Sports

«Tu me prêtes ta serviette?» et autres moments gênants sortis des vestiaires

Sophie-Marie Larrouy et Stylist, mis à jour le 15.10.2015 à 16 h 25

Après le sport, le vestiaire. Là où les caractères se dénudent.

Montage à partir d’une photo Getty Images

Montage à partir d’une photo Getty Images

1.La Didier Deschamps

Addict aux high school movies, vous vous situez entre le coach sportif rentré et la wannabe cheerleadeuse. Le vestiaire est pour vous une occasion de prendre votre shoot de collectif. «Super session cardio», «splendide Sirsasana au cours de yoga»«tu devrais essayer le gainage, ça te va bien»… votre déambulation de vestiaire a des airs de campagne municipale. Vous chauffez votre voisine de casier pour une séance d’étirements sur le carrelage mouillé et distribuez de l’ibuprofène et des poches de glace. À vos yeux, le fait d’évoluer à poil dans un espace restreint avec d’autres gens nus vous autorise à partager la brutalité de vos problèmes gastriques et «ce kyste chelou, là, regarde, sous mon sein gauche».

Bien au chaud, au creux de votre fantasme de coupe du monde féminine 2015, vous allez jusqu’à rappeler à l’ordre avec un coup de fil en direct live du vestiaire vos consœurs qui ne sont pas pointées à «l’entraînement» depuis trois jours «pour l’exemple». Peut-être parce que mardi dernier, vous leur avez demandé, baume du tigre brandi, de vous masser le moyen fessier…

Exercice d’assouplissement: limitez votre désir de motivation des troupes à un pouce levé vite fait en cours quand votre pote exécute un nouveau truc. Et contactez rapidement une fédération sportive quelle qu’elle soit.

2.L’instagrammeuse #workinghard

En sortant du cours de Body-CAF Attack combat-Pump, votre visage ne prend jamais cette teinte rose Tagada de fin de course et vos soquinettes ne se font pas la malle au bout du bout de vos baskets. Parce que vous êtes É-QUI-PÉE. Et aussi parce que… vous feignez de faire du sport. Comme la majorité des gens sensés, le principe d’agiter vos membres de manière répétitive jusqu’à ressentir une irrépressible envie de crever vous laisse assez froide. Sauf si vous avez le droit de garder votre casquette New Era pour chiller sur l’elliptique en fredonnant le dernier album de The Weeknd. 

Car ce qui vous éclate, c’est le lifestyle de vestiaire. La simple idée de pouvoir délacer ostensiblement vos nouvelles Nike Flyknit fluo sur le banc, de vous moisturizer d’huile de marula en buvant votre matcha glacé vous met en transe. On s’attend presque à découvrir derrière la porte de votre locker le Pinterest le plus cool de la planète. Vous vous laissez même parfois aller au selfie post-shower: #chilling #jaitoutdonne #ironwoman #commeunsouneuf. À vos yeux, les autres n’existent donc pas. Quelle chance.

Exercice d’assouplissement: parlez aux gens. Et laissez votre smartphone à la dame de l’accueil. Déchargé. Et cette casquette tant qu’à faire.

3.L’assistante maternelle

Affable, didactique et empathique, vous abordez le vestiaire comme s’il s’agissait d’une classe de moyenne section. Après avoir tenu le mollet de la prof d’Extreme Zumba, ex-parachutiste à la retraite, à la fin de son cours pour lui donner des conseils (alors qu’elle vient d’imposer cent pompes au mec arrivé une minute en retard), votre parcours est chorégraphié façon Millepied. BIM, placement de serviette microfibre en écharpe. BAM, immobilisme du mascara. BOUM, la clé tapie dans la petite poche pensée à l’intérieur du fuseau, déjà dans le locker. Vous avez même le temps d’aider «tous ces bout’chous cro mignons» à appuyer sur le bouton pour obtenir deux minutes supplémentaires de douche. Le cœur tout mou, vous ne pigez pas pourquoi toutes ces filles arrogantes refusent que vous leur mettiez de la crème dans le dos.

Coach toi-là

Une fois sortie du vestiaire, il faudra bien vous mettre à transpirer. Trois coachs, trois ambiances.
 
Le discours qu’il livre à son équipe de foot américain (qui traverse une mauvaise passe) a inspiré tout un tas de vrais entraîneurs. Son «on apprend que la vie se joue centimètre par centimètre» devrait vous aider à tenir sur le tapis de course.
 
Sa méthode pour faire gagner ses pom-pom girls? Les «faire vivre dans un état de peur constante, en créant un environnement de terreur irrationnelle et arbitraire». Vous devriez voir votre prof de biking d’un œil plus indulgent.
 
«Quand on a un but, on s’expose à ne pas l’atteindre alors que, quand on en n’a pas, au moins y a pas de déception. Et ça, je vous le garantis, c’est fou ce que ça peut être reposant.» À mater les soirs où vous avez encore séché l’escalade.

Votre cerveau trop discipliné a fait de vous une folle de la pochette. Vous avez même pensé à en consacrer une à vos chaussettes de sport. Car vous avez eu l’idée de prendre une paire de chaussettes propres, histoire de protéger vos pieds scrubbés de près des mycoses dites «de l’athlète». Côté gestion du temps, vous êtes aussi sidérante que l’appli Clear: vous parvenez à sortir vos affaires du vestiaire ET réaliser un point agenda ET manger une barre protéinée SANS JAMAIS faire tomber la culotte de la gêne. Le tout en dix minutes, douche comprise.

Exercice d’assouplissement: non, une séance de body balance n’est pas une occasion de transmettre vos notions d’anatomie à votre voisine de suée. Humilité et silence: les deux mamelles de la gym tonique et épanouie.

4.La belle toute nue

Vous étiez de celles qui préféraient rester en demeure, la clim’ à bloc à partir du 15 mai, plutôt que de promener en public un bout de votre silhouette jugée trop arrondie. Mais ça, c’était avant. Grâce au mannequin grande taille Ashley Graham, au néo-burlesque, à Jill Scott et William Carnimolla (euh… non), votre religion se pratique en slip et très à l’aise dans votre enveloppe corporelle. Fini les stratégies de transformiste pour ne pas vous montrer à poil devant vos consœurs d’exercice. Vous êtes passée de chrysalide à papillon en tanga.

Dans les vestiaires, ça se traduit par une attitude façon clip de Beyoncé. Larges coups de spray de déo torse nu; sortie de douche serviette pliée au carré sur le bras, dévêtue; ramassage d’objets échoués au sol cul nu; convers’ avec une meuf habillée debout dans le couloir AVANT d’avoir remis votre culotte (mais comment faites-vous?)… le tout avec un sourire complice et encourageant. On s’attend presque à vous voir sortir dans la rue en baskets, et c’est tout. Votre promenade de vestiaire frise le statement féministe. Respect.

Exercice d’assouplissement: aidez-nous. Écrivez une méthode, créez un lieu. Mais, on vous en supplie, arrêtez de faire tomber des trucs par terre.

 

Sophie-Marie Larrouy
Sophie-Marie Larrouy (1 article)
Journaliste
Stylist
Stylist (169 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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