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Bassel Khartabil, prisonnier syrien qui vit et risque de mourir pour Internet

Bassel Khartabil, le 6 juin 2010. Christopher Adams via Flickr CC License by.

Bassel Khartabil, le 6 juin 2010. Christopher Adams via Flickr CC License by.

Défenseur mondialement connu de l'Internet libre et de la culture open source, il est emprisonné depuis trois ans et demi par le régime de Bachar el-Assad et vient d'être transféré de la prison d'Adra vers une destination inconnue.

Mise à jour: l'épouse de Bassel Khartabil a fait état, vendredi 20 novembre, d'informations non confirmées faisant état de sa possible condamnation à mort en Syrie.

Bassel Khartabil, 34 ans, fervent défenseur d’un Internet libre et promoteur de la culture open source, est retenu prisonnier depuis le 15 mars 2012 dans les geôles du pouvoir syrien de Bachar el-Assad. D’après l’avis rendu par le Groupe de travail sur la détention arbitraire durant sa 72e session, qui s'est tenue à Genève en avril 2015, il serait détenu arbitrairement pour avoir «exercé paisiblement son droit à la liberté d’expression» et avoir «prôné une utilisation non-restreinte d’Internet». Transféré le 3 octobre 2015 depuis la prison d’Adra, située dans la banlieue nord-est de Damas, où il était incarcéré depuis décembre 2012, il a été conduit dans un endroit inconnu, possiblement pour être jugé. Inculpé sans qu’aucune preuve n’ait jamais été présentée contre lui, il est plus que jamais en danger.

Développeur reconnu mondialement pour ses contributions à des projets open source tels que Mozilla Firefox, Wikipédia ou Creative Commons, Bassel Khartabil était également engagé dans une action locale, fondant à Damas le Aiki Lab, lieu dédié aux pratiques artistiques numériques et à l’enseignement des technologies collaboratives. Pour l’ensemble de ses travaux, il a été distingué par le site Foreign Policy (partenaire de Slate), qui l’a placé en 19e position de son prestigieux classement des Global Thinkers 2012, et a remporté en 2013 le Digital Freedom Award de l’Index on Censorship, une organisation internationale qui, depuis 1972, promeut et défend la liberté d’expression.

Son emprisonnement et son récent transfert affectent et inquiètent très profondément la communauté du libre et les activistes militant pour les droits de l'homme et la liberté fondamentale qu’est la libre communication des pensées et des opinions. A l'annonce de la nouvelle, Jillian C. York, directrice de l’Electronic Frontier Foundation (EFF), organisation défendant les libertés civiles dans le monde numérique, a posté sur son compte Twitter le message suivant:

«Nous savons que les pétitions ne vont pas convaincre la Syrie (ou quiconque) mais c’est le seul moyen que nous avons. Aidez-nous à faire passer le mot pour que Bassel puisse rester en sécurité.»

En moins de 140 caractères, Jillian C. York est parvenue à évoquer deux réalités: le mutisme effrayant du gouvernement syrien face aux actions engagées pour la libération de Bassel Khartabil et la force de protection qui réside dans l’attention portée par les internautes au sort des prisonniers. Sur le premier point, Inès Osman, coordinatrice du service juridique de la fondation Alkarama, ONG faisant le lien entre les victimes de violations des droits de l'homme dans le monde arabe et les mécanismes des Nations unies, confirme l’impassibilité des autorités syriennes:

«Nous avons engagé des actions auprès de l'ONU deux fois, en 2012 et 2014, et jamais les autorités syriennes n'ont donné suite aux requêtes onusiennes. Au mois d'avril dernier, le Groupe de travail sur la détention arbitraire a appelé à la libération de Bassel, appel qui est encore une fois resté ignoré. Il est essentiel que la communauté internationale appelle à la mise en oeuvre de ces décisions, qui constatent clairement que ses droits les plus fondamentaux n'ont pas été respectés: il a été arrêté, détenu au secret, torturé puis déféré devant un juge militaire pour de fausses accusations.

 

Quand nous avons appris samedi que Bassel avait été transféré de la prison d'Adra vers une destination inconnue et que personne ne sait où il se trouve actuellement, nous avons immédiatement saisi le Groupe de travail sur les disparitions forcées. Nous espérons que cette fois, les autorités syriennes répondront.»

Quand les droits ne sont plus respectés, les appels ne peuvent se conclure que sur une espérance. Ce qui nous amène au second point: plus celle-ci sera partagée, et donc présente dans le web conversationnel, plus elle pourra se concrétiser. Si l’engagement de Bassel Khartabil pour un Internet libre semble l’avoir mené en prison, l’attention que nous, internautes, accordons à son cas peut, dans une certaine mesure, le sortir de l’ombre. S’intéresser à sa vie est une des façons de parvenir à une prise de conscience douloureuse: en Syrie, on peut risquer de mourir parce que l’on utilise un smartphone ou que l’on comprend comment fonctionne Internet.

Survivre à Adra, même sous les bombes

Raconter, sur les cinq dernières années, l’histoire de Bassel Khartabil, c’est aussi tenter de dépeindre en filigrane le portrait d’une Syrie ravagée, du début de la révolution syrienne entre les 15 mars (premiers appels au soulèvement, dans la foulée de la révolution égyptienne) et 18 mars 2011 (premières manifestations «du vendredi», très violemment réprimées) jusqu’à sa lente transformation en conflit armé inextricable qui a fait plus de 240.000 morts et des millions de déplacés.

Bassel Khartabil, le 5 juin 2010. Joi Ito via Flickr CC License by.

Bassel Khartabil, contraint de rester par la force, fait lui partie de ces prisonniers que l’on peine à décompter: on parle de 8.000 détenus, dont 600 femmes, dans la seule prison d’Adra, soit trois fois plus que sa capacité escomptée. Adra rassemble le tout-venant du motif de détention: sont agglutinés là-bas trafiquants de drogue et consommateurs, meurtriers et voleurs, mais aussi des prisonniers dont le nom est connu hors des frontières syriennes pour leur engagement en faveur de la liberté d’expression. Mazen Darwish, par exemple: le président du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression, arrêté en février 2012, presque un mois jour pour jour avant Bassel Khartabil, en a été libéré provisoirement le 10 août 2015 avant d’être acquitté, le 31 du même mois, des charges de «publication d’informations sur des actes terroristes».

Inculpé pour d’autres charges, Bassel Khartabil fait l’objet d’accusations devant les tribunaux militaires et a de ce fait été exclu de l’amnistie politique générale de juin 2014 qui, bien que manquant de transparence, a effacé rétroactivement des accusations portées contre certains militants pacifiques. Il se trouvait donc encore à Adra lorsque la prison à été prise d’assaut par le groupe armé rebelle Jaysh al-Islam, qui est parvenu à prendre le contrôle de deux de ses bâtiments le 12 septembre dernier, date qui semble symbolique puisque il s’agissait du lendemain du cinquantième anniversaire de Bachar el-Assad. Les prisonniers se sont ensuite retrouvés en proie aux bombardements qui faisaient rage entre l’armée régulière défendant la prison et les rebelles comptant la libérer. Bassel Khartabil a survécu à ce tonnerre de feu mais il semblerait qu’une dizaine, voire une vingtaine, de prisonniers y aient laissé la vie et que plusieurs dizaines, voire une centaine, aient été blessés.

Encore une fois, quand il s’agit de la Syrie, les sources sont complexes à obtenir. Les chiffrent se couvrent d’approximations et les paroles s’étranglent dans la crainte et la lenteur des communications possiblement surveillées. Comme l’a souligné pertinemment l’avocat Benoît Huet dans une tribune parue dans Libération, la guerre en Syrie est aussi devenue, dans un monde connecté, une guerre de l’information, posant la question de sa disponibilité et de sa manipulation. À l'échelle internationale, cette guerre de l’information nous empêche de concevoir avec acuité la réalité factuelle d’un conflit aussi médiatiquement omniprésent que terriblement lointain du fait de son extrême complexité. Elle ne doit pas nous faire négliger l’autre guerre de l’information, qui fait rage cette fois au niveau local: au coeur même de de la Syrie, les informations personnelles et les contenus postés sur les réseaux sociaux sont employés comme des armes.

Les smartphones syriens, la peur dans la poche

Internet, et particulièrement les médias sociaux comme Facebook, ont été les moyens de communication privilégiés par la population syrienne afin de témoigner de la révolution de 2011 et de la répression sanglante du régime. Le documentaire Syria: Inside the Secret Revolution, diffusé initialement par la BBC le 26 septembre 2011, rassemble certaines de ces vidéos qui, après leur parution en ligne, ont permis à la communauté internationale de se rendre compte de la révolte de la rue syrienne.

Un homme photographie un immeuble bombardé par les forces de Bachar el-Assad, le 15 juin 2014 près de Damas. REUTERS/Mohammed Abdullah.

Il ne faut pourtant pas oublier qu'Internet n’a pas toujours été autorisé en Syrie, ni Facebook accessible à sa population. Lors de sa prise de fonctions après la mort de son père Hafez, en juin 2000, Bachar el-Assad apparaissait comme un réformateur faisant preuve d’une volonté d’ouverture dans plusieurs domaines économiques et politiques. Il a même rendu possible l’accès à Internet mais, comprenant la puissance du réseau, a pris soin de faire censurer les principaux réseaux sociaux en 2007, puis Wikipédia en arabe en 2008.

Dès le début, le réseau était surveillé: ceux qui se rendaient dans des cybercafés pour surfer devaient présenter leur carte d’identité et leur historique de navigation était conservé, comme l’explique Wahid Saqr, ancien officier de sécurité du gouvernement syrien, au micro de Mishal Husain dans le deuxième épisode de How Facebook Changed the World: The Arab Spring, un autre documentaire diffusé par la BBC le 15 septembre 2011.

«Les personnes qui sont réellement en danger ne quittent jamais leur pays. Elles sont en danger pour une raison
et pour cela
ne partent pas.

Bassel Khartabil, le 31 janvier 2012,
deux semaines avant son arrestation

Ce n’est qu’en février 2011 que Bachar el-Assad a rendu possible les connexions à Facebook, YouTube et Twitter. Le geste, qui se voulait magnanime, a été rapidement perçu comme menaçant, les réseaux sociaux apparaissant comme un outil efficace pour que le gouvernement puisse surveiller sa population et rassembler des informations sur ceux qui pouvaient, par les mots et les images, s’opposer à lui. Les réseaux sociaux syriens ont été simultanément un outil au potentiel libérateur pour la population et un moyen coercitif dont a fait l’usage le gouvernement contre celle-ci. Employés comme des armes de surveillance numérique, ils ont servi à traquer ceux dont la voix pouvait s’élever, réellement ou potentiellement, contre le régime de Damas, mais aussi tous ceux qui disposaient de moyens ou de compétences informatiques.

Dana Trometer, chercheuse et productrice des documentaires précédemment cités, a pu éprouver cette affreuse réalité:

«Les personnes que j’ai rencontrées pour tous les films sur lesquels j’ai travaillés traitant du monde arabe, et particulièrement de la Syrie, ont très souvent été obligées de fuir ou ont malheureusement disparu peu de temps après nos entretiens.»

Encore aujourd’hui, sur les routes de l’exil, les réfugiés racontent qu'il est particulièrement dangereux d’avoir un smartphone sur soi. Cette simple possession peut leur valoir une arrestation –ou bien pire– de la part des représentants du régime syrien ou des membres de l'organisation Etat islamique qui leur demandent, à leurs checkpoints respectifs, de livrer leurs codes de connexion à Facebook afin de déterminer leur allégeance politique.

Bassel Khartabil disait qu’en Syrie, détenir un téléphone portable était beaucoup plus dangereux que de se balader avec une bombe nucléaire. Son métier de développeur et ses engagements pour la promotion d’un Internet libre faisaient qu'il lui était impossible de se débarrasser de ses ordinateurs et téléphones connectés, ni de faire oublier sa maîtrise des technologies de l’information. Le 31 janvier 2012, deux semaines avant son arrestation, il postait sur son compte Twitter le message suivant:

«Les personnes qui sont réellement en danger ne quittent jamais leur pays. Elles sont en danger pour une raison et pour cela ne partent pas.»

Vouloir construire: le AikiLab et le «Projet Palmyre»

Sa fonction de représentant de Creative Commons en Syrie et son implication, au niveau mondial, dans la culture du libre, le conduisaient à se déplacer à l'étranger, mais il retournait toujours chez lui. C’est en Pologne, où se tenait le Creative Commons Summit de septembre 2011, que Jon Phillips, son ami devenu depuis le leader de la campagne #FreeBassel, l'a vu pour la dernière fois:

«Je l’ai supplié de ne pas rentrer, qu’il serait tué ou fait prisonnier. Il a essayé de me rassurer en me disant qu’il ne risquait peut-être pas cela et que de toute façon, ses amis, sa famille, son amour était là-bas; qu’il ne pouvait pas rester. Nous avons pleuré et c’était vraiment moche, puis nous avons passé le reste de la soirée à rire et à refaire le monde. Quand le soleil s'est levé, il a pris son taxi, m’a adressé un dernier geste de la main par la fenêtre ouverte et je me souviens m’être dit que c’était la dernière fois que je le voyais; qu’il serait arrêté à peine sorti de l’avion.»

Cela ne s’est pas exactement passé comme cela: Bassel Khartabil à eu encore quelques mois de sursis, pendant lesquels il a poursuivi son engagement au niveau local. La Syrie étant sous embargo, seuls certains logiciels propriétaires avaient obtenu des autorisations afin d’être enseignés dans les facultés. Bassel Khartabil avait donc fondé, en 2010, le AikiLab, décrit, selon les interlocuteurs, comme un hackerspace ou un centre culturel, afin de rendre possible l'éducation aux médias sociaux et aux technologies open source.

Développeurs, artistes, professeurs, journalistes et entrepreneurs locaux passaient régulièrement sa porte: le Aiki Lab, tel que le décrit l’artiste Dino Ahmad Ali, était un grand appartement flanqué de deux chambres où chacun pouvait venir travailler et même dormir si la tâche s’avérait longue, prendre un café ou décapsuler une bière dans la cuisine pour se donner du courage ou s’offrir un moment de détente. Son vaste salon se prêtait particulièrement aux conférences et des grands noms s’y sont rendus pour partager leur savoir, comme le fondateur de Mozilla Mitchell Baker et le directeur du MIT Media Lab Joi Ito.

Dino Ahmad Ali et Bassel Khartabil ont également été collègues. Ils travaillaient tous deux, pour une maison d’édition appelée Al-Aous, sur Discover-Syria.com, un site internet proposant des informations culturelles sur la Syrie –Dino comme directeur artistique et Bassel en tant que directeur technique. Toujours pour la même entreprise, Bassel Khartabil s’est investi, pendant pendant plusieurs années, sur un projet qui lui tenait particulièrement à coeur: le Projet Palmyre. Sur CD-Rom, ce projet ambitionnait la visite virtuelle de la cité antique, intégralement reconstruite en images 3D à partir de documents issus de la recherche scientifique et archéologique. «À la base, Bassel s’occupait uniquement de la programmation, mais comme c’est une personne aux multiples talents, il a appris à ce servir du logiciel Maya et a réalisé des modélisations 3D, se souvient Georges Dahdouh, qui a rejoint l’équipe pendant plusieurs mois en tant que responsable de la modélisation 3D. Il a également appris le fonctionnement d’un moteur de jeu pour concevoir le parcours de la visite virtuelle en 3D et à la fin, auprès des autres membres de l’équipe, il travaillait sur presque tout, sauf sur les copyrights et les recherches, pour lesquelles une équipe était dédiée à l’étude des sources historiques et aux interviews avec les archéologues.»

Une vue de Palmyre reconstituée par le Project Palmyre

Orienté grand public, le Projet Palmyre devait constituer une sorte d’encyclopédie numérique sur cette cité également appelée Tadmor, sa restitution rassemblant images et textes et sa réalisation associant spécialistes des nouvelles technologies et archéologues. Khaled Al-Assad, directeur des Antiquités de Palmyre de 1963 à 2003 et ami de Bassel Khartabil, faisait partie de ceux-ci. Cet érudit a été décapité le 18 août dernier par l’organisation Etat islamique, avant que ses bourreaux exposent son corps en pleine rue et en diffusent les photos sur les réseaux sociaux.

Si le CD-Rom n’a pas été édité à ce jour, les membres de la campagne #FreeBassel ont décidé de faire revivre le Projet Palmyre en lançant le 15 octobre prochain #NewPalmyra, une communauté en ligne et une plateforme de stockage de données, afin d’honorer le travail de Bassel. Un projet dirigé par Barry Threw, artiste numérique et directeur des logiciels pour Obscura, qui a récemment contribué à rendre techniquement possible #racingextinction, une projection vidéo sur l’Empire State Building. Derrière ces deux hashtags, une même envie, celle d’employer l’architecture pour sensibiliser l’opinion publique, qu'il s'agisse, en projetant des images d’espèces en danger sur l’un des gratte-ciels les plus célèbres de New York, d'attirer l’attention sur le changement climatique, ou de mettre le numérique au service d’une Syrie menacée:

«L’ancienne cité syrienne de Palmyre a été un point de passage vital pour les commerces et les cultures. Avec #NewPalmyra, nous opposons à la destruction insensée des trésors archéologiques à laquelle se livre ISIS la volonté de construction d’un homme comme Bassel Khartabil. Nous espérons que ce projet suscitera l’attention sur son travail et contribuera à sa libération.»

Un civil poursuivi par un tribunal militaire

C’est justement en sortant de son travail, situé dans le quartier de al-Mazzeh à Damas, que Bassel Khartabil a été arrêté le 15 mars 2012 par les hommes de la Branche 215, l'un des services de renseignement militaire de Damas. Après avoir été interrogé et torturé pendant cinq jours, il a été escorté jusqu’à chez lui pour que soient saisis matériel informatique et documents. Il a ensuite été détenu au secret pendant neuf mois.

Nous savons depuis qu’il a été d’abord été conduit à la Branche 248 du renseignement militaire puis qu’il a passé huit mois à l'isolement à la prison d’Adra. C’est là-bas qu’il a été présenté à une cour militaire le 9 décembre 2012.

Image: Dino Ahmad Ali.

«La cour militaire, spécialisée dans les procès de militaires criminels en temps et lieu de guerre, obéit à l’autorité du ministère de la Défense et non de celui de la Justice. Elle est composée de trois militaires, dont un président. Ses procédures sont gardées secrètes, les accusés n’ont pas droit à l’assistance d’un avocat, explique Noura Ghazi, avocate et activiste des droits de l'homme, qui s’était fiancée à Bassel Khartabil peu de temps avant son arrestation. Les verdicts rendus sont particulièrement sévères et peuvent aller jusqu'à la mort. Les peines sont mises à exécution immédiatement, empêchant ainsi tout réexamen des décisions. Depuis les événements de 2011, la cour militaire a été activée pour persécuter des pacifistes tels que Bassel, Anas et Salah Shughri et bien d’autres. Il s’agit là d’une claire violation de la loi, de la Constitution et du décret même qui fonde cette cour.»

Civil sans avocat poursuivi par un tribunal militaire, Bassel Khartabil a vu son procès ne durer que quelques minutes sans qu’aucune preuve ne soit avancée contre lui, comme l'a souligné le Groupe de travail sur la détention arbitraire. Après ce procès express et inéquitable, il a été immédiatement transféré à la prison de Sidnaya, connue pour être «une des plus infâmes du régime».

Renvoyé ensuite à la prison d’Adra, il a pu recevoir une visite de sa famille le 26 décembre 2012, qui l’a trouvé dans un état de délabrement physique et psychologique alarmant. Il a obtenu le droit d’épouser Noura Ghazi dans l’enceinte carcérale le 7 janvier 2013. Il est resté détenu à Adra jusqu’au 3 octobre 2015. D’après un message posté ce même jour sur la page Facebook de la campagne #FreeBassel, il «a été transféré de la prison d'Adra vers une destination inconnue après qu’une patrouille, dont on ne connaît pas l’origine, est venue lui demander de préparer ses affaires. On pense qu’il a été transféré au quartier général du tribunal civil de la police militaire dans le quartier de al-Qaboun. Une fois de plus, nous ne savons pas où se trouve Bassel et sommes très inquiets».

Bassel Khartabil, développeur, enseignant et pacifiste convaincu, ayant survécu à la torture, à l’isolement, à la faim et aux bombes, vit certainement sous le couperet d’un terrible jugement. N’oubliez pas, vous avez très certainement un téléphone portable dans la poche.

Licence Creative Commons
Face à l'émotion internationale suscitée par le sort de Bassel Khartabil, nous avons décidé de partager cet article sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International. Sa republication est donc libre, toute republication devant se faire en mentionnant l'auteur Stéphanie Vidal et le média de première publication Slate.fr.

 

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