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Les astronautes seront bientôt encore plus sexy

L’astronaute Nicole Stott, de la mission STS-128, le 1er septembre 2009 | REUTERS/NASA/Handout

L’astronaute Nicole Stott, de la mission STS-128, le 1er septembre 2009 | REUTERS/NASA/Handout

L'homme qui se cache derrière les ailes des anges Victoria Secret tente de créer une nouvelle génération de combinaisons spatiales.

De nos jours, on ne se met plus sur son trente-et-un pour prendre l’avion. En revanche, pour voyager dans l’espace, il faut encore revêtir une tenue particulière (ou il le faudra très bientôt). Quand on pense à un astronaute, on imagine souvent la combinaison spatiale blanche emblématique des missions Apollo. Ces unités de mobilité extravéhiculaires, ou EMU, dans le jargon de la Nasa, coûtent plusieurs millions de dollars et ont connu bon nombre d’améliorations subtiles depuis les années 1960. Mais l’esthétique générale du bonhomme Michelin a toujours perduré. C’est en partie dû au fait que, pour les concepteurs de la combinaison, il n’y a pas lieu de changer quelque chose qui fonctionne. Et c’est un principe très utile quand on fabrique un des systèmes de survie les plus complexes qui existent au monde.

Et pourtant, maintenant que de plus en plus d’entreprises se lancent dans la course au tourisme spatial, l’idée de ces tenues de survie est en train d’évoluer pour des combinaisons qui non seulement maintiendraient les astronautes en vie mais qui seraient aussi jolies à regarder. Quand Elon Musk a fait appel à Orbital Outfitters, une entreprise fondée par un accessoiriste d’Hollywood, pour dessiner une nouvelle combinaison pour les futurs astronautes de SpaceX, il a précisé que les tenues devraient avoir l’air «badass». Comme le montre l’ultimatum de Musk, la nature commerciale de cette nouvelle course vers l’espace signifie que la combinaison de demain devra faire plus que garder son occupant en vie: elle devra également vendre un produit.

Les spécificités fonctionnelles et les challenges de conception d’une combinaison sont différents lorsqu’elle est prévue pour des activités extravéhiculaires (EVA), qui nécessitent de sortir de la navette, ou intravéhiculaires (IVA), comme le lancement, l’entrée dans l’atmosphère ou l’atterrissage. Une combinaison EVA doit être capable de protéger son occupant des radiations, de températures pouvant aller de 120 degrés à -160 degrés Celsius, mais aussi de l’ébullisme, la formation de bulles d’air dans les fluides corporels qui survient dans des environnements à basse pression. De leur côté, les combinaisons IVA sont essentiellement des solutions de secours en cas de problème à bord de la navette spatiale, comme une dépressurisation. Il s’agit ni plus ni moins d’un masque à oxygène qu’on trouve dans tous les avions, mais en version combinaison intégrale. Leur rôle est de maintenir les astronautes en vie suffisamment longtemps pour qu’ils se mettent à l’abri. (Des combinaisons qui cumulent les deux fonctions existent et ont été utilisées lors des missions Apollo, Gemini et Skylab, même si la majorité des tenues se cantonnent à une seule fonction depuis les années 1980.) Comme on peut s’y attendre, le coût de ces combinaisons est astronomique: le prix varie autour de 12 millions de dollars pour une combinaison EVA et autour de 180.000 dollars pour une combinaison IVA.

«Garder en tête le corps humain»

Il est probable que personne ne comprenne aussi bien la relation entre l’esthétique, la fonction et le coût que Ted Southern, le cofondateur de Final Frontier Design, un entreprise basée à Brooklyn et dont la mission est de concevoir et de fabriquer la prochaine génération de tenues de sécurité spatiales pour la Nasa et les vols commerciaux.

Southern a un parcours très différent des employés typiques de la Nasa. Il a fabriqué les ailes d’ange des défilés Victoria Secret et a construit des costumes gonflables pour le spectacle ONE du Cirque du Soleil qui est joué à Las Vegas sur la musique de Michael Jackson. Son expérience fait de lui une exception dans une industrie qui a toujours été dominée par des multinationales aérospatiales. Mais pour lui, c’est ce qui donne à Final Frontier Design un avantage. Selon lui, «quand on crée des costumes, il faut toujours garder en tête le corps humain. C’est lui qui est au cœur de l’assemblage. Plus on est proche du corps humain en terme de forme et d’apparence, plus on sera sexy».

La combinaison de demain devra faire plus que garder son occupant en vie: elle devra également vendre un produit

Southern et Nikolay Moiseev, le chef designer et ingénieur de Final Frontier Design, se sont lancés dans la quête d’une combinaison spatiale améliorée (et plus sexy) quand ils sont arrivés en seconde place du Astronaut Glove Challenge de la Nasa en 2009, un concours visant à récompenser le meilleur design de gant d’astronaute. Le gant est sans aucun doute l’aspect le plus compliqué d’une combinaison spatiale, à cause de ses nombreux joints et espaces négatifsqui rendent la tâche particulièrement difficile quand on cherche à maintenir une certaine pression moyenne dans un espace donné. Les gants pressurisés moulants qu’ils ont conçus ont permis d’obtenir plus de maniabilité et de sensations tactiles pour l’utilisateur, ce qui représente une amélioration significative par rapport aux modèles actuels de la Nasa. D’ailleurs, en août dernier, la Nasa a récompensé l’entreprise en lui offrant son premier contrat pour la livraison d’un gant à contre-pression mécanique fonctionnel d’ici l’été prochain.

Le duo espère concevoir une combinaison qui pourrait être utilisé pour les vols orbitaux de la Nasa. Ils voudraient obtenir un contrat pour fournir une combinaison plus légère, moins coûteuse et plus confortable que le modèle actuel de la Nasa, qui comprend des composants dont les brevets datent des années 1950. Leur objectif est de créer une combinaison qui coûterait environ 80.000 dollars, c’est-à-dire 100.000 dollars de moins que la combinaison IVA actuelle.

Même si Southern et Moiseev ont fabriqué des composants pour des combinaisons EVA, ils souhaitent pour le moment se concentrer sur les systèmes IVA: «Pour l’instant, le seul marché pour une combinaison EVA est celui de la Nasa. Aucune de ces nouvelles entreprises spatiales ne va proposer d’activité extravéhiculaire avant un moment.» Le duo est optimiste et assure que les travaux quils effectuent aujourdhui sur les vêtements pressurisés pourront aider les conceptions EVA du futur. En revanche, ils sappuient sur lidée que les combinaisons pressurisées à gaz resteront le standard de demain pour les astronautes, une perspective remise en doute par les avancées effectuées dans le domaine des combinaisons à contre-pression mécanique.

Confort et esthétique

Dava Newman, l’administratrice adjointe de la Nasa et professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT), est à la tête de ces avancées en contre-pression mécanique. L’année dernière, elle a dévoilé le BioSuit, une combinaison EVA formant une seconde peau pour les astronautes et qui applique la pression voulue (un tiers d’atmosphère) pour empêcher l’ébullisme. Même si les premiers prototypes de combinaisons à contre-pression mécanique ont été créés par la Nasa au début des années 1970, les recherches dans ce domaine ont finalement été abandonnées à cause du manque de matériaux adaptés pour en faire une alternative viable aux combinaisons pressurisées à gaz. Le BioSuit ainsi que le tout dernier contrat accordé aux gants de Final Frontier suggèrent que ce temps est bien révolu.

Avec les combinaisons pressurisées à gaz, un astronaute gaspille la grande majorité de son énergie à essayer de se déplacer. On a voulu changer ce paradigme

Dava Newman, administratrice adjointe de la Nasa et professeure au MIT

Le BioSuit a mis quinze ans à voir le jour. Il est constitué d’un maillage de petites bobines qui se contractent en réponse à la chaleur, un vrai problème physique portable qui devrait résoudre une des principales difficultés liées aux combinaisons spatiales d’aujourd’hui. «Avec les combinaisons pressurisées à gaz qu’on utilise à l’heure actuelle, un astronaute gaspille la grande majorité de son énergie à essayer de se déplacer, explique Newman. On a voulu changer ce paradigme.»

En permettant aux astronautes d’enfiler et d’enlever le BioSuit en utilisant une fraction de l’effort nécessaire pour son concurrent encombrant et pressurisé, ces derniers pourront conserver leur énergie. C’est un facteur qui va devenir crucial pour les voyages spatiaux de longue durée. Pour atteindre des destinations telles que Mars, il faudra prévoir plus de sorties extravéhiculaires que toutes celles que les humains ont réalisées jusqu’à aujourd’hui. Chaque BioSuit sera créé sur-mesure pour convenir à son utilisateur grâce à des scanners en trois dimensions de leur silhouette.

En revanche, même si le BioSuit est un triomphe d’ingénierie, les challenges techniques n’ont représenté qu’une moitié de la difficulté, tout comme pour la combinaison IVA de Final Frontier. «On a vraiment cherché à privilégier l’esthétique et le confort, raconte Newman. Quand on est amenés à passer beaucoup de temps dans un système de survie, il faut considérer ces facteurs humains comme des priorités.»

La révolution la plus remarquable dans l’esthétique des combinaisons spatiales est probablement l’attention portée à la forme humaine. Les combinaisons du futur seront de plus en plus adaptées à chaque individu. Un des nombreux avantages de cette avancée selon Newman est qu’on pourra facilement faire la différence entre les hommes et les femmes astronautes en un seul regard. Les concepteurs font également de plus en plus attention à certains aspects de la combinaison qui étaient jusqu’ici limités à des considérations purement fonctionnelles, comme la couleur. Le BioSuit est quadrillé de rouge et noir sur fond blanc, ce qui a pour effet de créer une sorte de carte topographique du corps de l’astronaute. Newman et son équipe ont travaillé avec des étudiants de l’École de Design du Rhode Island pour créer une combinaison qui est à la fois futuriste et résistante. Quand on dessine la haute couture de notre futur extraterrestre, pas besoin de sacrifier le style à la sécurité.

Il faudra encore attendre un moment avant d’assister à la première Fashion Week martienne. Mais avec un peu de chance, il faudra attendre encore plus longtemps avant de voir des gens voyager dans l’espace en jogging.

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