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L'histoire incroyable de l'homme à gauche de cette photo

Les sprinters Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos à Mexico lors de la remise des médailles Angelo Cozzi via Wikimedia CC License by

Les sprinters Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos à Mexico lors de la remise des médailles Angelo Cozzi via Wikimedia CC License by

Le 16 octobre 1968, les athlètes Tommie Smith et John Carlos lèvent un poing ganté de noir pour protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis. À côté d'eux, l'Australien blanc, Peter Norman, a joué un rôle aussi grand que discret ce jour-là.

«Oh, shit. It’s Peter Norman.» C’est dans son autobiographie que l'athlète John Carlos lance cette exclamation fleurie. Mais c’est le 16 octobre de cette année 1968 lors de la finale olympique du 200m masculin qu’elle lui traverse l’esprit. A cette seconde, ou plutôt dans ce dixième de seconde, il réalise que l’australien Peter Norman a tracé sa route si vite, dans son couloir 6, qu’il a franchi la ligne avant lui. Ca ne se joue à rien, les deux hommes se tiennent en à peine plus de vingt secondes. Loin devant, Tommie Smith vient d’établir un nouveau record du monde en 19 secondes et quatre-vingt-sept centièmes. 

Les deux athlètes noirs ont dû supporter toutes sortes d’injures depuis deux ans pour avoir un temps envisagé de boycotter les Jeux olympiques de Mexico afin de protester contre le sort réservé aux gens qui partagent leur couleur de peau. «Je n’étais pas là pour la course, j’étais là pour l’après-course», écrira plus tard le médaillé de bronze John Carlos dans ses mémoires. Car si les sprinteurs américains ont reculé devant l’idée du boycott, ils ne souhaitent pas baisser pavillon mais au contraire le lever très haut. Ils n’avaient cependant pas prévu que le Blanc australien Peter Norman s’immiscerait entre eux, sur la deuxième marche.

Le gamin dans la confiserie

Dans le couloir où ils attendent de monter sur le podium pour la cérémonie protocolaire, il faut donc bien le mettre au parfum. Et c’est ici que le personnage extraordinaire de Peter Norman prend l’épaisseur qui est la sienne. L’écrivain italien Riccardo Gazzaniga a publié sur son site internet cet été un hommage à Norman, traduit en français par Le Démotivateur ce 15 octobre, et devenu viral. 

John Carlos est celui qui raconte le mieux cette scène: 

«Je me souviens de lui avoir demandé: «Nous sommes membres du Projet olympique pour les droits de l’homme, tu soutiens les droits de l’homme?» Il m’a dit que depuis qu’il était petit ses parents travaillaient pour l’Armée du Salut et que, bien sûr, il soutenait les droits de l’homme. Je lui ai demandé: «Tu voudras porter le badge du Projet olympique pour les droits de l’homme avec nous sur le podium?» Sans dire un mot, il a commencé à essayer de prendre celui qui était accroché à ma poitrine, comme un gamin dans une confiserie.»

Mais son rôle va plus loin. Norman a aidé à forger la légende.

Carlos et Smith avaient résolu depuis longtemps de brandir des poings serrés dans des gants noirs pour frapper les esprits. Problème: le jour J, Carlos a oublié sa paire de gants au Village olympique. C’est Norman qui conseillera alors à Smith de céder à son compatriote le gant de la main gauche.

Le Démotivateur: 

«Je ne pouvais pas voir ce qui se passait derrière moi» se souviendra plus tard Norman, «mais j’ai su qu’ils avaient mis leur plan à exécution lorsque la foule qui chantait l’hymne national Américain s’est soudainement tue. Le stade est devenu alors totalement silencieux.»

Le seule tort de Gazzaniga dans son hommage est de prétendre, étrangement, que «celui qui ne lève pas le bras, est peut-être le plus grand héros de ce fameux soir d’été 1968», quand les deux athlètes noirs se battaient pour vivre les égaux des Blancs dans un pays où l'on venait, quelques mois plus tôt d'assassiner Martin Luther King.

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