toutes ces revendications ont en commun de commander une parfaite indifférence vis-à-vis de la manière dont les Palestiniens sont forcés à vivre sous une occupation israélienne qui approche de sa cinquantième année.

Il s’agit d’une réalité quotidienne de harcèlements et d’humiliations, de constantes menaces d’expulsion et de démolition de maisons, où colons et soldats israéliens commettent régulièrement des actes de violence contre des civils palestiniens avec une impunité totale et sans quasiment aucun compte à rendre, le tout justifié par des assertions «d’autodéfense» de plus en plus éculées par Israël.

Totalement à contre-courant des tactiques alarmistes de Netanyahou, de la démagogie de Rubio et du racisme de Stephens, les représentants de Tsahal ont reconnu que les violences israéliennes provoquaient une réaction palestinienne. «La violence juive envers les arabes atteint des niveaux que nous ne nous rappelons pas avoir vus par le passé, a confié un représentant de Tsahal au journaliste israélien Nahum Barnea. Les Israéliens ont arraché des centaines d’oliviers appartenant à des arabes, dévasté des maisons, fracassé des voitures. La violence appelle la violence.»

Pour toute gratification de la meilleure sécurité fournie, les Palestiniens ont subi davantage d’occupation et de colonisation

Violence du désespoir

Sous Abbas, l’Autorité palestinienne a fourni des années de sécurité aux Israéliens, fait reconnu à tous les niveaux par les représentants américains et israéliens. L’accord, affirmé dans la feuille de route de 2002 sous l’administration Bush, était que, si les dirigeants de l’Autorité palestinienne travaillaient à contrôler le terrorisme et à gérer la sécurité, elle recevrait davantage d’indépendance, ce qui conduirait à une totale autonomie et à la constitution d’un État.

Mais tout n’a pas marché comme prévu. Surtout, depuis que Netanyahou a accédé au pouvoir en 2009, le gouvernement israélien a tiré parti de la situation relativement calme (pour les Israéliens) en Cisjordanie pour intensifier de façon spectaculaire son contrôle de régions-clés, y compris des zones palestiniennes de Jérusalem et de la vallée du Jourdain, afin d’empêcher délibérément la possibilité d’un État palestinien viable. Pour toute gratification de la meilleure sécurité fournie, les Palestiniens ont subi davantage d’occupation et de colonisation. Et avec la montée actuelle des violences, ils vont très probablement subir encore davantage d’occupation et de colonisation.

Dans un éditorial à plusieurs mains, Ami Ayalon, ancien directeur de Shin Bet, écrit que «les Israéliens auront de la sécurité lorsque les Palestiniens auront de l’espoir». Reconnaître le lien direct entre désespoir et violence ne revient pas à excuser cette violence; il ne s’agit que de bon sens. Mais hélas, pour des raisons d’idéologie, de levée de fonds ou d’intolérance religieuse, c’est du bon sens dont sont dépourvus bien trop de politiciens et de spécialistes de la question.

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