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L'homme qui remplace Blatter à la tête de la Fifa est tout aussi suspect

Issa Hayatou et Sepp Blatter à Zurich, le 29 mai 2015 | REUTERS/Arnd Wiegmann

Issa Hayatou et Sepp Blatter à Zurich, le 29 mai 2015 | REUTERS/Arnd Wiegmann

Le président de la Confédération africaine de football, Issa Hayatou, remplace le Suisse suspendu provisoirement de ses fonctions par la Fédération internationale de football.

Le comité éthique de la Fédération internationale de football (Fifa) a annoncé jeudi 8 octobre la suspension pour quatre-vingt jours de ses fonctions du président de l'organisation, le Suisse Joseph Blatter, pour «gestion déloyale et abus de confiance». Le président de la Fédération européenne (UEFA), le Français Michel Platini, qui était le favori pour succéder à Blatter, a lui aussi été suspendu de ses fonctions. Une décision qui provoque un choc majeur dans le monde du football, à quelques semaines de l'élection qui doit désigner un successeur à Joseph Blatter, le 26 février 2016.

Engluée dans des affaires de corruption depuis plusieurs mois, la Fifa n'en a cependant pas encore fini avec son passé. Car le remplaçant provisoire de Joseph Blatter à la tête de l'instance dirigeante du football mondial est peut-être encore pire que le modèle original. C'est Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 1988, qui prend les rênes de la Fifa jusqu'aux prochaines élections en vertu de l’article 32 (6) des statues de la Fédération internationale, au bénéfice de son statut de «plus ancien vice-président du Comité exécutif en poste»

Ancien ennemi de Blatter

Il fut un temps, Issa Hayatou était l'un des grands rivaux de Joseph Blatter. Ambitieux, le Camerounais s'était présenté pour la présidence de la Fifa en 2002 face au Suisse, qui cherchait alors à être réélu. Le président de la CAF avait été battu à plate couture, mais n'en a pas gardé de rancune. Depuis, la CAF est une solide base électorale pour Joseph Blatter, qui en retour a versé beaucoup d'argents aux fédérations africaine pour développer le foot sur le continent via les programmes Goal, comme nous l'expliquions en mai dernier.

«L’Afrique est à l’aise avec vous. L’Afrique restera avec vous», avait déclaré Issa Hayatou, lors du congrès annuel de l’organisation qui s’est tenu au Caire le 7 avril 2015. Le 29 mai 2015, les dirigeants africains votaient massivement pour Blatter, réélu pour un cinquième mandat. «Nous avons soutenu Blatter, et nous ne le regrettons pas. Il a beaucoup fait pour le football en général, et notamment pour l’Afrique, en nous permettant d’obtenir la Coupe du monde et en finançant de nombreux projets», avait-il également confié dans une interview accordée à Jeune Afrique.

Quand une tête tombe la guillotine ne s'arrête plus d'en trancher d'autres

Andrew Jennings, célèbre journaliste d’investigation écossais auteur du livre The Secret World of Fifa, nous avait dit ceci dans un entretien téléphonique à propos de l'argent des programmes Goal:

«L’argent des programmes Goal est sans cesse volé. Personne ne sait où il disparaît en Afrique, il n’y a aucune traçabilité des fonds. Les Confédérations asiatiques ou d’Amérique centrale bénéficient aussi des largesses de la Fifa, mais la confédération africaine est particulièrement corrompue.»

Au centre de nombreux scandales

Comme le rappelle l'hebdomadaire Jeune Afrique dans un long portrait d’Issa Hayatou, le président intérimaire de la Fifa traîne de très nombreuses casseroles. 

En décembre 2011, il a été impliqué dans le scandale ISL –la société de marketing qui gérait dans les années 1990 les droits télévisés de la Coupe du monde. L'entreprise s'était rendue coupable de verser des rétrocommissions et Hayatou avait été impliqué dans l'affaire, mais avait échappé à une condamnation. Le dirigeant camerounais est également soupçonné d'avoir été «acheté» par le Qatar pour persuader les fédérations africaines à voter pour la candidature de l'Émirat concernant l'attribution de la Coupe du monde 2022.

Visé par une enquête

Comme Blatter à la Fifa, Hayatou tient son institution d'une main de fer «grâce à un subtil jeu de clientélisme», note Jeune Afrique. Il a été réélu six fois à la tête de la CAF, en 1992, 1996, 2000, 2004, 2008 et 2012, «parfois par acclamations», souligne L'Équipe.

Mais c'est le principe des révolutions: quand une tête tombe la guillotine ne s'arrête plus d'en trancher d'autres. Après la chute de Blatter, Hayatou est lui aussi menacé de fin de règne. Selon L'Équipe, il serait visé par une enquête du comité d'éthique de la Fifa concernant cette fois la candidature commune Espagne-Portugal à l’organisation du Mondial 2018 (qui a été finalement attribuée à la Russie).

Pas de quoi décourager les bookmakers. Si le prince Ali al-Hussein et Michel Platini sont les deux favoris pour reprendre la Fifa, Issa Hayatou est juste derrière.

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