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Il y a vingt-six ans, l'Allemagne de l'Est expérimentait l'anarchie

Le 9 novembre 1989 (REUTERS/Fabrizio Bensch )

Le 9 novembre 1989 (REUTERS/Fabrizio Bensch )

Du 9 novembre 1989 au 3 octobre 1990, les Allemands de l'Est ne dépendaient plus officiellement d'aucune autorité. Un moment de liberté dont se souviennent de nombreux témoins aujourd'hui, avec une certaine nostalgie.

Quarante ans de dictature communiste, puis une année de liberté totale. Entre la chute du Mur, le 9 novembre 1989, et la Réunification de l'Allemagne, le 3 octobre 1990, les habitants d'ex-RDA ont vécu durant quelques mois dans un joyeux chaos où presque tout était permis, se souvient l'hebdomadaire Der Spiegel:

«Un État avait presque disparu, l'autre n'était pas encore vraiment là. Un entre-deux durant lequel les gens ne devaient plus se plier à aucune autorité, administration ou fonctionnaire que ce soit. En une nuit, le monde tendait désormais les bras à 16 millions de citoyens de RDA. Chacun avait soudain la possibilité de faire ce qu'il avait toujours voulu faire, qu'importe si cela était provoquant, fou et improvisé.»

«Tu n'as plus rien à me dire»

À Berlin, des dizaines d'habitants se sont mis à planter des semis de lupins autour de la Porte de Brandebourg, là où s'étendait jusqu'alors la «bande de la mort», comme on surnommait la zone surveillée nuit et jour par les autorités est-allemandes. Les anciens gardes frontières leur prêtèrent même main forte pour transporter les graines. Un activiste écologiste qui a participé au fleurissement de l'ancien tracé du Mur de Berlin, Carlo Jordan, se souvient de cette époque avec amusement:

«C'était fou de voir ces soldats, qui quelques mois avant encore obéissaient à l'ordre de tirer, désormais équipés de sachets de graines en train de s'échiner à planter de lupins jaunes leur bande de la mort.»

Durant ces quelques mois, écrit Der Spiegel, tous ceux qui portaient un uniforme se voyaient en permanence répondre sur un ton narquois:

«Tu n'as plus rien à me dire.»

«La meilleure chose qui puisse se passer»

Les automobilistes ne prêtaient presque plus attention à la police, certains citoyens en profitèrent même pour commettre des braquages, ou ne pas comparaître devant la justice. Tout le système judiciaire, policier et administratif de l'ex-RDA était paralysé.

Des bars illégaux, des clubs, des ateliers d'artistes, des théâtres ou des galeries virent le jour

Der Spiegel

D'autres citoyens tirèrent parti de la situation à leur manière:

«Dans les grandes villes de l'Est de l'Allemagne, les usines vides et les caves ressemblent à des bunkers furent squattés. Des bars illégaux, des clubs, des ateliers d'artistes, des théâtres ou des galeries virent le jour. Sans loyer, sans livre de compte, sans permis de construire. Il fallait célébrer la liberté et l'anarchie.»

Un sentiment de liberté grisant qu'évoquait également Sven Marquardt, le célèbre portier du Berghain, dans une interview parue en 2014 dans le magazine culturel berlinois Zitty, à l'occasion de la publication de son autobiographie Die Nacht ist Leben en 2014. Il avait 27 ans quand le Mur est tombé:

«La génération de mes parents a été dépassée par le chute du Mur. Pour moi, c'était la meilleure chose qui puisse se passer. Je fais partie de la génération pour qui, d'un coup, tout était possible. Je pouvais vivre comme bon me semblait, sans filet de sécurité.»

La fête est finie

À Leipzig, un groupe d'habitants a même lancé une chaîne de télévision illégale, «Kanal X»:

«Ils en avaient assez de la propagande diffusée depuis des décennies à la télévision d'État et préféraient commencer quelque chose qui soit à eux plutôt que d'attendre l'arrivée de la télévision publique de l'Ouest.»

Le 3 octobre 1990, le chancelier Helmut Kohl (CDU) entérinait la Réunification des deux Allemagnes, mettant un terme à cette liberté sans bornes qui régnait sur le territoire de l'ex-RDA depuis bientôt onze mois. La fête était finie, et un nouveau chapitre de l'histoire de l'Allemagne commençait.

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