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«Café Society»: Les films de Woody Allen nous rendent-ils meilleurs?

Jesse Eisenberg et Kristen Stewart dans «Café Society» (© Gravier Productions, Inc. - Sabrina Lantos)

Jesse Eisenberg et Kristen Stewart dans «Café Society» (© Gravier Productions, Inc. - Sabrina Lantos)

Le cinéaste américain aime plonger dans les recoins les plus sombres ou loufoques de notre psyché, comme le démontre encore brillamment son tout nouveau film «Café Society». Et si cette exploration nous indiquait en réalité le chemin du bonheur?

Mise à jour 12/05/2016: Cet article initialement paru à l'automne 2015 a été complété après la sortie du film Café Society, présenté en ouverture du Festival de Cannes 2016

Je me rappelle parfaitement de ma toute première fois. C'était l'hiver 1998, j'avais 17 ans, et le film s'appelait Harry dans tous ses états. Un premier Woody Allen, ça ne s'oublie pas. L'univers du cinéaste new-yorkais est si singulier que sa découverte peut constituer un choc esthétique. Comme de rencontrer le parler si particulier des films d'Éric Rohmer. Avant cela, j'ai quelques souvenirs épars d'œuvres plus adultes –comme d'avoir pleuré au cinéma devant Secrets et mensonges de Mike Leigh–, mais l'essentiel de ce que j'allais voir pouvait être classé dans la catégorie films adolescents, de Scream au Cinquième élement (vu deux fois).


Woody Allen a changé mon rapport au cinéma et sans doute à la vie. Il est le premier dont j'ai dévoré l'œuvre film après film pour sa signature. Des comédies burlesques du début des années 1970 comme Bananas ou Guerre et amour à ses drames des années 1980-90 comme Maris et femmes ou Crime et delits en passant par les chefs-d'œuvres comme Annie Hall, Manhattan, Stardust Memories ou Hannah et ses soeurs. Une même passion m'habitera pour d'autres cinéastes par la suite, que ce soit Martin Scorsese, Brian de Palma, François Truffaut, Maurice PialatTerrence Malick, David Lynch, Wong Kar-Waï ou Hong Sang-soo pour en citer quelques-uns, mais aucun n'aura eu un impact aussi profond sur ce que je suis. Aucun n'aura autant fait de moi un homme meilleur. 

Café Society, très bonne cuvée 2016

C'est donc avec bonheur que je me plie chaque année au rituel du nouveau Woody Allen, content de retrouver cet univers à la fois familier et en réinvention permanente. Impatient de découvrir quelles trouvailles notre ami magicien a encore dans sa besace. Ce mercredi 11 mai 2016, je n'ai pas dérogé à la règle en allant voir le jour de sa sortie Café Society, avec Kristen Stewart et Jesse Eisenberg, très bonne cuvée 2016 sous forme de comédie humaine embrassant les conflits moraux d'une famille juive dans l'Amérique des années 1930. Un des fils (Jesse Eisenberg) part tenter sa chance auprès de son oncle (impeccable Steve Carell) célèbre agent à Hollywood pendant que son frère (Corey Stoll) joue les gangsters dans les rues de New York. Perdu à Hollywood, il est pris sous son aile par la magnétique Kristen Stewart.

Le film permet à Woody Allen de livrer une chronique douce amère sur les hasards de la vie et l'importance des choix que l'on fait, brossant un large éventail de possibilités, toutes teintées de satisfactions et au fil du temps d'une increvable mélancolie. Un questionnement touchant sur notre aptitude au bonheur dans un monde borné par la figure de l'autre et l'ombre de la mort.


Le cinéaste confirme là sa grande forme après le déjà très réussi Homme irrationnel, sorti à l'automne dernier, qui confrontait une étudiante pleine de vie (Emma Stone) et un professeur de philosophie moribond (Joaquin Phoenix) autour de questions éminemment alleniennes: comment traverser l'existence? Qu'est-ce qu'un acte bon? Et, in fine, oui, peut-on rendre le monde meilleur?

Une autre masculinité

Cette relation si particulière qui s'est nouée entre les films de Woody Allen et moi est liée à plusieurs choses. L'une tiendrait particulièrement à coeur au cinéaste: la chance. Harry dans tous ses états est arrivé par hasard au meilleur moment. Je commençais à m'intéresser à des univers plus adultes, sûrement en quête d'identification. Les passions que l'on nourrit adolescent ont cette force sans commune mesure avec les autres qu'on y met tout de soi, comme si elles nous définissaient. Pour le jeune homme studieux à lunettes que j'étais, bourré de complexes, Woody, c'était une version désirable de l'intellectuel plein d'esprit névrosé qui tombait les plus belles filles. Ce que moi, je n'arrivais pas à faire.

Woody Allen deviendra au cinéma le «symbole du citadin névrosé du XXe siècle»

L'ironie veut que Woody Allen ait décrit ce même processus dans un de ses premiers scénarios, Tombe les filles et tais-toi (Play it Again, Sam). Il y joue un homme d'une vingtaine d'années dingue du film Casablanca qui se retrouve un peu perdu après avoir été quitté par sa femme. Il va donc chercher conseil auprès d'un Humphrey Bogart imaginaire. Le film s'amuse alors du fossé existant entre les héros romantiques de l'Hollywood d'antan et l'homme des années 1970. Entérinant au passage que les protagonistes qui portaient nos aspirations au cinéma n'étaient plus tout à fait les mêmes.


Dans son livre The Ultimate Woody Allen Film Companion, Jason Bailey explique que le succès de l'humoriste américain au cinéma a accompagné une redéfinition de la masculinité, et de ce qui était sexy à l'écran: 

«Des acteurs comme Robert Redford, Paul Newman ou Warren Beatty ont dû faire de la place à des Dustin Hoffman, Gene Hackman ou Al Pacino, des stars qui ressemblaient à de vrais gens. Comme l'analysera la critique Diane Jacobs, Woody Allen deviendra le “symbole du citadin névrosé du XXe siècle”. Woody Allen, lui-même l'expliquera dans d'autres termes: “C'est le public qui a défini mon personnage. Ils riaient davantage à certaines choses. Forcément, c'est ce que j'ai gardé”.»

C'est la victoire d'un esprit égocentrique plein d'autodérision et de sarcasme, bien conscient des limites du pouvoir de la raison

Il y avait donc pour moi chez les personnages qu'incarnait Woody Allen dans ses films une juste distance entre identification et idéal. Ils étaient autant des alter ego que des modèles vers lesquels tendre. À la fois d'humour, d'intelligence, d'assurance, de sophistication. Malgré toutes leurs névroses ou leurs relations conflictuelles, ils indiquaient une voie à suivre. 

Discours/expérience

Surtout, ces quelques traits si chers aux personnages de Woody Allen restent encore aujourd'hui à mes yeux des valeurs essentielles. Il y a notamment chez eux une manière de ne pas se prendre au sérieux que je trouve particulièrement inspirante. C'est la victoire d'un esprit égocentrique plein d'autodérision et de sarcasme, bien conscient des limites du pouvoir de la raison. Il faut rire et rire de soi d'abord.

Dans L'Homme irrationnel, le personnage du professeur de philosophie incarné par Joaquin Phoenix a ainsi un regard très critique sur l'importance que l'on accorde aux discours, à la pensée. Jusqu'à ses propres écrits. Chez Woody Allen, il y a toujours à la fois cette méfiance de l'importance que l'on pourrait s'accorder et ce penchant pour le bon sens, pour l'expérience. Dans Manhattan, il y a cette célèbre scène où il évoque un rassemblement de nazis à venir dans le New Jersey et propose d'aller les accueillir avec des battes de baseball quand ses interlocuteurs préfèrent louer un dessin satirique paru dans la presse.

Il présente toujours des personnalités complexes qui ne se laissent pas réduire à un seul trait

Confronter nos approches existentielles

Woody Allen rend le goût de l'esprit accessible car il est un intellectuel sans l'être. Il présente toujours des personnalités complexes qui ne se laissent pas réduire à un seul trait. Ses personnages aiment autant les discussions philosophiques, les livres que le sport, l'architecture ou le sexe (pratiqué seul ou à deux), ajoutant encore par cette épaisseur à l'effet de miroir tendu vers le spectateur. À ce titre, il est intéressant de noter que Woody Allen est probablement celui qui a dressé parmi les portraits de femmes les plus complexes de tout le cinéma contemporain que ce soit dans des films comme Une autre femmeAlice ou Blue Jasmine. Le jeu de projection/identification va donc bien au-delà du personnage icônique que lui-même incarne à l'écran.

Dans la combinaison même de plusieurs personnages d'un même film, Woody Allen oppose souvent différentes façon d'appréhender le monde. Ils incarnent différentes réponses aux problèmes posés de sorte que l'œuvre n'impose pas un message unilatéral. Un sens universellement admis. C'est à chacun de chercher en lui comment il se positionnerait. Un bon exemple se trouve dans Minuit à ParisOwen Wilson et Marion Cotillard ont chacun la possibilité de se retrouver projetés dans une époque du passé qu'ils idéalisent. Doivent-ils vivre dans le fantasme ou revenir à la réalité? Le film offre deux réponses. 

L'impunité du mal

Dans L'Homme irrationnel, on peut se retrouver dans l'approche plus désabusée d'Abe Lucas (Joaquin Phoenix) et Rita (Parker Posey), l'autre professeure déterminée à le séduire, ou dans l'idéalisme juvénil de Jill (Emma Stone) comme dans Vicky Cristina Barcelona déjà, Penelope Cruz, Scarlett Johansson et Rebecca Hall incarnaient chacune un rapport singulier à la vie, du plus passionnlé au plus raisonnable. Dans Café Society, entre le frère qui jouit de ses crimes, l'oncle communiste à l'implacable rigueur morale, l'oncle agent pris dans le monde de l'égo et des paillettes d'Hollywood, le couple d'amis hédonistes, la tante philosophe, le père terre à terre... Les singularités morales et comportementales sont multiples sans que le film n'y dessine une claire hiérarchie ou un ensemble de valeurs à suivre.

«Whatever works», peu importe tant que ça marche, nous dit l'œuvre de Woody Allen, qui invite chacun à explorer sa propre voie vers le bonheur

Même dans le dialogue qui existe entre tous les films de Woody Allen, il y a des jeux de décalage. Si Crime et délits ou Match Point, par exemple, explorent en profondeur l'impunité du mal, ça ne veut pas dire que tous les criminels sont destinés à s'en sortir. Meurtre Mystérieux à Manhattan, Scoop, Le Rêve de Cassandre ou Blue Jasmine dépeignent, en effet, une toute autre facette. Cette même histoire mais gangrénée par l'échec, la malchance, la folie et la culpabilité.


Pourquoi la vie vaut d'être vécue

«Whatever works», peu importe tant que ça marche, nous dit l'œuvre de Woody Allen, qui invite chacun à explorer sa propre voie vers le bonheur. Puisque nous n'avons qu'une faible maîtrise sur le monde qui nous entoure, puisque nous sommes de toute façon promis à un destin tragique de part notre propre mortalité, puisque nous sommes encombrés de névroses, il devient essentiel de profiter de chaque chose, de chaque illusion qui nous offre un peu de répit.   

Dans Manhattan, Woody Allen adresse directement la question à travers son personnage d'écrivain Ike, qui, au bout des épreuves traversées dans le film, dresse une liste très concrète des choses qui font que la vie vaut d'être vécue. On notera que les réponses dessinent une véritable approche esthétique et sensorielle du bonheur qui mêle à la fois l'art et la vie. Et dont, bien sûr, pour une partie des spectateurs, les films de Woody Allen pourraient faire partie.

 

C'est se faire une bien piètre idée du fantasme que de se figurer que c'est un monde coupé de la réalité

Le philosophe Sanley Cavell

«Raconte des blagues plus drôles»

Ce qui frappe là encore, c'est la modestie de l'approche. Moins qu'un état permanent et illusoire, le bonheur, comme le sens de la vie, sont présentés à la manière de petites choses qu'il faut aller glaner tout autour de soi. Et si le cinéma de Woody Allen nous rendait meilleur en nous faisant prendre conscience qu'il réside dans ces instantanés inscrits dans notre éternité à la manière du montage des souvenirs du final de Annie Hall


Une autre célèbre scène sur le sens à donner à la vie se trouve à la fin de Stardust Memories, tourné juste après Manhattan. Woody Allen y est Sandy Bates, un réalisateur qui, après avoir tourné de nombreuses comédies très populaires, s'est tourné vers le drame pour mieux réfléter l'état tourmenté des existences. Quand il rencontre des extraterrestres dans l'épilogue et qu'il leur demande ce qu'il devrait faire pour aider le monde, la réponse est évidemment pleine d'ironie: «Raconte des blagues plus drôles»

Son œuvre offrait une échappée joyeuse tout en vous faisant réflechir activement au sens de la vie

Julia Pugachevsky, journaliste à Buzzfeed

«On va au cinéma et en sortant on croit au monde»

Le bonheur serait-il donc dans la fuite et l'illusion, le souvenir, le fantasme? Il est intéressant de noter à ce titre que Café Society déborde de noms de stars hollywoodiennes des années 1930 comme autant de songes qui irriguent les principaux personnages à la manière de leur rêve amoureux. Stanley Cavell, philosophe américain qui a beaucoup écrit sur le 7e art, et notamment Le cinéma nous rend-il meilleurs?, insistait sur la manière dont les films n'étaient pas une expérience séparés de la vie.

«C'est se faire une bien piètre idée du fantasme que de se figurer que c'est un monde coupé de la réalité, un monde qui exhibe clairement son irréalité. Le fantasme est précisément ce avec quoi la réalité peut se confondre. C'est par le fantasme qu'est posée notre conviction de la valeur de la réalité. Renoncer à nos fantasmes serait renoncer à notre contact avec le monde», écrit-il notamment dans La Projection du monde.

Dans la liste de notre personnage de Manhattan, l'art joue ce même rôle de contact avec la vie comme suite d'expériences esthétiques. Pas étonnant que lors de mon premier voyage à New York, il m'ait fallu retrouver le banc sur lequel s'assoient Diane Keaton et Woody Allen dans le film, comme une manière d'expliciter physiquement ce lien. De connecter un peu de la magie du cinéma au cœur du réel.

Le cinéaste français Arnaud Desplechin, dans une discussion avec Stanley Cavell pour la revue Esprit en 2008, allait encore plus loin en proclamant:

«On va au cinéma et en sortant on croit au monde. C'est la promesse contenue dans la projection cinématographique.»

Le cinéaste a beau prétendre faire des films pour ne pas avoir à penser à des idées noires, ses œuvres y pensent pour lui

Woody, «la fenêtre la plus parfaite sur la vie»

S'il parlait bien entendu du cinéma en général, je crois cette maxime d'autant plus vraie pour les films de Woody Allen. Dans un long papier de la version américaine du site Buzzfeed la journaliste Julia Pugachevsky est revenue sur sa relation complexe au cinéaste qui l'a «élevée», et sur ce rapport complexe de ses films à la notion d'évasion et de divertissement. 

«Son œuvre était, d'une certaine manière, la fenêtre la plus parfaite que l'on pouvait avoir sur la vie, écrit-elle. Elle offrait une échappée joyeuse tout en vous faisant réflechir activement au sens de la vie, à votre mortalité et à l'infinie étrangeté de l'humanité.» 

Comme le souligne le prêtre Robert E. Lauder dans le film Woody Allen: A Documentary (de Robert. B. Weide) Allen a beau prétendre faire des films pour ne pas avoir à penser à des idées noires –«l'inévitabilité du vieillissement, la mort de ceux qu'on aime, les tueries de masse, la famine, l'holocauste», détaillait-il en 2009 au site NPR–, ses œuvres pensent nos questions existentielles pour lui.


Tout ce que vous avez toujours voulu savoir...

Si les longs métrages de Woody Allen font bien peu de cas du réalisme, leur préférant la fiction, l'imagination et la magie, il se font un plaisir à donner corps, par le biais de fables morales, à toutes les interrogations que l'on peut se poser sur notre conditon humaine. Après tout, un de ses premiers films s'appelle bien: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans oser le demander). Son cinéma porte la promesse d'une exploration complète et morale de notre psyché. Pour mieux nous aider à accepter nos propres failles. D'où aussi son rapport étroit aux rêves et à la psychanalyse.

L'homme physiquement flou d'Harry dans tous ses états comme le cinéaste aveuglé d'Hollywood Ending, c'est nous bien sûr

Il y a chez Woody Allen un sens aigu de la fragilité de l'existence, de l'absurdité qui nous entoure. De notre profonde nature irrationnelle. De la manière dont chaque élement peut aussi bien être tourné en comédie ou en drame selon les points de vue, comme dans le vertigineux Melinda et Melinda. L'homme physiquement flou d'Harry dans tous ses états comme le cinéaste littéralement aveuglé d'Hollywood Ending, c'est nous bien sûr.

Changer le regard

Dans une scène magnifique du film Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, le personnage joué par Josh Brolin se retrouve enfin chez la voisine en face de chez lui, qui l'attirait tant quand il la regardait par la fenêtre. Sauf que d'un seul coup, voilà qu'il entraperçoit sa femme de l'autre côté (jouée par Naomi Watts), seule chez lui. Et qu'il se rend compte qu'il la désire. Désire-t-il ces femmes en particulier ou celles qu'il n'a pas?

Dans un livre touchant, Comment Woody Allen peut changer votre vie, le psychiatre Eric Vartzbed raconte qu'en voyant le film Une autre femme au cinéma, cette histoire d'une femme (Gena Rowlands) qui s'était construit une carapace froide exempte de toute chaleur humaine le «mit face à des difficultés personnelles qui appelaient un travail de compréhension. (...) Un voile s'était déchiré, j'entrevoyais désormais le tour déplaisant qu'avait pris ma vie». Et il en changea.

Le Woody Allenisme est un humanisme

Si les derniers films de Woody Allen ont parfois été critiqués pour leur prétendue misanthropie, le Woody Allenisme est pourtant bien un humanisme. Ses films ne visent pas seulement à dresser un état critique cruel de nos névroses contemporaines. Il a bien le programme de nous rendre meilleurs en nous encouragent à questionner nos attentes, nos points de vue. Et, surtout, à les revoir à la baisse. Le renoncement est l'expérience centrale du héros allénien. 

Pour Stanley Cavell, la promesse de bonheur que contient le cinéma tient moins dans un encouragement à satisfaire ses besoins qu'à les réévaluer

Pour en citer quelques-uns, Woody Allen dans Manhattan réalise qu'il avait tort de traiter avec dédain ses sentiments pour Muriel Hemingway. Mia Farrow dans Alice tourne le dos à son train de vie luxueux pour une condition plus modeste. Julia Roberts dans Tout le monde dit I Love You finit par renoncer à sa fixation sur un amour parfait. Kenneth Branagh dans Celibrity oublie ses rêves de devenir un star, un grand écrivain pour se concentrer sur sa modeste position de journaliste. Woody Allen dans Escrocs mais pas trop renonce à sa vie de criminel. Jason Biggs dans Anything Else rompt avec son agent et sa petite amie. Plus récemment, Owen Wilson finit par tourner le dos au passé dans Minuit à Paris, comme Colin Firth dans Magic in the Moonlight abandonne sa croisade contre l'irrationnel en succombant à l'amour.  

Pour Stanley Cavell, la plus belle promesse de bonheur que contient le cinéma tient moins dans un encouragement à satisfaire ses besoins qu'à les réévaluer. C'est le sens même des comédies du remariage qu'il affectionnait tant. Dans L'Homme irrationnel, une simple scène symbolise toute la philosophie de Woody Allen, celle des miroirs déformants qu'il faut prendre au premier dégré, bien sûr. Oui, nous sommes en réalité plus petits que l'image que nous avons de nous. Il est grand temps de nous regarder dans le miroir, et d'en rire plutôt qu'en pleurer.

 
 
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