Monde / Société

L’héritage de Henry Kissinger, ange et démon du gouvernement américain

Temps de lecture : 2 min

L'apport de l'ancien secrétaire d'État américain à la politique internationale de son pays est toujours sujet à controverse.

Le président Gerald Ford et Henry Kissinger (à droite) discutant sur la pelouse de la Maison Blanche en août 1974 Thomas J. Halloran via Wikimedia CC License by

Du point de vue de la postérité, Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État américain, avait tout pour être un intellectuel géopolitique influent, un conseiller du prince obscur mais puissant ou un homme d’État marquant. Il fut tout ça à la fois. Proche du Républicain Richard Nixon, conseiller à la Défense nationale dès 1969 puis premier diplomate du gouvernement américain à partir de 1973, et ce, jusqu’en 1977 (il passe entre les gouttes de la tempête du Watergate, dans laquelle il est pourtant mouillé), Henry Kissinger apparaît comme la tête pensante de la politique étrangère américaine, aux yeux de ses thuriféraires comme de ses détracteurs. Le site Politico a cependant voulu voir de plus près cette statue du commandeur après la parution d'une nouvelle biographie. La rédaction a demandé à des historiens, des biographes, des géopolitologues d’exercer leur droit d’inventaire sur ce personnage. Son apport à la politique américaine s’est-il finalement révélé bon ou négatif? Son bilan est-il immense ou surestimé?

Interviewé à cette occasion, l’historien Luke Nichter explique: «On se divise autour de son héritage car il reste toujours très actuel: on a déjà passé presque cinq fois plus de temps à débattre de ses initiatives qu’il n’en a passé à les mener.»

Si les différents interlocuteurs donnent chacun une image différente de Kissinger, ce juif allemand émigré au Nouveau Monde à l’âge de 15 ans, ils se retrouvent à peu près tous sur un point: on en a trop fait avec lui, et on a minimisé la part énorme de Nixon dans sa politique extérieure.

«Sens du vent»

L’action de Kissinger dans l’exécutif américain est souvent résumée à une détente avec l’URSS de Brejnev et le rapprochement avec la Chine de Mao. Mais Gary Bass voit surtout sa main derrière la crise sanglante entre le Pakistan et le Bangladesh nouvellement indépendant en 1971. Les Américains avaient alors soutenu le Pakistan, allant jusqu’à lui envoyer des armes illégalement grâce à Kissinger. L’historien poursuit: «Sur des bandes, on l’entend ricaner à la Maison Blanche à propos des Américains se faisant “un sang d’encre” pour les “Bangladais mourants”.»

David Greenberg, professeur d’histoire et spécialiste des médias à l’université Rutgers, va plus loin encore: «Henry Kissinger est peut-être la figure publique la plus surestimée de notre époque. [...] Ses idées n’ont jamais exercé une grande influence dans le monde universitaire et, la plupart du temps, il a suivi le sens du vent soufflant chez les Républicains.» D’autres, à l’inverse, estiment que son travail a préparé le monde de l’après-Guerre froide. Pour se faire une idée de ce personnage, encore consulté de temps à autres, il faudra encore attendre un peu.

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