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En 1989 au pôle Sud, des scientifiques est-allemands ont pris la chute du mur de Berlin pour une ruse de la Stasi

Timbre est-allemand de 1988 représentant la station de recherche de la RDA en Antarctique Georg-Forster | Deutsche Post der DDR via Wikimedia Commons (domaine public)

Timbre est-allemand de 1988 représentant la station de recherche de la RDA en Antarctique Georg-Forster | Deutsche Post der DDR via Wikimedia Commons (domaine public)

Le 10 novembre 1989, les scientifiques est-allemands en mission à la station Georg-Forster ont cru que la Stasi leur faisait subir un test psychologique.

Le 17 octobre 1989, quatre scientifiques est-allemands se sont envolés pour l'Antarctique pour y former sur place durant un an et demi six autres chercheurs en vue d'une prochaine expédition au pôle Sud. Ils étaient alors loin de se douter qu'ils ne reverraient jamais leur pays, la RDA.

Quelques jours après leur arrivée à la station de recherche est-allemande Georg-Forster, située sur la Terre de la Reine-Maud, le mur de Berlin s'effondrait. L'hebdomadaire Der Spiegel a rencontré un des membres de la mission, le géophysicien Ulf Bauerschäfer, qui se souvient que, lorsque le physicien radio du groupe a surgi dans la salle commune le 10 novembre en leur annonçant en criant qu'à 15.000 kilomètres de là, à Berlin, «les gens [dansaient] sur le Mur», lui et les autres membres de l'équipe ont cru d'abord à une ruse de la Stasi:

«Nous avons dit: “Non, ce n'est pas possible, ils sont en train de nous faire subir un test psychologique.”»

Conversation fraternelle

Réunis devant le poste de radio, les dix membres de la mission au pôle Sud ont suivi les évènements de cette nuit historique suspendus aux lèvres des speakers de la Deutsche Welle, la chaîne de radio ouest-allemande internationale. Et, chose qui jusque-là était impensable, les explorateurs est-allemands se sont décidés à contacter par radio une autre équipe scientifique allemande qui se trouvait au même moment en mission dans l'Antarctique: deux chercheuses ouest-allemandes basées à 800 kilomètres de là. Non sans craintes, comme l'explique au Spiegel Gerhard Schlosser, le commandant de la mission:

«Au début, chacun d'entre nous devait réfléchir à ce qu'il disait. C'était une fréquence ouverte à tous.»

Personne ne savaient si la Stasi, jusqu’alors toute-puissante, n'était pas en train d'écouter cette conversation fraternelle entre chercheurs est- et ouest-allemands.

Le 3 octobre 1990, ils célébrèrent en hissant le drapeau allemand tricolore sur le toit de la station de recherche à la place du drapeau de l'Allemagne communiste

Bien qu'ils eussent des craintes concernant leur avenir professionnel en voyant tout le système est-allemand s'effondrer, les scientifiques ont poursuivi leur mission, observant les aurores boréales, documentant les mouvements de la glace et mesurant la qualité de l'air et de l'eau. Le 3 octobre 1990, ils célébrèrent la Réunification des deux Allemagnes en hissant le drapeau allemand tricolore sur le toit de la station de recherche Georg-Forster à la place du drapeau de l'Allemagne communiste et invitèrent des équipes de chercheurs soviétiques et indiens qui étaient en mission dans les environs à un dîner arrosé de bière, de schnaps et de vin mousseux, comme ils le racontent dans le documentaire Eiskalt vereint de la réalisatrice allemande Anna Schmidt, sorti en 2010.

À leur retour en Allemagne en mars 1991, les membres de l'expédition avaient perdu leur emploi, et la plupart d'entre eux se mirent alors à travailler dans le secteur privé. La station Georg-Forster fut fermée en 1993 et son démantèlement s'acheva trois ans plus tard. Seule une plaque commémorative, incluse depuis 2013 dans la liste des monuments historiques de l'Antarctique, rappelle sobrement le passé du lieu:

«Antarktisstation
Georg Forster
70° 46' 39” S
11° 51' 03” E
von 1976 bis 1996»

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