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«J’avais décidé de rompre avec l’amour et il a tout remis en question»

«Femme devant le coucher de soleil» (env. 1818), de Caspar David Friedrich | via Wikimedia Commons (domaine public)

«Femme devant le coucher de soleil» (env. 1818), de Caspar David Friedrich | via Wikimedia Commons (domaine public)

Cette semaine, Lucile conseille une femme qui hésite à fermer la porte à une histoire à peine naissante par peur de souffrir.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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J’ai rencontré T. il y a plusieurs années. Un homme qu’on n’oublie pas, même si nous ne nous étions croisés que deux jours. Je n’avais éprouvé aucun désir, j’avais juste aimé et admiré la personne. Une belle personne touchante, blessée mais debout, sortant d’un drame. C’était il y a cinq ans.

On est restés en contact. Irrégulier, via Facebook ou SMS. La vie filait, et il avait assez vite rompu avec la femme par laquelle nous nous étions rencontrés (une très proche, que j’appellerai D.). Je gardais prudemment mes distances, et me débrouillais pour ne pas le revoir. Il restait pourtant juste amical, mais j’avais... comme une sensation d’appel du pied dans ses mots et messages, qui me troublait et me dérangeait, et à la fois je craignais de «me faire des idées», d’autant plus troublantes qu’interdites par la situation (D. ayant souffert de leur rupture et ayant du mal à «décrocher»).

Nous nous sommes revus il y a six mois environ, sur sa demande. Une première fois très sympa et finalement détendue, entre «potes» même si les conversations n’ont pas eu peur d’aborder l’intime. Nos vies, nos désillusions, nos envies, nos chagrins, nos coups de gueule, nos enfants, notre avenir... Nous avons récidivé. Il a passé plusieurs fois la nuit chez moi, dans la chambre d’amis. Nos soirées filaient à discuter, nous ne parlions quasiment plus de D., c’était simple, fluide, doux, gai… Juste bien. Il me plaisait, c'est indéniable. Et un truc passait entre nous. Mais je me refusais à l'envisager.

Et puis, il y a quelques semaines, en fin de soirée, j’ai senti un flottement entre nous. Troublée, j’ai pris la fuite et j’ai filé me coucher précipitamment. Mais il était là, ce trouble majeur. Et chez lui aussi puisque, quelques temps après, il a abordé le sujet, m’a tendu la perche, m’a écrit qu’il avait envie de plus, que je lui plaisais (je me suis rendu compte qu’il était fin observateur et se souvenait de beaucoup de choses)... et, finalement, pourquoi ne pas basculer ensemble puisque nous en avions clairement très envie tous les deux et partagions les mêmes feelings? Et il est venu. Quatre jours où nous avons été exactement les mêmes qu’avant avec juste l’intime en plus, sexe, baisers et caresses. J’étais étrangement sereine et calme. Mais ces quatre jours de fluidité et de douceur m’ont fait chanceler. Il m’a touchée, même si j’ai essayé de ne pas le montrer ni le dire.

L’amour me plonge vite dans un état de dépendance douloureux

Je suis une femme mûre, j'ai beaucoup de galères affectives derrière moi dont un ex-mari pervers narcissique, trop de souffrances alors que j’ai le cœur fragile. Il y a quelques mois, après plusieurs déceptions et une rupture excessivement violente qui m’a laissée sur le carreau quelques semaines façon black-out, j’ai décidé de rompre avec l’amour, pour de bon, d’y renoncer. Pour ne plus pleurer car la dernière fois m’a été quasi fatale et que je ne veux plus descendre aussi bas. Ce n’est pas un jeu qui me fait du bien, sans doute pas fait pour moi. Il faut dire que je suis une hyper sensible et hyper émotive qui, si elle dégage une grande assurance, est plutôt un petit oiseau perdu!! ^^ Et que l’amour me plonge vite dans un état de dépendance douloureux. Je me suis donc inscrite sur un site, je ne rencontre volontairement que des hommes mariés (parfois très chouettes), ainsi c’est sans risques, donc sans douleurs: des histoires cadrées qui ne peuvent pas déraper, avec un deal de départ. Et je suis bien comme ça: c’est drôle, sexy, et ça ne fait pas de mal, c’est déjà beaucoup pour moi, suffisant pour me maintenir en équilibre et plutôt heureuse, sans attentes, angoisses ou peines.

Mais il vient de tout remettre en question. Car dès qu’il est reparti, lui vers sa vie et moi dans la mienne, j’ai ressenti un grand vent de panique et les larmes sont montées direct. Nous n’avons pas parlé de nous, de ce que nous voulions vivre ensemble, ou pas. J’ai des nouvelles depuis, mais je ne les trouve pas sur le même ton (je suis très sensible aux mots, les décortique à l’infini), je n’ose pas lui demander franco ce qu’il a ressenti, lui... et de quoi il a envie avec moi, exactement, aujourd’hui. De visites érotico-amicalo-épisodiques ou d’une vraie histoire. Je sais juste qu’il souhaiterait revenir, sans plus de détails ou de promesses.

Et moi je panique, flageole, je ne sais plus où je vais, si cela vaut la peine, si je me trompe, si nous sommes chacun trop blessés pour envisager quoi que ce soit. Je voudrais juste que cela reste joli, mais je ne veux plus avoir mal, ni pleurer, alors que déjà je me plonge dans l’angoisse après cette unique rencontre sur un autre mode relationnel. Je me dis que je devrais peut-être fermer tout de suite la porte à cette histoire. Qu’il est trop tard, que cela va être trop difficile, trop douloureux, moi qui ne souhaitais que du simple et du léger. C’est compliqué... et ça fait déjà mal.

I.

Chère I,

À ce stade de votre vie, avec les expériences que vous avez accumulées et qui ont forgé ce que vous êtes aujourd’hui, vous avez tout à fait le droit de vous protéger. Personne ne vous jugera sur le fait que vous ayez besoin de légèreté, d’histoires sans lendemains. Ou, en tout cas, personne ne sera en droit de le faire.

Il y a, dans son attitude, une promesse qu’il semble vous faire: celle de ne pas avoir l’intention de vous faire souffrir

Je ne souhaite mettre en avant qu’un seul fait: la vie vous offre une seconde chance. Parce qu’un amour aussi respectueux, aussi généreux et aussi simple est une chance. L’homme qui vous fait douter a souffert lui aussi, il doit certainement aussi avoir besoin de se protéger. Pourtant, il vous écrit. Il ne fait pas de promesses pour ne pas vous faire peur et parce qu’avec l’expérience on sait bien qu’on n’arrive jamais à les tenir. Mais il y a, dans son attitude, une promesse qu’il semble vous faire: celle de ne pas avoir l’intention de vous faire souffrir.

Je ne vais pas vous mentir: il me semble que cette histoire, qui ne demande qu’à éclore, a plus à vous offrir qu’à vous donner des remords. La souffrance est partout; si vous en protéger est la voie que vous décider de prendre alors je vous souhaite, en toute sincérité, bon courage. Se mettre en couple ne protège pas des peines et des tristesses, loin de là, mais cela donne une force supplémentaire pour les supporter et les dépasser.

À la croisée des chemins où vous situez aujourd’hui, il n’y a pas de mauvais choix. Il vous semble que l’un est plus sûr que l’autre mais il ne vous protège pas des déconvenues ni de la solitude. Autant que l’autre ne vous protège pas à jamais de la douleur ou des larmes. Puisque, ces sentiments qui sont tellement durs à supporter, vous pouvez être sûre de les ressentir à nouveau, choisissez plutôt votre bonheur. Quel amour, quels plaisirs et quelles joies allez-vous vous permettre pour la suite? Vous êtes seule maîtresse de ce choix et, tout en ayant peur du mal, n’oubliez pas d’espérer votre bonheur. 

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