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Il y a un mot important dans le communiqué du Nobel de la paix, et c'est «encouragement»

Le comité Nobel distingue le quartet tunisien. REUTERS/Norsk Telegrambyra.

Le comité Nobel distingue le quartet tunisien. REUTERS/Norsk Telegrambyra.

Comme en cette année 2015 avec le Quartet tunisien, le comité récompense souvent des espoirs de paix, parfois déçus.

«Surtout, ce prix Nobel de la paix doit se comprendre comme un encouragement au peuple tunisien qui, malgré des obstacles majeurs, a posé les jalons d’une fraternité nationale dont le comité espère qu’elle servira d’exemple à suivre pour d’autres pays.» C’est ainsi que la présidente du Comité Nobel Kaci Kullmann Five a conclu le discours annonçant la remise de la prestigieuse récompense au Quartet tunisien pour un dialogue national, composé de l’Union générale tunisienne du travail, de la Confédération tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et de l’Ordre national des avocats de Tunisie.

Dans la galaxie Nobel, on peut recevoir son prix pour un apport concret à un champ d’études (économie, physique, chimie, médecine...) ou un art (littérature) ou l’accomplissement d’une carrière dans le sens de l’intérêt général et des connaissances humaines.

Mais le plus célèbre et le plus politique d’entre eux, le Nobel de la paix, pose un problème aigu: la paix perpétuelle est pour le moment une chimère dont on n’aperçoit pas vraiment la silhouette pour le moment. Partant, le prix Nobel de la paix semble souvent saluer un beau geste, un pas, même timide, fait en direction de la réconciliation des peuples. Alfred Nobel lui-même avait perçu la particularité de cette récompense: «le prix pour la paix pourra être accordé à la personne qui aura accompli le plus grand ou le meilleur travail en faveur de la fraternité entre les nations», avait écrit l’inventeur de la dynamite et fabricant d’armes en 1895 dans son testament. Le mot même d’«encouragement» revient d’ailleurs sans cesse dans les communiqués d'attribution ou les discours de remise ou de réception du Nobel de la paix, comme en cette année 2015.

Le comité Nobel semble être conscient de ne pas renouveler assez souvent les motivations au nom desquelles il distingue telle ou telle personnalité. En 2000, alors qu’il récompense le président sud-coréen de l’époque, Kim Dae-jung, le président de l'époque du comité Nobel, Gunnar Berge, explique:

«Comme si souvent dans l’histoire du prix Nobel de la paix, celui de cette année est un encouragement pour avancer plus loin encore sur la route vers la paix et la réconciliation.»

Kim Dae-jung était célébré pour deux raisons. Il incarnait ce vieux militant de la démocratie en Corée du sud, dont les engagements avaient failli le faire tuer et lui avaient valu plusieurs années de prison dans les geôles du régime autocratique coréen puis d’exil, qui avait aidé à instaurer le pluralisme politique dans son pays jusqu’à en devenir le dirigeant. Mais c’est aussi, et surtout, pour sa «politique du rayon de soleil», visant à un rapprochement avec la Corée du Nord, qu’il se trouvait sous les feux de la rampe. Désireux d’apaiser les relations entre les deux frères ennemis, Kim Dae-jung s’était rendu en juin 2000 à Pyongyang, une première pour un chef de l’État du sud du 38e parallèle. Quinze ans plus tard pourtant, le tableau n’est pourtant pas très différent dans la péninsule.

Avec cette «politique du rayon de soleil», Kim Dae-jung avait une référence avouée: l’Ostpolitik du chancelier d’Allemagne de l’Ouest Willy Brandt. A partir de 1969, l’ancien maire de Berlin, alors chef du gouvernement fédéral, avait résolu de calmer le jeu avec les démocraties populaires voisines, avec l’Union soviétique et surtout l’Allemagne de l’Est. Si, jusqu’aux années 70, les deux Allemagnes se dénient toute reconnaissance politique, l’Ostpolitik les amène bientôt à reconnaître l’existence l’une et de l’autre. C’est ce processus que le Comité Nobel cherche à encourager en 1971, comme l’a très bien compris Willy Brandt dans son discours de réception où le mot d’«encouragement» revient à trois reprises.

Contrairement à «la politique du rayon de soleil», l’Ostpolitik a bien été suivie d’effets. Ce n’est pas le cas des discussions bipartites entre Israéliens et Palestiniens dans le but d’établir une paix durable au Proche-Orient, concrétisées par les accords d’Oslo de 1993. C’est en raison de cet événement historique que le prix Nobel de la paix de 1994 est décerné au Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et à son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, ainsi qu'au leader palestinien Yasser Arafat: «C’est l’espoir du Comité de voir ce prix servir d’encouragement à tous les Israéliens et Palestiniens qui s’efforcent d’établir une paix durable dans la région.» Mais bientôt, l’organisation de Yasser Arafat est débordée la multiplication des attentats tandis que Yitzhak Rabin est assassiné par un militant de l’extrême-droite israélienne. Autant de drames qui emportent avec eux les regrets des partisans de la coexistence pacifique de la Palestine et d’Israël, les accords d’Oslo et le souhait du Comité Nobel.

Parfois, cette notion d'encouragement est tellement poussée qu'elle déclenche une gêne. C’était le cas, en 2009, de Barack Obama, premier étonné de recevoir le prix et qui en avait fait part dans le discours prononcé à cette occasion:

«Peut-être le problème le plus profond autour de cette récompense est le fait que je suis commandant en chef d’une nation qui mène actuellement deux guerres. [...] Je suis le responsable du déploiement de plusieurs milliers de jeunes Américains sur une terre étrangère et parmi eux, certains vont tuer et d’autres seront tués.»

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