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Pour le candidat républicain Ben Carson, la Shoah aurait pu être évitée si les juifs avaient eu des armes

Ben Carson, le 5 octobre 2015 (REUTERS/Brendan McDermid)

Ben Carson, le 5 octobre 2015 (REUTERS/Brendan McDermid)

Le candidat à l'investiture républicaine multiplie les déclarations sur le droit de posséder des armes après la fusillade dans l'Oregon.

Après la fusillade qui a fait neuf morts le 1er octobre à Roseburg dans l'Oregon, le candidat aux primaires républicaines Ben Carson a fait plusieurs déclarations incendiaires. Quelques jours après la tuerie, il avait écrit sur Facebook

«Il n'y a aucun doute que cette violence est terrible, mais je n'ai jamais vu un corps criblé de balles qui soit plus dévastateur que le fait de nous retirer le droit à porter des armes.»

Carson, un neurochirurgien à la retraite pour l'heure crédité de 17% des intentions de vote –ce qui le place en deuxième position après Donald Trump– a aussi dit que s'il se retrouvait face à un tireur, il ne se laisserait pas faire: 

«Je ne le laisserais pas me tirer dessus. Je dirais: “Eh les gars, il faut tous qu'on l'attaque. Peut-être qu'il peut me tirer dessus, mais il ne peut pas tous nous avoir.»

Point Godwin

Ces déclarations ont beaucoup choqué, ce qui n'a pas empêché le candidat républicain d'en rajouter hier sur CNN, où il a expliqué que si les juifs avaient eu des armes, la Shoah n'aurait pas eu lieu. Pendant l'interview, le journaliste Wolf Blitzer a cité un extrait du livre que vient de publier Carson («A More Perfect Union»):

«Les citoyens allemands ont été désarmés par leur gouvernement à la fin des années 1930, et au milieu des années 1940, le régime de Hitler avait massacré six millions de juifs et de nombreuses autres personnes considérées comme inférieures... En confisquant les armes et en diffusant de la propagande mensongère, les nazis ont pu mettre à exécution leur intentions meurtrières en rencontrant assez peu de résistance.» 

Le journaliste a demandé à Carson de clarifier son propos, et celui-ci a déclaré:

«Je pense que la probabilité qu'Hitler atteigne ses buts aurait été fortement diminuée si les gens avaient été armés. Je vous dis qu'il y a bien une raison pour laquelle les dictateurs confisquent d'abord les armes.»

Dire que le port des armes aurait pu empêcher le totalitarisme nazi est une vieille tradition de l'ultradroite américaine, et par extension, tous ceux qui défendent le contrôle des armes sont associés à des nazis. Après la tuerie de l'école élémentaire de Sandy Hook en 2012, le site conservateur Drudge Report avait illustré un article sur les décrets présidentiels d'Obama sur le contrôle des armes à feu avec une image d'Hitler et de Staline.

La même année, le président de la NRA David Keene avait comparé le gouverneneur de New York Andrew Cuomo à Hitler parce qu'il voulait faire passer des réformes sur les armes à feu. 

«Les gens qui connaissent l'histoire, pas juste en Allemagne mais ailleurs, regardent l'histoire et disent qu'on ne peut pas laisser ce genre de choses arriver ici», avait-il dit.

Les historiens contestent ces théories. Comme l'expliquait l'Anti-Defamation League, une association de lutte contre l'antisémitisme: «un petit nombre d'armes aux mains des juifs allemands qui étaient restés en Allemagne en 1938 (environ 214.000) n'aurait absolument pas pu arrêter le pouvoir totalitaire de l'Etat nazi».

Ce qui n'empêche pas la droite dure américaine de constamment présenter le port d'armes comme le seul rempart contre la tyrannie et le totalitarisme.

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