Partager cet article

Achetons à la baisse: en fait, Vincent Labrune est un bon président de l'OM

Vincent Labrune, en octobre 2011. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Vincent Labrune, en octobre 2011. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Les résultats sportifs ne sont pas à la hauteur, mais le dirigeant va peut être réussir à vendre le club après avoir réalisé un bon mercato et repris en main les abonnements, jusqu'ici gérés par les supporters. Tout ça en soignant sa com'. Un exploit?

Vincent Labrune est un intermittent du spectacle. D'ailleurs, l'homme à la chevelure ondoyante ne s'est pas vu autrement depuis qu'il a débarqué à l'OM à la fin des années 2000. Porteur officiel de la parole du président Robert Louis-Dreyfus, Labrune a toujours su, en bon communicant (son premier métier, exercé notamment à TF1), qu'il fallait maîtriser les mots. En particulier les siens. Chez lui, l'art du langage est un art premier, au risque de froisser les supporters qui préfèrent des bons résultats sportifs à une bonne image. Mais voilà, à l'heure du football mondialisé, les premiers sont aussi importants que la seconde. Surtout si, comme Labrune, on envisage de vendre le club au plus offrant, pour parachever le souhait de sa patronne, Margarita Louis-Dreyfus.

Le projet est dans l'air depuis plusieurs années. Il ne déplaît pas aux supporters, qui brocardent Labrune au moins chaque week-end. Prix de vente estimé: 100 millions d'euros. Le même que celui auquel les Qataris ont acheté le PSG, en 2011, ce qui en fait aujourd'hui une affaire en or massif. Ne manque qu'une chose: des gens prêts à conclure l'affaire. Car pour vendre, «il faut des acheteurs, ce qui n’a jamais été le cas», pique Vincent Labrune dans l'Équipe. «Aujourd’hui, il n’y a rien. On a une volonté d’optimiser l’organisation, de professionnaliser le club à tous les niveaux et d’être dans la capacité d’attirer les investisseurs et les sponsors. Pour l’heure, c’est de la fiction.» Pour passer du rêve à la réalité, Vincent Labrune s'active, avec une feuille de route: tous les voyants sont au vert, ou s'en rapprochent, pour faire du club marseillais un produit «attractif», une marque destinée à s'exporter en mondovision. Au désespoir de ceux qui voient encore dans ce club un ascenseur social, ou une machine à fantasmes, pour les minots qui tapent le cuir près du Vélodrome.

«Au 30 juin dernier, les comptes étaient à l’équilibre», plaide encore Labrune. «Nous allons entrer dans un cycle vertueux, avec une hausse des recettes au stade, une prochaine augmentation des ressources télévisées, une baisse de notre masse salariale et de nos charges. Le club est sain et il n’a pas de dettes.» Bref, le bilan du président de l'OM est excellent. Et s'il est dans le viseur des supporters, c'est précisément parce qu'il a pour objectif de «nettoyer» un «produit» qui, pour l'instant, n'est pas assez conforme aux canons du marketing désiré par les investisseurs étrangers potentiels. «Nous avons eu des approches venant de pays du Golfe, mais la tendance n'est plus trop à des investissements massifs de leur part», argumentait un proche du groupe Louis-Dreyfus, toujours à L'Equipe. «Les Chinois se concentrent sur leur marché intérieur et les Russes sont refroidis par la France. S'ils rachètent un club, ils savent qu'ils auront la brigade financière sur le dos dès le lendemain.»

Finances assainies

Comme à la bourse, l'OM est une valeur en baisse: c'est donc le moment idéal pour acheter. Certes, le mercato n'a pas encore fait des merveilles au niveau sportif, car le club végète à la limite de la relégation. Mais il a permis d'assainir les finances de l'entreprise. Adieu Imbula, Gignac, Payet, Thauvin, Morel, Ayew... Une hécatombe. En l'espace de quelques semaines, l'OM a perdu la majorité de ses titulaires (dont certains voulaient rester au club) et s'est délesté, dans le même temps, d'une bonne partie de sa masse salariale, tout en engrangeant des sommes records, grâce notamment aux flux financiers venus de Premier League et de ses droits télés. En retour, le recrutement de Lassana Diarra apparaît déjà comme le très bon coup du mercato, puisque l'ancien madrilène vient d'être rappelé en Équipe de France et tient les rênes de l'effectif, après moins de dix matchs sous ses nouvelles couleurs.

Ce recrutement fait figure de symbole de la méthode Labrune. Des coups de bluff et une communication soignée au couteau, comme lorsqu'il découvre, entre deux portes de vestiaire, la démission surprise de Marcelo Bielsa au soir du premier match de l'OM. Labrune est une victime. Quelques jours plus tard, il fusille l'ancienne idole, démonte sa version des faits, mais jure que Bielsa aura contribué à transformer le fonctionnement du club... Un membre du staff dira même: «La situation actuelle n’est pas si catastrophique. Il a rendu l’OM plus performant dans bien des domaines.» Une pirouette, un enrobage, un écran de fumée: le style Labrune est en place. Et il ne plaît pas à tout le monde, Jean-Michel Aulas en tête. Surtout depuis que Labrune s'est fendu d'un courrier aux instances de la Fédération pour démontrer au foot français qu'il était sous la mauvaise influence du président lyonnais. Le taulier Aulas a prédit à son homologue marseillais un avenir à court terme: «Labrune est un guignol qui ne va pas durer longtemps dans le foot.» Mais veut-il seulement y rester?

Sur le plan administratif, l'OM est désormais propriétaire de son centre d'entraînement, la Commanderie. Le stade Vélodrome a récemment été rénové et expose son toit blanc majestueux, tandis que le club y a négocié un loyer plutôt avantageux (3 millions d’euros hors taxe par an, contre 8 millions d’euros conseillés par la Chambre régionale des comptes).

Fin d'un système vieux de vingt-cinq ans

Mais il y a mieux. Beaucoup mieux. Une sorte de mini-plan Leproux à la sauce marseillaise (même s'il faut se méfier de cette expression). Pour la première fois depuis les années 1980, l'OM va gérer lui même ses abonnements. C'est la fin d'un système vieux de vingt-cinq ans, mis en place à l'époque par Bernard Tapie lui-même. D'aucuns disent que c'était pour garnir des tribunes alors clairsemées. Tapie, lui, a une autre explication, livrée à La Provence:

«La seule et unique raison qui nous a obligés à céder les abonnements en virage aux groupes de supporters, c'est qu'à l'époque il n'y avait pas de place numérotée dans les virages. C'étaient des gradins en ciment. Nous ne pouvions donc pas vendre d'abonnement. Dès qu'on avait atteint le nombre de places que la préfecture nous avaient permis de vendre, on était bloqués.»

Il n'empêche: cette décision de «reprise en main» des abonnements s'est faite dans la douceur d'un automne qui débute, puisqu'il y a longtemps que les groupes de supporters proposent cette formule à la direction. Une réunion entre direction et associations a ainsi «acté le principe d'une commercialisation intégrale et exclusive de la billetterie du stade Vélodrome par le club». Un accord «historique», selon les mots du club, même si, quelques heures après, l'un des groupes de supporters –le Club central des supporters de l’OM (CCS)– contestait l'accord et mettait en avant des pressions. Après les incidents du match OM-OL et ce Valbuena pendu dans les tribunes, on voyait mal comment il pouvait en être autrement.

C'est un coup double pour l'OM et Vincent Labrune. Le club gagnera plus d'argent: le manque à gagner était estimé à près d'un million d'euros. Et il pourra désormais mieux surveiller ses supporters. C'est simple: avec cette mesure, c'est toute l'image du club qui se lisse. En sourdine, le message lancé aux investisseurs est clair: plus de sécurité dans les travées. Même si Tapie n'y croit pas: «C’est une très bonne décision mais en tant que telle, ce n’est malheureusement pas ça qui réglera tous les problèmes de sécurité. On ne peut pas mettre des CRS partout.» Encore un petit effort et, grâce à Vincent Labrune, l'OM ressemblera au PSG version Qatar?

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte