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Devinette: combien de prix Nobel de la paix ont déjà bombardé des hôpitaux?

Messages laissés sur les locaux de Médecins sans frontières après le bombardement américain (REUTERS/Denis Balibouse)

Messages laissés sur les locaux de Médecins sans frontières après le bombardement américain (REUTERS/Denis Balibouse)

Le chef de l'État américain s'est excusé après le bombardement d'un hôpital de Médecins sans frontières en Afghanistan. Avant lui, Kissinger aurait été le responsable de frappes visant la Croix-Rouge.

En 2009, Barack Obama avait reçu le Nobel de la paix «pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples». Médecins sans frontières l’avait reçu dix ans plus tôt, après avoir été décrite par les responsables de ce prix comme «une organisation qui soigne dans l’urgence, sans discrimination, et en toute indépendance»

Mais cela n’a pas empêché le premier, chef des armées des États-Unis, de frapper un hôpital du second à Kunduz, en Afghanistan, dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 octobre, faisant 22 morts. Au mépris du droit de international, qui interdit de tels bombardements. Si Barack Obama s'est personnellement excusé auprès de l'organisation, qui réclame maintenant une enquête indépendante sur cette bavure, le président américain serait de facto «le premier prix Nobel qui en attaque un autre», comme le fait remarquer Activist Post.

Criminel de guerre?

Ou peut-être le second? C’est ce que suggère le site, en se penchant sur les récentes révélations du magazine The Nation, qui rapporte la parole d’un ancien responsable de l’armée américaine ayant vu flotter un drapeau de la Croix-Rouge après des bombardements américains. L'organisation a été trois fois prix Nobel en 1917, 1944 et 1963. Et les bombardements ont été ordonnés par le conseiller du président Richard Nixon, le dénommé Henry Kissinger, lui-même couronné du prestigieux titre en 1973.

Cette année-là, l'Académie décide de distinguer les signataires de l'accord de cessez-le-feu qui met fin à la guerre du Vietnam. Sont honorés Le Duc Tho, chef de la délégation nord-vietnamienne, qui refuse le prix, et Henry Kissinger, conseiller spécial du président américain, apôtre du réalisme en politique et «criminel de guerre pour ses critiques les plus virulents», comme le fait remarquer Benjamin Haddad dans une tribune au Monde.

Rowan Malphurs a aussi observé une fois... une croix rouge flottant sur un batiment qui avait été partiellement détruit par les attaques américaines

Criminel de guerre? Comme le rapporte le magazine The Nation dans un article du 5 octobre, Henry Kissinger fut en effet accusé la même année lors d’une audition du Congrès par plusieurs anciens responsables de l’armée d’avoir procédé à des bombardements clandestins et non-autorisés sur des hôpitaux au Cambodge et au Laos, base arrière des militaires du Vietcong alliés aux Khmers rouges. 

«Plus l'hôpital était important, mieux c’était»

L’accusation vient de vétérans du Vietnam. Alan Stevenson, un ancien analyste de l’armée, a ainsi confié devant les membres du Congrès que lorsqu’il travaillait dans la base de Quảng Trị au Nord du Vietnam, en 1969, il était chargé de lister les hôpitaux qui devaient être pris pour cibles par les Américains. «Et plus l'hôpital était important, mieux c’était.» Un ancien capitaine, Gerald Greven, a quant à lui reconnu avoir ordonné des bombardements, car c’était la politique de l’époque, explique-t-il.  

Un autre ex-responsable de l’armée, le capitaine  Rowan Malphurs, a quant à lui indiqué dans une lettre avoir analysé en 1969 et 1970 des photos aériennes de dégâts laissés par des bombes B-52 qu’avait ordonnées Henry Kissinger. Selon lui, il est arrivé plusieurs fois de repérer que de «possibles hôpitaux» avaient été bombardés. Et il a aussi observé une fois... une croix rouge flottant sur un batiment qui avait été partiellement détruit par les attaques américaines. Barack Obama ne serait donc peut-être pas le premier prix Nobel à en bombarder un autre. Après tout, on sait depuis Hegel et Marx que «les grands événements se produisent toujours deux fois, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce».

 

 

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