Sciences / Égalités

Non, les scientifiques n’ont pas trouvé un «gène gay»

Temps de lecture : 2 min

Plusieurs médias anglo-saxons ont relayé une étude clamant avoir trouvé un «gène gay». Une affirmation fausse.

Une séquence d'ADN, via Pixabay.
Une séquence d'ADN, via Pixabay.

Ces derniers jours dans la presse anglo-saxonne on pouvait lire des titres comme «Un test ADN peut prédire votre homosexualité», «Des scientifiques trouvent un “gène gay“ qui peut aider à prédire votre sexualité» ou encore «Des chercheurs expliquent qu’un changement dans un gène montre qui est gay».

Au-delà de l’emballement médiatique, ces affirmations proviennent d’abord d’une étude menée par une équipe de chercheurs de la célèbre université de Los Angeles, UCLA. Lors de la conférence American Society of Human Genetics 2015, Tuck Ngun, co-auteur de l’étude, a expliqué avoir trouvé plusieurs marqueurs épigénétiques (des changements chimiques de l’ADN qui n’affectent pas la séquence) qui seraient associés à l’homosexualité chez les hommes.

Pourtant, comme le raconte The Atlantic, l’emballement médiatique cache de profondes divisions au sein de la communauté scientifique présente ce jour-là à la conférence. Pour mieux comprendre cette suspicion qui entoure le travail de Tuck Ngun, il faut regarder le détail de ses travaux. Il a basé ses analyses sur 37 paires de jumeaux hommes dont l’un était homosexuel et l’autre hétérosexuel, et sur 10 autres paires de jumeaux hommes, tous homosexuels. «Il a analysé 140.000 régions dans le génome des jumeaux et a cherché des marqueurs appelés méthylations, des Post-It chimiques qui disent où et quand les gènes sont activés», écrit The Atlantic. Après des ajustements sur le nombre de régions étudiées, il a construit un modèle de calcul pour comparer ces marqueurs et l’orientation sexuelle des patients.

Et c’est là que les résultats posent problème pour de nombreux scientifiques. La classification de la sexualité des jumeaux n’était correcte que dans 67% des cas, et seuls cinq méthylations ont été conservés. Le fond du problème tient aussi dans la division faite entre les deux groupes de personnes testées, le premier ayant servi de base pour créer un modèle de calcul, et le second qui a été retenu pour les tests définitifs. Les chercheurs ont brisé une règle fondamentale en ne gardant que le modèle qui s’est révélé le plus précis lors des analyses sur le groupe test, deux choses qui doivent être faites individuellement l’une de l’autre normalement. Pour être clair, privilégier un modèle avec aussi peu d’échantillons à analyser ne devrait pas permettre de titrer de telles conclusions.

«Ce que nous avons, au final, écrit The Atlantic, c’est une expédition sous-alimentée qui a utilisé des statistiques inappropriées et qui s’est accrochée à des résultats qui pourraient être faussement positifs. Les marqueurs épigénétiques pourraient bien être impliqués dans l’orientation sexuelle. Mais cette étude, malgré ce qu’elle affirme, ne le prouve pas et n'était pas construite pour le prouver.»

Pour le professeur John Greally, du Albert Einstein College of Medicine, il est tentant de tirer des conclusions hâtives, mais comme il l’a écrit sur son blog, «nous ne pouvons plus donner de la crédibilité à des études pauvres si ce champ d’étude veut survivre. Et par "pauvre", je veux dire impossibles à interpréter.»

Tuck Ngun a depuis fait savoir qu’il avait manqué de moyens et qu’il souhaitait améliorer son étude avec d’autres tests. En espérant que le modèle d’analyse sera lui aussi amélioré.

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