Monde

La négociatrice du TTIP dément avoir dit que son mandat «ne provenait pas du peuple européen»

Temps de lecture : 2 min

Alors que les manifestations contre le traité de libre-échange transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis continuent, la commissaire européenne chargée du commerce et des négociations durcit le ton.

Cécilia Malmström / Security & Defence Agenda via FlickrCC License by
Cécilia Malmström / Security & Defence Agenda via FlickrCC License by

Cet article publié le 13 octobre a été mis à jour le 16 afin d’y intégrer la réponse de Cécilia Malmström à John Hilary.

Le 10 octobre 2015, il y avait environ 150.000 et 250.000 personnes dans les rues de Berlin pour protester contre le traité transatlantique de libre-échange, le TTIP. Quelques jours auparavant, une pétition de plus de 3 millions d’Européens était remise par le collectif Stop TAFTA (l’autre nom du traité) à la Commission européenne. C’est dans ces conditions que John Hilary, le directeur de l’organisation caritative anti-pauvreté War on Want, engagée contre le TTIP, s’est rendu à Bruxelles pour discuter avec Cécilia Malmström.

La commissaire européenne chargée du commerce et donc des négociations avec les États-Unis est en fonction depuis le 1er novembre 2014. Elle a repris les pourparlers laissés par son prédécesseur, Karel de Gucht, qui défendait bec et ongle le traité transatlantique depuis le début des négociations en mars 2013.

«Lors de notre rencontre, j’ai montré à Malmström toute l’opposition qu’il y avait au TTIP en Europe, a témoigné John Hilary dans une tribune pour The Independent. Malmström a reconnu qu’un accord de libre-échange n’avait jamais inspiré une opposition aussi passionnée et répandue. Pourtant, lorsque je lui ai demandé comment elle pouvait continuer sa promotion persistante du traité devant une opposition publique aussi massive, sa réponse fut froide: “Mon mandat ne provient pas du peuple européen.”»

Démenti de la Commissaire européenne

Dans un droit de réponse publié le 15 octobre 2015 par The Independent, Cécilia Malmström nie avoir prononcé cette phrase. «Il est inutile de dire que John Hillary a le droit à son point de vue. Mais il dénature complètement le mien», a-t-elle déclaré, avant de surenchérir:

«Je n'ai jamais rejeté les droits démocratiques de la population européenne. Ce serait impensable pour moi. Un élément-clé du mandat que les États membres de l'Union européenne m'ont donné est la protection des services publics et le maintien de la protection des consommateurs. La Commission européenne n'aurait aucun intérêt à un accord qui minerait ces choses.»

«Ne croyez pas tout ce que vous lisez. Voici pourquoi les affirmations de John Hilary à mon propos dans les colonnes de The Independent sont alarmistes et un piège à clics.»

Entreprises de lobby

La commissaire européenne avait d'ailleurs reconnu dans une interview au Tagesspiegel cet été qu’elle serait «folle de nier qu’il y a un débat houleux dans de nombreux pays. Au total, il y a probablement dans l’Union européenne une majorité en faveur, mais c’est plus une majorité silencieuse». Elle avait également souligné son action de transparence «jusque-là sans précédent» en publiant en ligne de nombreux documents. Lors du dernier round des négociations, environ 400 représentants de la société civile avaient été invités. Cependant, la consultation des documents a été durcie depuis juillet. Ils ne sont accessibles que dans les salles de lecture sécurisées de Bruxelles, pour limiter les fuites.

Dans un rapport publié en octobre 2015 avec plusieurs ONG, l’organisation War on Want a critiqué le traité transatlantique et les relations avec les lobbys des entreprises. «Ce n’est pas un secret que les négociations du TTIP sont faites pour servir les intérêts des entreprises plutôt que l’intérêt public», avait conclu lapidairement John Hillary dans sa tribune.

Slate.fr

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