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Imaginez-vous dans l’espace un instant

Anousheh Ansari, première femme touriste de l’espace, au bord de la fusée Soyouz TMA-9 en route vers la Station spatiale internationale, le 18 septembre 2006 | REUTERS/NASA/Handout

Anousheh Ansari, première femme touriste de l’espace, au bord de la fusée Soyouz TMA-9 en route vers la Station spatiale internationale, le 18 septembre 2006 | REUTERS/NASA/Handout

Prêt à vous envoyer en l’air? Feuille de route pour une mise en orbite idéale.

«T’as ton permis vaisseau, toi?» Voilà ce que vous serez peut-être amenée à demander à l’heure de l’apéro dans un futur proche afin d’organiser une petite virée cosmique pour un énième EVJF. Au programme: concours de binge-drinking suborbital, soirée mousse au Mooncumba sur la base lunaire et strip-club en apesanteur. Avec pour seul mot d’ordre: ce qui se passe dans l’espace reste dans l’espace.

On peut toujours rêver qu’Easy Jet ouvre une ligne quotidienne vers l’ISS et en fasse le nouveau Mykonos. Mais la dure réalité, c’est que le vol spatial touristique reste un brin élitiste et coûte encore entre 30 et 50 millions de dollars. Donc, à part s’appeler Dennis Tito ou Guy Laliberté, la seule façon pour vous de décoller dans le cosmos, c’est encore d’aller voir Seul sur Mars de Ridley Scott (sortie le 21 octobre prochain), dernier guide de l’espace made in Hollywood qui, à l’image de ses prédécesseurs (Star Trek, Star Wars, Alien, Starship Troopers…) livre sa propre vision de notre future vie extraterrestre, du petit café du matin aux grandes balades dans le désert. Mais est-ce qu’on vit dans l’espace comme dans les films? Stylist vous dit ce qu’on y fait vraiment.

1.On fume

Dans l’espace, on grille autant de clopes que Patsy Stone dans les taxis. La loi anti-tabac? Connais pas.

La preuve dans Alien, le huitième passager, de Ridley Scott, où l’équipage fume à volonté sur le pont principal du vaisseau. Aussi repéré: l’acteur Idris Elba qui, dans Prometheus, fume un joint en décorant un sapin de Noël.

Crédibilité: zéro. «C’est totalement débile, assure l’astrophysicien Roland Lehoucq. Dans un vaisseau, l’air est limité et donc recyclé. Allumer une cigarette est techniquement faisable mais faire brûler un objet quelconque reviendrait à gaspiller inutilement du dioxygène, indispensable à la survie de l’équipage. La combustion va en plus libérer des particules qui risquent d’aller se loger dans un appareil et de provoquer un dysfonctionnement. Ce serait dangereux pour ne pas dire dramatique. Et je ne vous parle pas des risques d’incendie…» OK, et vapoter? «Oubliez aussi. L’apesanteur ne permettra pas au liquide de la cigarette électronique de bien se diffuser.»

2.On se promène en slip

Bien au chaud dans son vaisseau, on peut apparemment déambuler en petite tenue et ça ne dérange personne. C’est vrai que côté vis-à-vis, on est tranquille.

Libre à vous de vous balader à poil et de créer une station orbitale nudiste

Roland Lehoucq, astrophysicien

La preuve dans Gravity, d’Alfonso Cuarón. Avant de partir détruire soixante ans d’exploration spatiale humaine en moins de temps qu’il n’en faut pour choper une MST dans un club échangiste, Sandra Bullock fait une pause bien méritée dans l’ISS en débardeur et petite culotte. Un hommage à la tenue de Sigourney Weaver dans Alien?

Crédibilité: totale. «Sur l’ISS, il y a une température ambiante. Sinon, à cause du flux du rayonnement solaire et des appareils en marche, le lieu deviendrait tropical en trente minutes. Donc libre à vous de vous balader à poil et de créer une station orbitale nudiste», indique Roland Lehoucq. Même si Patrick Rocher, astronome à l’Observatoire de Paris, nuance: «Pour des raisons d’apesanteur et d’hygiène, je pense que l’on doit un minimum être habillé pour éviter que les particules qui s’échappent de la peau (desquamation) et du corps se “promènent” un peu partout.»

3.On fait l’amour

Faire du sexe dans l’espace reste l’un des fantasmes absolus mis en scène dans certains films de SF. Pornhub compte d’ailleurs financer le premier porno extraterrestre via crowdfunding. Tournage prévu en 2016. C’est parti pour la «sexploration».

La preuve dans Solaris de Steven Soderbergh, dans lequel George Clooney se jette dans une étreinte passionnée avec sa femme tout juste retrouvée. Vu aussi dans Spaceballs, où le capitaine se fait un plan à trois. 

Crédibilité: à démontrer. «Officiellement, rien n’a jamais été expérimenté, souligne Roland Lehoucq. Officieusement, certains disent que ça l’a été [en 1982, la cosmonaute Svetlana Yevgenyevna Savitskaya aurait essayé avec l’un des deux autres occupants de la station, Leonid Popov ou Alexander Serebrov]. Concrètement, je ne vois pas où est le problème.» Pas de difficulté d’afflux sanguin et d’érection? «Ce sont des conditions difficiles mais c’est physiologiquement possible. Surtout après quelques jours, une fois que le corps s’est habitué à l’apesanteur et que le sang circule à nouveau normalement. Après, il faut être acrobate et s’accrocher pour se stabiliser. De ce point de vue-là, je fais confiance à l’inventivité humaine.»

4.On mène la vie de palace

L’espace, ça n’est pas l’armée et ses lits de camp de trente centimètres de large confinés dans un lieu restreint. Ce serait plutôt ambiance Beyoncé dans la suite royale du Meurice avec terrasse et ascenseur privatif, s’il vous plaît. 

En apesanteur, on ne peut pas dormir simplement allongé sur un matelas. Les astronautes se couchent dans des sacs de couchage et doivent être attachés et sanglés aux parois

Patrick Rocher, astronome à l’Observatoire de Paris

La preuve dans Battlestar Galactica, où le capitaine Adama a droit à une pièce aussi grande qu’un T3 dans le Xe arrondissement. Dans 2001, l’Odyssée de l’espace, la scène finale montre une chambre spatiale énorme décorée de moulures et de dorures avec un lit king size. 

Crédibilité: nulle. «Actuellement dans l’ISS, le volume est compté. À 20.000 dollars le kilo à la construction, vous ne vous permettez pas de faire des chambres privées», avance Roland Lehoucq. «En apesanteur, on ne peut pas dormir simplement allongé sur un matelas, complète Patrick Rocher. Les astronautes se couchent dans des sacs de couchage et doivent être attachés et sanglés aux parois dans une zone spéciale dévolue au repos.» Intimité et confort, zéro.

5.On cultive sa bouffe

Comme dans Candide, où le héros voltairien finit par cultiver son propre jardin, les passagers de vols spatiaux se plaisent aussi à retrouver le sens de la vie… en plantant quelques graines. 

La preuve dans Seul sur Mars, de Ridley Scott. Matt Damon, astronaute botaniste abandonné sur la planète rouge, y recrée un champ de patates. Dans Sunshine de Danny Boyle, l’équipage déterre des légumes pour les cuire à la poêle.

Crédibilité: moyenne. «Sur une planète, grâce à la gravité, on peut cultiver, mais seulement si on y apporte les éléments nécessaires comme l’eau et le sol terrestre», indique Patrick Rocher. En effet, selon une étude néerlandaise d’août 2014, les sols martien et lunaire, vides de matières organiques, rendent la pousse des plantes quasi impossible. Pourtant, la Nasa vient d’annoncer la découverte d’eau liquide sur Mars… «Attention! Même si une atmosphère semblable à celle de la Terre est créée, plusieurs variables sont à considérer: l’accélération de la pesanteur plus faible sur Mars (3,711m/s2 contre 9,807m/s2 sur Terre) et l’ensoleillement moins fort…» Et cultiver ses carottes dans un vaisseau? «On a réussi pour la première fois, il y a deux mois, à faire pousser des petites salades dans l’ISS, ajoute Roland Lehoucq. Mais sans pesanteur, c’est compliqué: comment expliquer à une plante qu’elle doit grandir verticalement?» La politique agricole commune galactique, c’est pas pour demain.

6.On vieillit moins vite

Quitter la Terre, c’est un peu la cure de jouvence ultime et ça permet de faire de sacrées économies sur ses séances de Botox. «Space is the new lifting.»

En trois ans dans le cosmos lointain vous gagnez une demi-seconde, pas plus

Roland Lehoucq, astrophysicien

La preuve dans Interstellar. Quand Matthew McConaughey et Anne Hathaway reviennent sur le vaisseau après trois heures d’exploration sur la planète Miller en orbite à proximité d’un trou noir, leur coéquipier resté à bord les a attendus pendant vingt-trois ans. À la fin du même film, quand McConaughey revient sur Terre après deux ans de voyage, il a officiellement 124 ans mais en paraît toujours 40.

Crédibilité: Réelle mais exagérée. «Outre les trous noirs qui peuvent provoquer des distorsions extrêmes de l’espace-temps comme dans Interstellar, concrètement ce n’est pas le fait d’aller dans l’espace qui a un effet. C’est être dans un champ de pesanteur différent, explique Roland Lehoucq. Par exemple, les horloges des satellites en orbite autour du globe terrestre se décalent chaque jour par rapport aux horloges sur Terre. Mais c’est infime. Le cosmonaute Padalka qui vient de rentrer après un record de 879 jours cumulés dans l’espace a seulement rajeuni de 1/50 de seconde. Donc, c’est vraiment dérisoire. Je dirais qu’en trois ans dans le cosmos lointain vous gagnez une demi-seconde, pas plus.»

7.On se douche

Vous le savez, la sécheresse est uniquement un problème de terrien. Dans le far far space, on n’a que faire des politiques de restrictions d’eau qui poussent les stars hollywoodiennes à vider leur piscine.

La preuve dans Planète rouge. L’actrice Carrie-Anne Moss prend une douche à rallonge comme si elle avait un ballon d’eau chaude de 200 litres à dispo rien pour que pour elle. Idem dans le film Starship Troopers, où les soldats discutent calmement en se savonnant sous le pommeau.

Il faut actuellement cinq heures pour envoyer un message enregistré à la sonde Horizon au-dessus de Pluton

Patrick Rocher, astronome à l’Observatoire de Paris

Crédibilité: aucune. «Comme l’air, l’eau, qui est envoyée avec les vivres de façon régulière depuis la Terre vers la station, est limitée et recyclée. Pendant longtemps, on “prenait sa douche” en se lavant avec une lingette imprégnée, explique Roland Lehoucq. Maintenant, sur l’ISS, il y a aussi un vrai caisson de douche minuscule. Mais dans l’espace, sans pesanteur, l’eau ne coule pas et s’accumule sur le corps puis forme une couche qui recouvre la peau. Les astronautes doivent ensuite utiliser un système d’aspiration pour enlever complètement l’eau qui aurait pu se loger dans le nez et les oreilles. Bref, ça reste compliqué et ça n’est pas très relaxant.»

8.On surfe à la vitesse de la fibre

Pas de problème de réseau dans l’univers. C’est déjà la 5G+. Les galaxies ont une couverture réseau à 100% et les forfaits avec option appels, SMS et data illimités sont gratuits. 

La preuve dans Seul sur Mars, où l’équipage reçoit des messages vidéo enregistrés depuis l’autre bout de la galaxie. Et dans Star Wars, les planètes appellent les vaisseaux pour savoir où en sont les opérations de l’Alliance Rebelle.

Crédibilité: modérée. «Si vous êtes en orbite autour de la Terre, a priori pas de soucis pour communiquer. Comme pour la radio, les communications se font par ondes électromagnétiques avec une transmission à la vitesse de la lumière, décrypte Patrick Rocher. Sur l’ISS, les astronautes vont sur le net et contactent directement leur famille. À titre d’exemple, les liaisons radio Terre-Lune (384400 km de distance) ne prennent environ qu’une seconde. Mais plus la distance est grande, plus l’intensité du signal reçu est faible et plus on s’éloigne de la Terre, plus les transmissions sont longues. Il faut actuellement cinq heures pour envoyer un message enregistré à la sonde Horizon au-dessus de Pluton.» En gros, le «Allô la Terre, ici Enterprise. Tu peux passer prendre le pain stp?», vous l’oubliez.

 

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