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Le prochain blizzard aux États-Unis pourrait s’appeler Yolo

Une femme marchant dans les rues de New-York lors du blizzard de 1969 | Historic NWS Collection via Wikimedia Commons (domaine public)

Une femme marchant dans les rues de New-York lors du blizzard de 1969 | Historic NWS Collection via Wikimedia Commons (domaine public)

La chaîne Weather Channel a dévoilé les noms prévus pour les prochaines tempêtes hivernales, provoquant à nouveau un débat sur leur utilité.

L’hiver vient. Et avec lui les noms de blizzards. Chaque année depuis 2012, la chaîne de télévision Weather Channel publie les noms qu’elle prévoit d’utiliser pour les tempêtes qui frapperont les États-Unis lors de l’hiver. Cette année, les rafales de neiges seront donc celles d’Ajax, Goliath, Ursula, Zandor ou Yolo. Ce dernier nom a d’ailleurs déjà provoqué une petite tempête médiatique de par son origine. Il provient d’un acronyme, voulant dire «You only live once» («on ne vit qu’une seule fois», ou «carpe diem» pour les latinistes), entré dans la culture populaire avec la chanson «The Motto» du compositeur canadien Drake, sortie en 2011.

 

«The Weather Channel a nommé une tempête hivernale YOLO. Si vous la voyez arriver, dégagez, brrr.»

Où est le problème, direz-vous? En dehors du fait d’associer un mantra prônant la jouissance de la vie au mépris de certains dangers à une tempête potentiellement mortelle, l’acronyme a relancé le débat sur l’utilité de nommer les tempêtes de neige aux États-Unis. À l’inverse de leurs froids homologues, les ouragans ont chacun un nom depuis 1950. Il leur est donné par le Centre national des ouragans, une division de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA). Les tempêtes hivernales n’en ont pas «officiellement», comme l’avait indiqué Susan Buchanan, la porte-parole du service météorologique national, à The Wire en 2013:

«Le service météorologique national ne nomme pas les tempêtes hivernales car l’impact de celles-ci peut varier d’un endroit à un autre, les tempêtes peuvent s’affaiblir et se redévelopper, ce qui rend difficile de savoir où finit une tempête et où une autre commence.»

Utilité d’un gadget médiatique

Lors de l’hiver 2012, la chaîne Weather Channel, qui appartient au groupe NBC, a donc décidé de déroger à la règle en publiant une liste de noms composée notamment de Nemo ou Gandolf (un personnage d’un roman du britannique William Morris et non pas le magicien du Seigneur des Anneaux; un éditorialiste du Time avait néanmoins trouvé curieux le choix de ce nom et sa concomitance avec la sortie du film Le Hobbit). Cette décision avait provoqué l’ire des professionnels du secteur, dont le fondateur et président de la compagnie privée AccuWeather, le docteur Joel Myers:

«En décidant unilatéralement de nommer les tempêtes hivernales, Weather Channel a confondu les retombées médiatiques avec la science et la sécurité publique. Nous avons étudié cette question depuis vingt ans et nous avons conclu que ce n’est pas une bonne méthode scientifique et que cela va tromper le public.»

Pour se défendre, Weather Channel a rappelé dans un communiqué que les critères de dénomination des tempêtes sont basés sur les seuils d’avertissements du service météorologique national et sur le nombre de personnes qui pourraient être affectées par le blizzard. Dès que la tempête dépasse ces seuils, les tempêtes hivernales obtiennent un nom.

«C’est simplement plus facile de communiquer à propos d’une tempête complexe si elle a un nom, c’est ce qu’a démontré notre programme de “naming”, a défendu Bryan Norcross, le principal spécialiste des ouragans de Weather Channel. Une bonne communication profite à tout le monde.» Mary Glackin, la vice-présidente des partenariats public-privé de la compagnie, qui a travaillé pendant longtemps à la NOAA, est même allée plus loin dans la réflexion , comme le rapporte USA Today«Dans ce monde saturé d’information, un titre ou un hashtag est la clé», expliquait-elle au quotidien américain.

Sur le site du Washington Post, les prévisionnistes météorologiques Ian Livingston et Brendan Heberton ont soutenu la décision de Weather Channel: «C’est un fait. Les noms sont faits pour rester. Nous devrions aller au-delà de nos désaccords et l’exploiter. Une adoption plénière du “naming” des tempêtes hivernales pourrait faire évoluer ce qui reste encore trop un gadget médiatique en quelque chose de vraiment utile.» Même si le nom choisi est «Yolo».

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