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Pourquoi on dit «papa» et «maman» (ou presque) dans toutes les langues

parents | Caitlin Childs via Flickr CC License by

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Alors que les mots et les significations varient sans cesse d'une langue à l'autre, l'humanité semble s'être mise d'accord sur la façon d'appeler ses parents.

On estime qu’il existe environ 6.000 langues dans le monde, et une infinité de mots servant à nommer une infinité de choses. Autant dire qu’à l’intérieur du langage humain c’est moins l’universel qui saute aux yeux que l’arbitraire. Platon, à travers les mots de Socrate, avait déjà noté malicieusement l’écart entre le mot et la chose, et la diversité des sons employés par les hommes pour désigner un même objet dans son dialogue du Cratyle, il y a 2.500 ans. Mais le site du magazine américain The Atlantic remarque ici que, parmi toutes ces dissemblances qui font que ce qui est un «chien» en France est un «dog» au Royaume-Uni et devient un «gou» en Chine, certains mots semblent très bien passer les frontières: comme «maman» et «papa». En effet, les Italiens eux ont «Mamma» et «Babbo» (le «b» est une variante du «p», comme le «t» est une altération du «d»), les Gallois, dont la langue et les appellations de localité ne ressemblent pourtant à aucune autre, ont «mam» et «tad»

Bien sûr tous ces idiomes ont un point commun assez évident: ils sont européens et tous issus d’une matrice commune, la langue indo-européenne parlée dans les plaines d’Ukraine aux confins de l’humanité et de la préhistoire. Comme le dit joliment l’article, «ces ressemblances pourraient n’être qu’une affaire de famille au fond».
Mais comment alors expliquer que la langue africaine swahili emploie «mama» et «baba» comme le chinois mandarin?

Le célèbre linguiste Roman Jakobson a établi que l’universalité des désignations paternelles et maternelles était liée à l’apprentissage de la formation des sons par les nourrissons. Prononcer la voyelle «a» ne demande aucun effort à un bébé qui n’a même pas à utiliser ni sa langue, ni à jouer avec ses lèvres. Au moment où l’envie le prend, cependant, de corser un peu les choses, l’enfant, qu’il soit philippin, tartare ou né à Perpignan, se contente de fermer les lèvres doucement, coupant le «a» d’un «m». Il y a alors de fortes chances de l’entendre dire quelque chose comme «mama». Plus à l’aise, il se met alors à jouer avec son palais, formant les sons «t» ou «d», ou cogne avec plus de fermeté ses lèvres: papa.

C’est ainsi que ces mots identiques ou quasi identiques se répandent dans le monde. Il est fort improbable en revanche que le bébé cherche, dans un premier temps, à nommer ces grosses figures penchées au-dessus de son berceau. Ce sont au contraire les parents qui décident de se sentir concernés par ces babillages et répètent ce détournement sémantique à chaque génération. 

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