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La crise des écologistes encore plus profonde que la crise écologique

Ligne de faille | Hitchster via Flickr CC License by

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Après l’hémorragie qui a touché le parti EELV, tout se passe comme si cette formation était arrivée au bout de son aventure.

Alors que la crise écologique, conférence COP21 oblige, occupe les devants de la scène, le parti écologiste français s’enfonce dans une crise particulièrement violente. Europe Écologie-Les Verts n’est plus le même depuis le départ d’un nombre non négligeable de ses dirigeants et de ses élus.

En quelques semaines, EELV a perdu les présidents de ses deux groupes parlementaires: Jean-Vincent Placé au Sénat, Barbara Pompili et François de Rugy à l’Assemblée nationale. C’est toute l’aile droite du parti, attachée à l’alliance avec le PS, qui a fait scission dans le désordre.

Une véritable scission

L’hémorragie ne se limite pas aux têtes les plus connues. Véronique Massoneau, députée écologiste du Nord, a également pris la porte, n’ayant pas supporté l’alliance avec le Front de gauche choisie par les militants dans sa région. Citons encore le départ de Stéphane Gatignon, maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), ou celui de Christophe Porquier, vice-président de Picardie et l’un des fondateurs des Verts dans cette région.

Toutes ces personnalités, qui rejoignent pour la plupart le nouveau mouvement Écologistes!, en entraînent d’autres dans leur sillage. Au conseil régional d’Île-de-France, seize des cinquante-et-un élus EELV ont ainsi fait scission pour former un nouveau groupe, l'Union des démocrates et écologistes. Dans les Pays-de-la-Loire, deux anciens élus régionaux EELV se retrouveront en décembre sur les listes du PS.

Génération Écologie II

Écologistes! est sans doute plus un sas de décompression pour des élus en voie de reconversion que le creuset d’un parti durable

Écologistes! a tenu, le 3 octobre, un premier congrès marqué par une vive critique de EELV et une proximité assumée avec le pouvoir socialiste. Ce nouveau parti rappelle un peu l’émergence de Génération écologie, celle-là pilotée directement de l’Élysée mitterrandien, dans les années 1990. La formation de Brice Lalonde avait réussi à amputer sérieusement l’électorat des Verts aux élections régionales de 1992 avant de se dégonfler et d’entamer une audacieuse dérive droitière.

La survie à moyen terme d’une formation écologiste de centre-gauche n’est pas plus assurée aujourd’hui. Écologistes! est sans doute plus un sas de décompression pour des élus en voie de reconversion que le creuset d’un parti durable. On ne s’étonnerait pas de voir François de Rugy rejoindre le PS dans un avenir plus ou moins lointain ou Jean-Vincent Placé revenir au PRG, dont il est issu.

L’épreuve de la division

Pour le moment, les écologistes vont vivre l’épreuve douloureuse de la division et de la concurrence de formations rivales. Les arrangements, comme celui qui prévoit d’assurer la survie du groupe des députés écologistes au prix d’une coprésidence entre Barbara Pompili et Cécile Duflot, vont être de plus en plus difficiles à trouver.

Emmanuelle Cosse, la «patronne» de EELV, a assisté impuissante à cette scission. Fataliste, elle semblait en avoir pris son parti depuis plusieurs mois déjà puisqu’elle confiait: «L’éclatement? Il est possible. Je ne sais pas si ce serait une bonne ou une mauvaise chose Cette amputation ne règle pourtant aucun problème de cette formation.

La clarification qui pourrait en résulter n’est que très partielle tant les stratégies possibles restent discutées au sein de EELV. Les tenants de l’indépendance du parti croiseront toujours le fer avec ceux d’une alliance privilégiée avec tout ou partie du Front de gauche –formule qui a eu les faveurs des militants dans plusieurs régions.

Ambition présidentielle fragilisée

L’ambition présidentielle ouverte de Cécile Duflot se trouve aujourd’hui très fragilisée par l’affaiblissement de son parti. L’espace de sa candidature se réduit encore plus avec le rétrécissement du spectre couvert par EELV. Rappelons que, ces trente dernières années, le score moyen d’un candidat écologiste au scrutin européen n’a été que de 3,2% des suffrages exprimés.

Les tenants de l’indépendance du parti croiseront toujours le fer avec ceux d’une alliance privilégiée avec tout ou partie du Front de gauche

Cette absence de perspective claire laisse prévoir une nouvelle vague de départs de EELV après les élections régionales. Tout se passe comme si cette formation, issue d’un dépassement largement raté des Verts, était arrivée au bout de son aventure. Son utilité politique était fortement dépendante d’une alliance stratégique avec un PS au pouvoir qui n’est désormais plus de mise.

L’écologie politique française s’apprête vraisemblablement à traverser une phase d’interrogations et d’émiettements. Corinne Lepage conserve son petit pavillon d’écologie de centre-droit. Écologistes! va tenter de faire vivre l’écologie de centre-gauche. Le Parti de gauche, promoteur de «l’écosocialisme», brandira l’étendard d’une écologie de gauche. Abritant toujours des sensibilités diverses, EELV risque d’être tiraillée entre ces différentes version du message écologique.

De nombreux militants et élus seront sans doute tentés de prendre leurs distances avec cette formation pour faire vivre une écologie de terrain libérée de ces chamailleries politiciennes. La grande majorité de ceux qui vivent au quotidien la «transition écologique», que l’on a pu baptiser les «Défricheurs», étaient déjà très méfiants à l’égard d’EELV. Ils convergeront peut-être avec ceux des militants et responsables écologistes qui privilégieront l’action locale en attendant des jours meilleurs.

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