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La concorde ne règne pas toujours entre co-lauréats du Nobel de la paix

Une colombe, symbole de la paix. Crédit photo: REUTERS/Thomas Peter

Une colombe, symbole de la paix. Crédit photo: REUTERS/Thomas Peter

Comme d'autres acteurs récompensés par le Nobel, le Quartet du dialogue national tunisien a connu de fortes dissensions.

Comme son nom l’indique, le prix Nobel de la paix récompense «la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix»

Pourtant, entre les quatre organisations membres du Quartet du dialogue national tunisien, lauréats 2015 de la prestigieuse distinction pour leur contribution à la transition démocratique dans le pays, ce n’est pas toujours la paix qui a régné. Une contradiction qui a déjà touché d'autres prix Nobel par le passé.

Un dialogue surnommé «l'âne national»

Sitôt l’annonce des noms du prix Nobel de la paix vendredi 9 octobre, de nombreux internautes ont souligné sur Twitter que les quatre organisations tunisiennes avaient souvent été en conflit depuis 2013, et la création du «dialogue national». 

C'est le cas, par exemple, de David Thomson, ex-correspondant en Tunisie pour la radio RFI.


 Ou d'Élodie Auffray, une journaliste qui a couvert le Printemps arabe tunisien.


Deux moments de fortes tensions

Le Quartet du dialogue national tunisien est un groupe hétéroclite –composé du syndicat UGTT (Union générale tunisienne du travail), de l'Union tunisienne de l’industrie, de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et de l’Ordre national des avocats– qui a été constitué en octobre 2013 pour résoudre la grave crise politique née de l'assassinat de deux figures de la gauche laïque: Chokri Belaïd, tué le 6 février 2013, et Mohamed Brahmi, disparu le 25 juillet 2013.

Deux conflits majeurs ont notamment secoué le travail du Quartet, nous explique Patrick Baudouin, président d'honneur et conseiller juridique de la Fédération mondiale de la Ligue des droits de l'homme, dont la branche locale est impliquée dans le processus. 

«Il y a eu une très forte tension lors de la création du Quartet en octobre 2013 car Ennahda (le parti islamiste qui gouvernait alors la Tunisie) n'était pas disposé à quitter le pouvoir. Ensuite, il y a eu de très fortes dissensions lors de la rédaction de la Constitution, notamment sur la question de la place du religieux.»

Du fait de sa composition hétéroclite, le Quartet a été traversé par de nombreux désaccords idéologiques. «L'UGTT n'était pas très indépendante du pouvoir à l'époque de Ben Ali, et, forcément, il y a eu beaucoup de dissensions entre nous, mais jamais de rupture dans les discussions et il faut le saluer», souligne Patrick Baudouin.

Au palmarès du Nobel, il y aussi la guerre

Dans la liste des personnalités citées pour le prix Nobel 2015, d'autres acteurs pour la paix n'ont pas toujours vécu leur relation sous un ciel bleu plein de colombes blanches. C'était, par exemple, le cas de John Kerry et Mohammad Javad Zarifla, les chefs de la diplomatie américaine et iranienne, qui ont dévoilé en juillet un accord clé visant à empêcher l'Iran de se doter de la bombe nucléaire après des années de tension entre les deux pays. Ils avaient été tous les deux cités comme «nobélisables». 

Dans un passé plus lointain, ont déjà été conjointement récompensés l'Américain Henry Kissinger et le Nord-Vietnamien Lê Đức Thọ (qui avait refusé le prix) en 1973 ou l'Égyptien Anouar el-Sadate et l'Israélien Menahem Begin en 1978. De même, en 1994, l'ancien leader de la Palestine Yasser Arafat, Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien de l'époque, et l'ex-chef d'Etat d'Israël, Shimon Peres, s'étaient vu attribuer le Nobel pour «leurs remarquables avancées dans les négociations de paix entre Israël et la Palestine».

Avant la Déclaration de principe des accords d'Oslo signée en 1993, Yasser Arafat, à la tête de l'OLP, avait même mené une lutte armée contre l'État d'Israël. Et par la suite, jamais un accord de paix ne verra le jour dans le conflit israelo-palestinien. Lors de l'attribution du Nobel 1994, l’un des cinq jurés du comité avait démissionné pour protester contre l’attribution du prix à Yasser Arafat.

Alors évidemment, les dissensions qui ont secoué le Quartet tunisien n'étaient pas de la même nature que celles qui ont opposé Yasser Arafat et Israël –et notons bien que le Quartet tunisien a conduit à bien un processus de stabilisation politique. Mais si les lauréats du prix Nobel de la paix sont récompensés pour un processus global, la paix n'est parfois pas ce qui caractérise le mieux leurs relations. Un paradoxe qui n'aurait peut-être pas déplu à Alfred Nobel, inventeur de la dynamite. 

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