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21, 33, 40, 50 millions... Quel est le vrai montant de la campagne de Nicolas Sarkozy?

Nicolas Sarkozy au forum de Davos en 2011 / Moritz Hager via Wikimedia License by

Nicolas Sarkozy au forum de Davos en 2011 / Moritz Hager via Wikimedia License by

Dans un entretien accordé à l’Obs, Jérôme Lavrilleux, l’ancien directeur adjoint de la campagne du président sortant, a rajouté 10 millions d’euros au total des dépenses. L’occasion de sortir la calculette.

Dans un entretien pour le magazine L’Obs, Jérôme Lavrilleux, l'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy, fait de nouvelles révélations sur l'affaire Bygmalion, dans laquelle il a été mis en examen:

«Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais dit, et dont j'ai la certitude, confortée par la lecture du dossier aujourd'hui: les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont débordé de tous les côtés. Et pas seulement le budget consacré aux meetings. Il ne faudrait plus appeler cette affaire "Bygmalion", mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Rien n'a été contrôlé. (…) Il n'y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne...»

Les chiffres évoqués dans la presse depuis le début de l'affaire, dans les premiers mois de 2014, donnent le tournis. Quels ont été les différents montants successifs avancés pour les comptes de campagne du président sortant?

Les comptes de campagne déposés = 21,3 millions d'euros

21.339.664 euros: c’est le montant des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy adressés à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), publiés au Journal Officiel le 31 juillet 2012. Selon ces comptes, les dépenses de Nicolas Sarkozy se retrouvaient en-dessous du plafond réglementaire (22.509.000 euros) et même en-dessous de celles de François Hollande (supérieures de 300.000 euros). Celui qui devient alors membre de droit du Conseil constitutionnel affirme avoir dépensé lors de sa campagne plus de 13 millions d’euros de frais de réunions publiques, environ 3 millions en tracts et affiches mais aussi 110.000 euros d’enquêtes et de sondages.

Les comptes rectifiés par la CNCCFP = 23 millions d'euros

Le 21 décembre 2012, les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy sont rejetés par la CNCCFP, qui y réintègre des dépenses survenues avant sa déclaration de candidature, le 15 février 2012, à hauteur de précisément 1.635.454 euros. Une décision liée à la saisine de la Commission le 13 février 2012 par le mandataire de François Hollande, Daniel Vaillant. Les socialistes critiquaient l’utilisation des moyens de l’État par Nicolas Sarkozy pour mener sa campagne.

L’ancien président de la République fait appel auprès du Conseil constitutionnel. Le 4 juillet 2013, les Sages annoncent que le plafond des comptes de campagne a bien été dépassé et que les dépenses s’établissent désormais à 22.975.118 euros, soit 2,1% au-dessus du plafond autorisé.   

Nicolas Sarkozy doit reverser 150.000 euros d'avance au Trésor Public, ainsi que 363.615 euros pour le dépassement du plafond autorisé. Ce dépassement implique aussi que 47,5% de ses dépenses de campagne ne sont pas remboursées, soit 10.691.775 euros. Cela aboutit au «Sarkothon», une souscription lancée par l’UMP auprès de ses sympathisants. Les dons comblent les 11 millions d’euros manquants.

Les comptes réintégrant les dépenses de l'UMP = 33 millions d'euros

En février 2014, Le Point révèle dans une enquête que la société Bygmalion a surfacturé les prestations de la campagne présidentielle de 2012. Le 5 mars, une enquête préliminaire est ordonnée par le parquet de Paris. Elle vise Jean-François Copé et les marchés obtenus par la société Bygmalion et sa filiale Events & Cie durant la campagne de Nicolas Sarkozy. Le 26 mai, l’avocat de la société Patrick Maisonneuve annonce sur iTélé que Bygmalion «a été amenée à établir des factures qui ont été imputées à l’UMP alors qu’elles auraient dû l’être à l’association de financement de la campagne du candidat Sarkozy en 2012». Il évoque «plus de 10 millions d’euros» de factures litigieuses.

Le même jour, Jérôme Lavrilleux reconnaît sur BFMTV qu’il y a eu «des dérapages» lors de la campagne présidentielle de 2012, insistant bien sur le fait que ni Jean-François Copé ni Nicolas Sarkozy n’ont été mis au courant, et affirmant que ces factures correspondent à des dépenses réelles:

«Les sociétés qui ont participé à la réalisation des meetings ont fait des prestations réelles, souvent dans l'urgence, au dernier moment, dans des conditions difficiles, et elles avaient une réelle qualité. Tout ceci coûtait de l'argent que ne permettaient pas d'absorber les comptes de campagnes.  Une partie a été mise dans les comptes, et une autre partie, pour ne pas que les sociétés soient dans une situation délicate, a été absorbée par l'UMP. Il y a eu des factures présentées par l'UMP qui ont été faites pour des dépenses de campagnes. Ceci n'a rien d'anormal. [...] C'est impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros.»

Les comptes intégrant des surfacturations = 40 millions d'euros

Le 17 juin 2014, un article de Médiapart indique que ce n’est pas 10 mais 17 millions d’euros qui ont été dissimulés à la CNCCFP. Le site met au jour une double facturation avec des factures «officielles» présentées à la Commission des comptes de campagne et les prix réels de chaque meeting. Par exemple, celui de Nancy, le 2 avril 2012, a coûté 95.674 euros officiellement. En réalité, le véritable prix est de 531.200 euros.

«C’était démentiel, raconte alors Jérôme Lavrilleux à Mediapart. Chaque meeting était un véritable plateau télé. Tout se décidait au jour le jour.» Une enquête de l’Express détaille certaines dépenses du président sortant, comme la musique des meetings (86.112 euros) ou la location d’un Falcon Dassault pour une partie de la campagne (du 16 avril au 6 mai), facturée 386.474,72 euros.

Les comptes intégrant les dernières révélations de Jérôme Lavrilleux = 50 millions d'euros

Dans son interview à L'Obs, Jérôme Lavrilleux estime que les dépenses imputables aux comptes de la campagne présidentielle 2012 sont encore plus importantes que ce qui s'est dit. «L'UMP avait prévu de dépenser 2,5 millions d'euros cette année-là. Combien ont été finalement payés par l'UMP? Dix millions, en plus des fausses factures de Bygmalion!», explique-t-il. Ce qui amènerait les dépenses de campagne vers un montant de 50 millions d'euros... Jérôme Lavrilleux affirme également que Nicolas Sarkozy a reconnu lors de sa déposition «avoir utilisé les moyens de l’Elysée, par le biais de ses conseillers présidentiels, pour préparer sa candidature, puis pour mener sa campagne au jour le jour».

«Cela est strictement illégal et c’est très symptomatique du fait que durant cette campagne, tout le monde s’est affranchi des règles.»

Si les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy représentaient autour de 50 millions d’euros, cela ferait plus du double du plafond autorisé par la CNCCFP.

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