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Prêts participatifs aux entreprises: la nouvelle bulle?

Qui veut prêter de l’argent à sa start-up préférée? | 401(K) 2012 via Flickr CC License by

Qui veut prêter de l’argent à sa start-up préférée? | 401(K) 2012 via Flickr CC License by

Les plateformes de prêts en ligne commencent à devenir un moyen de diversification efficace pour le financement des petites entreprises, avec de nouveaux créditeurs: des particuliers. Des sites de financement par la foule qui arrivent à point nommé mais ne survivront pas tous.

Quinze à vingt-cinq milliards d’euros viendraient à manquer aux petites et moyennes entreprises par an, soit près de cent milliards sur cinq ans en France. Selon le rapport «Dynamiser l’épargne financière des ménages pour financier l’investissement et la compétitivité» remis au Premier ministre, la réforme bancaire dite «Bâle 3» a pour conséquence de limiter les crédits accordés aux plus petites entreprises.

Les PME pourraient alors trouver une alternative… sur internet et directement auprès de particuliers. «Les normes limitent le champ d’action des banques, qui réduisent les prêts aux petites et moyennes entreprises, surtout quand il s’agit d’investissement non matériel comme de la recherche et développement ou des travaux de rénovation, confirme Nicolas Lesur, fondateur de la plateforme Unilend, un des précurseurs dans le financement des entreprises par la foule. Et c’est là que nous pouvons offrir une solution.»

C’est ainsi que de nouvelles plateformes internet se développent sur le marché des prêts aux entreprises. Il s’agit du «crowdlending», littéralement «le prêt par la foule». Des centaines de particuliers financent ainsi quelques dizaines d’euros à la fois des projets d’entreprises contre une rémunération attractive. «Dans l’ensemble cette activité pourrait permettre de prêter entre 10 et 15 milliards d’euros par an, quand le marché sera mature dans l’Hexagone», estime Olivier Goy, fondateur de Lendix, qui vient de lancer son premier financement en mars 2015. Selon l’association Financement Participatif France, les fonds collectés par le biais du crowdlending sont déjà en forte augmentation. Ils sont passés de 47,9 millions d’euros en 2013 à 88,4 millions d’euros en 2014. Sur le seul premier semestre 2015, 85,2 millions d’euros supplémentaires ont été collectés.

Pleine expansion

Pourtant, il y a seulement deux ans, seul un site internet proposait aux PME un financement par «la foule»: Unilend. «Depuis nous avons pu lever plus de 13 millions d’euros sur notre plateforme au profit de plus de soixante-dix entreprises», explique Nicolas Lesur, fondateur de cette plateforme, qui vient de signer une augmentation de capital de 8 millions d’euros en mars 2015. Si cette stratégie a permis à Unilend de prendre de l’avance, elle est désormais de plus en plus concurrencée. Une ordonnance datée du 30 mai 2014 a ouvert ce marché, mettant fin au monopole bancaire sur les prêts rémunérés. Depuis, Lendopolis, Finsquare et Lendix, Bolden, Prêtgo et Crédit.fr… ont vu le jour. Et ces plateformes ne seront pas les seules à se créer si l’on en croit le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance, l’Orias. «Nous avons déjà accepté cinquante plateformes d’intermédiaire en financement participatif (IFP), explique Grégoire Dupont, secrétaire général. À ce jour, une petite dizaine de dossiers sont en cours d’instruction.»

Nous étions spécialisés dans le crowdfunding de dons mais nous sentions un fort intérêt pour celui de prêts

Vincent Ricordeau, cofondateur de hellomerci et Lendopolis

Cette multiplication des start-ups du crowdlending ne doit rien au hasard et répond à un intérêt du grand public lui-même. Alors que la plateforme de dons contre dons KissKissBankBank a déjà fait ses preuves (38 millions d’euros collectés), le groupe a décidé de se diversifier avec hellomerci, dédié aux prêts solidaires entre particuliers, et Lendopolis, pour permettre à des particuliers de prêter à des entreprises. «Nous étions spécialisés dans le crowdfunding de dons mais nous sentions un fort intérêt pour celui de prêts, explique Vincent Ricordeau, cofondateur de ces plateformes en ligne. Au bout d’un an, nous avons déjà collecté 3 millions d’euros sur Lendopolis. Cela a été trois fois plus vite que sur KissKissBankBank.»

Recherche d’équilibre

Mais il y a un «mais»: une des principales difficultés pour les entreprises de crowdlending est de devenir un tiers de confiance. En effet, si les rendements sont attractifs, le risque de perdre sa mise est conséquent: si l’entreprise débitrice est en incapacité de rembourser, faute de trésorerie, les particuliers créditeurs perdent purement et simplement leur mise. Pour rassurer les particuliers, les plateformes doivent alors limiter le risque de défaut en sélectionnant les entreprises pouvant demander un financement sur leur site.

Or ces plateformes offrent une alternative au financement des banques... qui se concentrent déjà sur les dossiers les moins risquées. «Nous ne pouvons en effet pas être compétitifs par rapport aux meilleurs projets, pour lesquels les banques se battent déjà, explique Olivier Goy, de Lendix. Mais nous ne devons pas pour autant prendre en charge les dossiers qu’elles refusent.»

En parallèle, les entreprises de crowdlending peuvent également succomber à la tentation d’abaisser leurs critères de sélection. Elles ont en effet besoin de volumes importants, ce qui peut se faire au détriment de l’exigence porté aux dossiers avant de les mettre en ligne. «Les plateformes se rémunérant avec une faible commission sur les crédits octroyés, de 3 à 6%, il leur faut plusieurs dizaines de millions d’euros de prêts accordés pour être rentables», confirme Nicolas Lesur. Atteindre à la fois le volume nécessaire tout en maintenant le taux de défaut à un faible niveau ne sera pas à la portée de toutes les start-ups de crowdlending.

Risque de concentration

Tous les acteurs du marché parient alors sur une forte concentration du secteur dans les années prochaines. «Nous estimons que seuls trois ou quatre leaders en crowdlending auront une chance de s’imposer», confirme Vincent Ricordeau. Beaucoup vont donc disparaître… au détriment de ceux qui y ont investis et qui perdront leur mise.

Les établissements bancaires se mettent en position d’observateur engagé

Françoise Palle-Guillabert, délégué général de l’association française des sociétés financières

Pour survivre dans ce climat très concurrentiel, les start-ups du crowdlending cherchent des alliés de poids. Or les investisseurs institutionnels possèdent les liquidités nécessaires pour faire décoller le marché et permettre à certaines plateformes d’atteindre le volume nécessaire à leur réussite. Les banques françaises, notamment, commencent à s’intéresser au crowdlending. Chez Lendix, le premier investisseur en valeur est la banque Wormser Frères, qui co-investira jusqu’à 5 millions d’euro sur la plateforme. Unilend, pour sa part, s’est entendu avec Groupama Banque. Ce dernier s’est engagé à investir pas moins de 100 millions d’euros en quatre ans sur des projets présentés sur le site!

«Les établissements bancaires se mettent en position d’observateur engagé», analyse Françoise Palle-Guillabert, délégué général de l’association française des sociétés financières. Les établissements restent précautionneux mais tentent une première incursion sur ce marché émergent. «Elles s’engagent car elles ne veulent pas rater une évolution du marché du prêt dans des structures qu’elles estiment solides ou proches de leur fonds de commerce», ajoute Françoise Palle-Guillabert. Ainsi dans cette course à la taille critique, il semblerait que les acteurs de la finance traditionnelle entendent bel et bien jouer un rôle de premier plan sur ce nouveau marché alternatif.

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