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En Autriche, la peine de prison de cet historien qui a dénoncé la spoliation des juifs divise

Stephan Temple pose à Prague le 4 avril 2014 | REUTERS/David W. Cerny

Stephan Temple pose à Prague le 4 avril 2014 | REUTERS/David W. Cerny

En 2001, l’historien Stephan Templ avait écrit un livre qui remettait son pays face à ses responsabilités lors de la Shoah.

Stephan Templ. Le destin de cet historien autrichien divise profondément son pays, comme le rapporte le New York Times. Condamné le 6 octobre à un an de prison en appel pour «fraude criminelle contre l’État» pour une somme de 550.000 euros, il est depuis sous le feu des projecteurs. D’un côté, ses partisans, qui l’estiment victime d’une vengeance antisémite de la justice; de l’autre, ceux qui pensent qu’il a été jugé comme un citoyen lambda. Mais, pour comprendre, retour en 2001.

Cette année-là, l’historien publie son livre ironiquement appelé Notre Vienne en référence au guide touristique de la ville. Dedans, il y dénonce les Autrichiens qui se sont enrichis en volant ou en rachetant à un prix dérisoire les demeures abandonnées par les juifs lors de l’Holocauste. Il proposait même une carte de la ville avec tous les bâtiments spoliés aux juifs. Autant dire une sacrée épine dans le pied pour un pays qui s’est toujours présenté comme la «première victime du nazisme» et qui a dû attendre de nombreuses pressions internationales pour concéder sa responsabilité dans les crimes.

Néanmoins, le pays crée bientôt le Fonds de réparation pour les victimes de la Shoah, qui accorde une prime de 5.000 euros aux survivants pouvant atteindre 11.200 euros s'ils ont perdu un bien immobilier lors de la guerre. Une bien maigre récompense selon Templ. En 2005, il dépose une demande d’indemnisation au nom de sa mère juive, qui, à 80 ans, est une des héritières d’un luxueux bâtiment, ayant fait office d’hôpital, situé sur un des plus célèbres boulevards de la capitale autrichienne.

Le bâtiment grâce auquel la mère de Templ a obtenu plus d’un million d’euros le 3 avril 2014 à Vienne | REUTERS/Leonhard Foeger 

En 2010, il gagne son pari et obtient un peu plus d’un million d’euros pour sa mère. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais c’était son compter l’acharnement administratif de l’Autriche. L’État engage en effet contre lui des poursuites pour «fraude criminelle envers l’État». La justice lui reproche d’avoir oublié de mentionner le nom de sa tante Elisabeth Kretschmer dans la demande d’indemnisation, qui pouvait elle aussi prétendre à l’ancien hôpital. L’État lui réclame donc la moitié de la somme, soit 550.000 euros. La fin est connue, l’historien perd son procès le 6 octobre dernier et est désormais en prison. Son avocat dénonce dans le New York Times des «représailles à la suite de la publication de son livre».

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